Sara Netanyahu aurait demandé le licenciement d’un rédacteur en chef
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Sara Netanyahu aurait demandé le licenciement d’un rédacteur en chef

La télévision montre le message de l'épouse du Premier ministre ; le PDG de Walla dit que Shaul Elovitch, propriétaire et suspect, et sa femme sont une "famille de criminels""

Sara Netanyahu, épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 22 janvier 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)
Sara Netanyahu, épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 22 janvier 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Alors qu’une enquête sur les présumés efforts déployés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour influencer la couverture médiatique pour lui-même et sa famille s’intensifie, la télévision israélienne a rapporté vendredi que l’épouse du Premier ministre a poussé à licencier le rédacteur en chef d’un site d’information au centre du scandale.

Dans un message Whatsapp diffusé par la Dixième chaîne, Sara Netanyahu demande à Iris Elovitch, l’épouse de Shaul Elovitch, propriétaire de Bezeq et du site Walla, pourquoi Aviram Elad n’avait pas encore été licencié.

« Ça ne peut pas continuer comme ça, je croyais qu’on en avait parlé. Cela dure depuis trop longtemps. Pourquoi dois-je lire sur votre site web des choses comme ça ? Fais quelque chose ! » a écrit Sara Netanyahu dans le message.

Plus tôt cette semaine, la Dixième chaîne a rapporté que le PDG de Walla, Ilan Yeshua, a déclaré à la police que les Netanyahu avaient demandé à Shaul Elovitch de renvoyer Aviram Elad.

Le témoignage de Yeshua a été recueilli dans le cadre de l’affaire 4000, qui concerne les soupçons selon lesquels Elovitch a ordonné à Walla d’accorder une couverture positive aux Netanyahu en échange de la mise en place par le Premier ministre d’une réglementation au profit du géant des télécommunications Bezeq.

Iris Elovitch, elle-même suspecte dans l’affaire, a condamné la publication du message Whatsapp dans une réponse à la Dixième chaîne.

« Il s’agit d’une fuite interdite et grave qui déforme la réalité, tout en ignorant systématiquement des faits importants qui n’ont pas été présentés [qui] prouveraient que Iris Elovitch n’a commis aucune infraction », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Shaul Elovitch lors de la prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 au tribunal de Tel Aviv, le 22 février 2018. (Flash90)

Le Premier ministre a également condamné les « fuites biaisées et frauduleuses » suite au reportage.

« Il s’agit d’une nouvelle tentative évidente de nuire au Premier ministre en utilisant des fuites biaisées et frauduleuses concernant sa femme. Malgré le comportement délirant et l’absence de limites qui ont atteint de nouveaux sommets la semaine dernière, la vérité vaincra et le Premier ministre Netanyahu continuera à assumer la responsabilité de l’Etat et d’assurer sa sécurité », déclarait un communiqué du bureau du Premier ministre.

Dans certaines parties du témoignage de Yeshua diffusées par la chaîne de télévision Hadashot vendredi, le PDG de Walla décrit la famille Elovitch comme une « famille de criminels ».

« Elovitch dit qu’il voulait faire de Walla un site nationaliste de droite. C’est un mensonge », aurait dit Yeshua aux enquêteurs.

« Il y a eu des périodes où il y avait des ordres d’attaquer Naftali Bennett. Il était permis d’écrire contre la droite, les ministres du Likud, [Avigdor Liberman], tout le monde – mais pas contre Bibi, Sara et le fils », aurait-il ajouté, se référant apparemment au fils aîné du couple, Yair.

La chaîne a rapporté vendredi que Yeshua a également enregistré des conversations qu’il avait eues avec Iris Elovitch.

Une série de faits nouveaux ont été signalés dans l’affaire 4000 cette semaine, à la suite de l’arrestation d’un certain nombre de personnes impliquées dans l’enquête.

Shlomo Filber, l’ancien directeur général du ministère des Communications et confident de longue date de Netanyahu, a signé mardi un accord pour témoigner à charge et peut-être inculper Netanyahu dans cette affaire.

M. Filber a vu sa détention provisoire prolongée de 15 jours mercredi, et doit rester pendant ce temps à disposition dans un endroit non divulgué pendant que la police continue de l’interroger.

Shlomo Filber, directeur-général du ministère des Télécommunications, arrive pour une audience de prolongement de sa détention dans l’Affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Crédit : Flash90)

Jeudi, le tribunal d’instance de Tel Aviv a prolongé de quatre jours la détention provisoire d’Elovitch et de sa femme dans l’affaire de corruption.

Les médias israéliens ont rapporté plus tôt jeudi que Yeshua a enregistré Shaul Elovitch lui ordonnant d’orienter sa couverture en faveur de Netanyahu et de sa famille. Les enregistrements, remis par Yeshua aux enquêteurs ces derniers jours, auraient été le déclencheur de la décision du procureur général Avichai Mandelblit d’ouvrir l’enquête pénale et de la décision de Filber de devenir témoin à charge.

La Dixième chaîne a rapporté jeudi soir que dans l’un des enregistrements, on peut entendre Elovitch dire que la couverture favorable de Netanyahu aurait des conséquences pour les intérêts de Bezeq et que cela aurait une incidence sur le sort de l’entreprise, renforçant ainsi la suspicion de corruption.

M. Netanyahu était ministre des Communications par intérim à l’époque où plusieurs ententes présumées illicites ont été conclues avec Elovitch, dont l’une consistait notamment à aider Bezeq à acheter le câblodistributeur satellite Yes, contrevenant aux lois antitrust établies par les fonctionnaires du ministère. Le Premier ministre, qui serait soupçonné de promouvoir cet accord, nie tout acte illicite. Elovitch nie également tout acte illicite.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu quitte la conférence Muni World, à Tel Aviv, le 14 février 2018 (AFP PHOTO / JACK GUEZ)

Vendredi, les informations télévisées de Hadashot ont rapporté que Netanyahu serait probablement interrogé la semaine prochaine dans l’affaire 4000, comme dans une autre affaire concernant des pots-de-vin présumés dans des contrats navals de plusieurs milliards de shekels appelé affaire 3000.

Dans le cadre de cette affaire, la police enquête sur des cas présumés de corruption concernant l’achat de navires et de sous-marins militaires à un constructeur naval allemand. Bien que Netanyahu ne soit pas cité comme suspect, ses proches collaborateurs, y compris ses deux avocats personnels, ont été arrêtés ou interrogés.

Cette semaine, Netanyahu a été impliqué dans une autre affaire, baptisée Affaire 1270, qui concerne son ancien porte-parole familial Nir Hefetz, qui aurait proposé en 2015 de nommer la juge Hila Gerstel procureur général si elle acceptait de mettre fin à l’enquête sur l’épouse du Premier ministre, Sara. M. Netanyahu, qui n’a pas été désigné comme suspect dans l’affaire, a fermement nié avoir quoi que ce soit à voir avec l’incident et a déclaré qu’il estimait hautement improbable que Hefetz ait avancé une telle idée.

La semaine dernière, la police a recommandé que M. Netanyahu soit inculpé pour fraude, abus de confiance et corruption dans deux autres affaires.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur hollywoodien d’origine israélienne Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282 000 dollars). En retour, M. Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au profit de Milchan dans des affaires relatives à la réglementation, aux relations d’affaires et aux visas.

L’affaire 2000 porte sur un accord présumé de contrepartie illicite entre le Premier ministre Netanyahu et l’éditeur du Yedioth Ahronoth Arnon Mozes, selon lequel le Premier ministre aurait affaibli un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable de la part de Yedioth.

Netanyahu a nié tout méfait dans tous les cas.

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