Rechercher

Six jours après, Biden félicite Netanyahu pour sa victoire aux élections

"Nous allons faire l'Histoire ensemble", a dit le président américain au chef du Likud qui s'est aussi entretenu avec Zelensky, chef de l'État ukrainien qui l'aurait invité à Kiev

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le chef de l'opposition Benjamin Netanyahu parle au président américain Joe Biden depuis un bureau du Likud à Tel Aviv, le 7 novembre 2022. (Autorisation : Likud)
Le chef de l'opposition Benjamin Netanyahu parle au président américain Joe Biden depuis un bureau du Likud à Tel Aviv, le 7 novembre 2022. (Autorisation : Likud)

Le président américain Joe Biden a téléphoné lundi au leader du Likud, Benjamin Netanyahu, pour le féliciter pour sa victoire aux élections de la semaine dernière, alors que Washington tente de dissimuler une certaine appréhension concernant l’entrée probable de personnalités issues de l’extrême-droite dans le prochain gouvernement israélien.

Netanyahu, réputé proche de Vladimir Poutine, s’est aussi entretenu avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky peu après son échange avec Biden, lui promettant « d’étudier sérieusement la question ukrainienne » quand il prendra ses fonctions. Alors dans l’opposition, Netanyahu avait indiqué qu’il était dangereux pour Israël de fournir des armes à Kiev.

Selon un communiqué en hébreu qui a été émis par le bureau de Netanyahu, l’appel avec Biden a duré huit minutes. Le leader américain a déclaré au futur Premier ministre présumé que « nous sommes des frères » et que « nous ferons l’Histoire ensemble ». Le communiqué n’a pas précisé de manière exacte ce à quoi l’occupant de la Maison Blanche faisait référence par ces propos.

Netanyahu a déclaré au président des États-Unis qu’ensemble, des « accords de paix historiques » seraient réalisés, en référence à l’élargissement des accords de normalisation signés entre l’État juif et ses voisins arabes, les Accords d’Abraham. « Ces accords sont à notre portée », aurait dit Netanyahu, selon le compte-rendu transmis par son bureau.

« Mon engagement en faveur de notre alliance et de notre relation est plus fort que jamais », a-t-il ajouté.

Karine Jean-Pierre, porte-parole de la Maison Blanche, a fait savoir que Biden avait félicité Netanyahu et qu’il avait « salué les élections libres et transparentes qui ont eu lieu en Israël ».

« Le président a réaffirmé la force de notre partenariat bilatéral et il a souligné son soutien sans faille à la sécurité d’Israël », a-t-elle continué, notant que les États-Unis « continueront à surveiller avec attention le processus de formation du gouvernement » et que l’administration américaine était impatiente « de pouvoir continuer à travailler avec le gouvernement israélien sur la base de nos intérêts mutuels et de nos valeurs partagées ».

Les députés d’extrême droite Itamar Ben Gvir, à gauche, et Bezalel Smotrich à la porte de Damas, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, le 20 octobre 2021. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Un communiqué de la Maison Blanche qui a suivi a indiqué que les deux dirigeants avaient convenu de s’entretenir à nouveau lorsque le gouvernement serait formé.

Peu après son échange avec Biden, Netanyahu a parlé avec Zelensky qui a aussi félicité le leader du Likud pour sa victoire électorale, selon un compte-rendu du bureau de Netanyahu. Un responsable ukrainien a déclaré devant les caméras de la chaîne Kan que Zelensky avait invité Netanyahu à Kiev.

Netanyahu a répété le message qu’il a transmis pendant sa campagne électorale – celui qu’il « étudiera sérieusement la question ukrainienne » lorsqu’il prendra ses fonctions, a fait savoir le communiqué du Likud qui a fait remarquer que l’appel entre les deux dirigeants avait eu lieu via l’application de messagerie cryptée Signal.

Netanyahu s’est longtemps enorgueilli de ses liens privilégiés avec le président russe Vladimir Poutine. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Netanyahu avait âprement critiqué le gouvernement sortant, l’accusant de nuire aux relations avec Moscou en refusant d’adopter un positionnement strictement neutre au début de la guerre. Toutefois, il a rendu hommage plus récemment à l’approche « prudente » du gouvernement et il a fait savoir qu’il « examinerait » la question ukrainienne s’il devait revenir au pouvoir.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, à gauche, rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, à Jérusalem, le 24 janvier 2020. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Ces entretiens ont eu lieu six jours après que le bloc de droite, religieux et d’extrême-droite de Netanyahu est parvenu à remporter une majorité de 64 sièges à la Knesset, forte de 120 membres. Alors que le Likud n’en est qu’au tout premier stade des négociations de coalition, l’alliance HaTzionout HaDatit-Otzma Yehudit d’extrême-droite devrait obtenir plusieurs postes importants au cabinet.

Une source proche du dossier a expliqué que l’administration Biden attendait encore que le gouvernement israélien soit formé avant de prendre toute décision politique. Toutefois, il sera difficile pour les États-Unis de travailler avec des ministres comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, a-t-elle ajouté.

Les deux politiciens ont de lourds antécédents de propos contre les Arabes, contre les Palestiniens, contre les membres de la communauté LGBT et contre le mouvement réformé du judaïsme. Smotrich avait été arrêté pendant des manifestations contre le désengagement de Gaza, en 2005, et Ben Gvir avait été reconnu coupable d’incitations au racisme et de soutien apporté à un groupe terroriste en 2007, année où il avait brandi une pancarte où était écrit « Expulsez l’ennemi arabe » et « Kahane avait raison » – un slogan en référence à feu le rabbin extrémiste Meir Kahane, que Ben Gvir considère comme son mentor. Le député affirme par ailleurs être devenu plus modéré, ces dernières années, et qu’il est différent de Kahane, estimant que seuls les Arabes « déloyaux » devront être expulsés et non tous.

Les deux législateurs ont eu des difficultés à obtenir des visas pour se rendre aux États-Unis, même en visite officielle, dans la mesure où l’octroi d’un visa nécessite un contrôle du casier judiciaire du demandeur.

Alors qu’il lui était demandé quelle était sa réaction face à l’essor de l’extrême-droite en Israël, le porte-parole du département d’État, Ned Price, a pris soin d’insister sur le fait que les États-Unis devaient attendre la finalisation des résultats du scrutin et la formation du gouvernement. Il a toutefois déclaré que les États-Unis « espèrent que tous les responsables du gouvernement israélien continueront à partager les valeurs d’une société ouverte et démocratique, avec notamment la tolérance et le respect de tous les membres de toute la société civile – en particulier à l’égard des groupes minoritaires ».

De son côté, Tom Nides, l’envoyé américain à Jérusalem, s’est entretenu avec Moshe Gafni et Yitzhak Pindrus, députés du parti Yahadout HaTorah, selon un communiqué émis mardi par le parti ultra-orthodoxe.

L’ambassadeur des États-Unis « les a félicités pour la victoire électorale du bloc religieux », a indiqué le communiqué, et il s’est engagé à œuvrer en faveur du renforcement des relations entre les deux pays.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...