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Interview'Le président Trump est très différent de Mr Obama. Il est dur et disposé à exprimer sa position. C’est un homme qui calcule'

Shaath : Les Palestiniens ont été agréablement surpris par Trump

Le conseiller d'Abbas a été rassuré par l'accueil chaleureux réservé à Abbas et définit l'exigence d'Israël à mettre fin aux salaires des prisonniers comme une précondition à la paix

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Nabil Shaath dans son bureau de Ramallah, le 18 janvier 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Nabil Shaath dans son bureau de Ramallah, le 18 janvier 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les responsables palestiniens ont été agréablement surpris du chaleureux accueil à la Maison Blanche du président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, après s’être inquiétés de la nature imprévisible du président américain Donald Trump, a déclaré lundi un négociateur palestinien.

« Il y a eu une réaction positive parce que l’on ne savait pas à quoi s’attendre. Il est difficile de prévoir M. Trump. Il a été très chaleureux, respectueux, a traité notre président de manière égalitaire, comme tous les autres chefs d’états qu’il a rencontrés », a déclaré Nabil Shaath, conseiller d’Abbas en charge des affaires étrangères.

Abbas a rendu visite à Trump à la Maison Blanche le 4 mai, et les deux dirigeants ont échangé des plaisanteries en souriant et de grands espoirs de relance du processus de paix israélo-palestinien.

Selon Shaath, l’optimisme des responsables de l’AP suite à la rencontre n’était pas dû à une discussion en particulier, ni à des détails sur la manière de progresser.

« Les gens n’ont pas été très inquiets de chaque mot prononcé ou de chaque phrase mentionnée. Les gens jugent une atmosphère générale, la tonalité d’une rencontre », a-t-il dit au Times of Israël pendant un entretien au Grand Park Hotel de Ramallah, en Cisjordanie.

« Ce qui a été discuté à Washington, c’était d’être prêt à débuter les négociations », a-t-il ajouté.

Il a noté que les acteurs principaux de l’administration Trump ont pris part au dîner avec l’équipe palestinienne, y compris le secrétaire d’État Rex Tillerson, le vice-président Mike Pence, le conseiller à la sécurité intérieure H.R McMaster, le chef d’État-major Reince Priebus et le haut-conseiller Jared Kushner.

Interrogé au sujet d’une potentielle rencontre entre Abbas et Netanyahu sans gel des implantations, Shaath répond que « cela devra être discuté lors des prochaines négociations [avec les Américains], probablement quand le président sera là. »

Trump est attendu en Israël et dans les territoires palestiniens à la fin du mois et cherchera à dynamiser la reprise des pourparlers, selon les responsables.

Bien que Trump ait d’abord inquiété de nombreux Palestiniens, au regard du manque de soutien envers la solution à 2 États, de sa disposition à autoriser les constructions dans les implantations et de son projet à déplacer son ambassade américaine à Jérusalem, Shaath a salué le leader américain, qu’il décrit comme un homme dont les positions évoluent.

« Le président Trump est très différent de Mr Obama. Il est dur et disposé à exprimer sa position. C’est un homme qui calcule », a analysé Shaath.

Il a ajouté que Ramallah n’avait pas vraiment d’autre choix que de coopérer avec le président.

Le président américain Donald Trump et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de la conférence de presse à la Maison Blanche le 3 mai 2017 à Washington (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)
Le président américain Donald Trump et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de la conférence de presse à la Maison Blanche le 3 mai 2017 à Washington (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)

Les États-Unis « ne sont pas simplement un acteur international, ils sont un allié stratégique d’Israël et d’autres acteurs de la région. On ne peut pas ignorer les États-Unis. Nous essayons avec le nouveau président comme nous avons essayé avec ses prédécesseurs », a affirmé Shaath.

Il a ajouté que les Palestiniens défendront toujours leur cause « face au monde entier » et n’ont pas abandonné les promesses de l’Initiative de paix française, qui ont reçu le soutien de l’ensemble de la communauté internationale.

Netanyahu crée des « préconditions » en parlant du salaire des terroristes

Durant sa rencontre avec Abbas, Trump a mis le doigt sur la question des paiements effectués par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), dirigée par Abbas, aux détenus palestiniens dans les prisons israéliennes, selon les responsables à la Maison Blanche.

Ces allocations font l’objet d’une plainte de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres responsables à Jérusalem, qui considèrent ces paiements comme une motivation aux attentats.

Saath a déclaré que la question des paiements devra être laissée aux négociations, et a accusé Netanyahu de soulever cette question pour empêcher la reprise des pourparlers.

« M. Netanyahu est celui qui reproche au président Abbas de poser des conditions relatives aux implantations, et là, il pose une nouvelle condition », dit-il.

L’OLP donne à tous les prisonniers palestiniens des allocations mensuelles, indépendamment de la raison de leur incarcération, et verse également des subventions aux familles de ceux qu’elle appelle les « martyrs », c’est-à-dire une personne qui a tué des Israéliens, qu’elle ait été impliquée dans un attentat contre des civils ou qu’elle ait été tuée injustement.

Shaath a été particulièrement excédé par le fait que Netanyahu ait dépeint tous les détenus palestiniens comme des « criminels et des terroristes », soutenant que l’écrasante majorité des détenus n’ont pas de sang sur les mains, ni n’ont de proches tués dans le conflit.

Dans une interview à Fox News, Netanyahu a accusé l’AP de donner « des centaines de milliers de dollars chaque année à des terroristes ou aux familles des terroristes ».

En 2016, le budget total de l’OLP pour les salaires des prisonniers et des familles des martyrs avoisinait les trois millions de dollars.

Un récent rapport publié par le COGAT, l’agence du ministère de la Défense responsable de gérer les affaires civiles en Cisjordanie et à la frontière de la bande de Gaza, établit que près des tiers des détenus palestiniens sont « directement responsables de la mort d’Israéliens ».

Le porte-parole du bureau du Premier ministre n’a pas souhaité réagir aux affirmations de Shaath.

Dans une interview accordée à la radio israélienne, Shaath a qualifié la demande de suspensions des paiements d’« insensée ».

Dans un article d’opinion publié dans le Washington Post en avril, Ghaith al-Omar, un ancien conseiller d’Abbas et membre de l’équipe des négociations palestiniennes et David Makovsky, un ancien envoyé spécial américain pour les négociations de paix ont soutenu que l’OLP doit changer sa politique sur les salaires et montrer à l’administration actuelle qu’elle est disposée à faire la paix.

Les « Palestiniens affirment que la plupart de ces prisonniers et de ces ‘martyrs’ sont des prisonniers politiques et des personnes innocentes », ont-ils souligné. Ils ont donc insisté sur le fait que l’OLP, contrôlée en grande partie par Abbas, cesse immédiatement les paiements dans des cas « évidents » de meurtre ou de tentative de meurtre d’Israéliens.

Lorsqu’on lui a demandé si l’OLP pouvait cesser les paiements dans des cas « évidents » de meurtre ou de tentative de meurtre, Shaath a déclaré que cela ne pouvait être résolu qu’au cours des négociations.

« S’il y a des personnes impliquées dans des meurtres civils, et si cela s’avère réellement criminel, alors cela pourrait être une exception qui pourrait être examinée dans un tribunal accepté par les deux nations. Tous les prisonniers actuels sont [un produit] de l’occupation. Mettre fin à cela doit être le fruit de la paix », a-t-il déclaré.

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