Shoah: le fils Juif d’un nazi raconte son enfance dans l’ombre du négationnisme
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Shoah: le fils Juif d’un nazi raconte son enfance dans l’ombre du négationnisme

Bernd Wollschlaeger a découvert l'ampleur des crimes de son père à Yad Vashem ; il a fini par lui pardonner, "pas ce qu'il a fait aux autres ; seulement qui il était avec moi"

Bernd Wollschlaeger (Capture d'écran : YouTube)
Bernd Wollschlaeger (Capture d'écran : YouTube)

Le fils d’un officier nazi décoré s’est converti au Judaïsme avant de rejoindre l’armée israélienne, après a découvert les actes commis par son père lorsqu’il était officier dans l’armée nazi. Il est revenu sur sa relation avec son père et a évoqué son enfance au cours d’un entretien accordé à un journal britannique.

« Plus j’étudiais, plus j’étais amené à conclure que mon père était un menteur », a expliqué Bernd Wollschlaeger dans un entretien publié mardi dans l’édition du Daily Mail de Londres.

Né en Bavière en 1958, Wollschlaeger a raconté que lorsqu’il était enfant, on lui avait inculqué que la Shoah était un mensonge et on lui avait appris à admirer son père, un héros de guerre qui avait été décoré. Il avait précisé qu’ Arthur Wollschlaeger portait encore sa « croix de chevalier autour du cou » à Noël des années après la fin de la guerre.

Wollschlaeger avait reçu la croix de fer des mains d’Adolf Hitler pour ses actions dans la bataille contre les forces soviétiques.

Dans l’entretien, Wollschlaeger a raconté que le massacre de Munich en 1972 – au cours duquel onze athlètes israéliens ont été tués par des terroristes palestiniens – avait été un tournant majeur dans sa relation avec son père.

Un membre du commando arabe qui s’était saisi de l’équipe olympique israélienne dans leur quartier-général du village olympique de Munich, au balcon du bâtiment où il tenait en otage les Israéliens, le 5 septembre 1972. (Crédit : AP Photo/Kurt Strumpf)

« Pour la toute première fois – de ma vie tout du moins – les vieilles blessures s’étaient rouvertes et nous avions été obligés de prendre en compte le passé et d’évoquer la raison pour laquelle la mort de Juifs en Allemagne, une nouvelle fois, était tellement importante », dit Wollschlaeger au Daily Mail.

« Mon père évoquait le massacre des athlètes israéliens en disant : ‘Mais regardez ce qu’ils nous font encore : les Juifs détruisent notre réputation pour donner une mauvaise image de nous’. »

Durant l’entretien, Wollschlaeger a expliqué que la réaction de son père au massacre l’avait troublé et que finalement, ses professeurs lui avaient dit la vérité sur la Shoah.

« Non seulement j’ai été choqué d’apprendre cela, mais en plus mon père étant un héros de guerre, il aurait dû être au courant de quelque chose », a-t-il expliqué.

« Je lui ai posé la question et il m’a répondu que tout cela n’était qu’un mensonge, que mes professeurs étaient des communistes et que jamais la Shoah n’avait eu lieu », a poursuivi Wollschlaeger.

Bernd Wollschlaeger à la Nouvelle synagogue de Netanya (Capture d’écran : YouTube)

« J’ai commencé à combler mes lacunes parce que j’ai soupçonné qu’il y avait un gros fossé – un trou noir que mon père ne voulait pas mettre en lumière. Et plus j’ai lu, plus j’ai appris ».

Il raconte ensuite comment son père avait finalement admis l’extermination des Juifs par les nazis.

« Il m’a dit un jour que le monde devrait saluer ce qu’avaient fait les Allemands parce que nous nous étions débarrassés de la vermine. Il m’a dit qu’on avait fait le sale boulot que personne ne voulait faire mais dont tout le monde se plaignait », a rapporté Wollschlaeger.

Dans l’interview, Wollschlaeger précise qu’un voyage en Israël et une visite à Yad Vashem aux côtés d’un survivant de la Shoah l’ont transformé.

« C’est là-bas que j’ai réalisé l’étendue du crime et je me suis effondré émotionnellement. J’ai pleuré », s’est-il souvenu.

Deux soldats nazis, leurs fusils à la main, prêts à tirer. (Crédit : Artsiom Malashenko/ IStock by Getty Images)

Après s’être converti au judaïsme en 1986, en Allemagne, Wollschlaeger a finalement décidé de partir pour Israël et de s’enrôler dans l’armée. Lors de ses adieux, son père « n’a pas voulu me voir. Il a dit que j’étais un traître, il était ivre, comme toujours – mais il m’a qualifié de traître. Et c’était ce que j’étais, en effet ».

Après la mort de son père, Wollschlaeger a expliqué que le testament de ce dernier stipulait qu’il n’était pas le bienvenu à ses funérailles.

« On m’a aussi interdit de porter son nom, on m’a interdit d’approcher de sa tombe, on a dit que j’étais un traître », s’exclame-t-il.

Wollschlaeger a affirmé au Daily Mail lui avoir finalement pardonné. « Je lui ai pardonné qui il était – je n’ai pas pardonné ce qu’il a fait aux autres – seulement qui il était avec moi. »

La place du ghetto de Varsovie au musée de commémoration de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, à Yom HaShoah, le 21 avril 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Wollschlaeger a ajouté que la conjoncture actuelle et les clivages qui empêchent les gens de communiquer entre eux l’inquiètent.

« Nous vivons dans une cacophonie démente », dit-il. « Chacun se trouve dans sa propre chambre d’écho, n’écoutant que ce qu’il a envie d’écouter, personne ne communique, personne n’est capable de dialoguer. Nous devons en revenir à l’ouverture, à notre vulnérabilité, et écouter les autres avant de condamner ».

Aujourd’hui, il est médecin de famille à Miami, en Floride et père de trois enfants.

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