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Teva fait sa première incursion dans le secteur du cannabis médical

Le géant pharmaceutique israélien a signé un accord avec Cannbit-Tikun Olam pour produire des huiles de THC et de CBD pour les marchés israéliens et palestiniens

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Illustration. Plants de cannabis cultivées à des fins médicales en Israël. (Crédit : Chen Galili)
Illustration. Plants de cannabis cultivées à des fins médicales en Israël. (Crédit : Chen Galili)

L’entreprise israélienne Teva Pharmaceutical Industries, l’un des plus grands fabricants de médicaments génériques au monde, fait ses premiers pas dans l’industrie du cannabis médical. Dimanche, le géant pharmaceutique a annoncé la signature d’un nouvel accord avec Cannbit-Tikun Olam, le plus grand fournisseur de cannabis médical en Israël, pour commercialiser et distribuer des produits à base de cannabis médical en Israël et dans l’Autorité palestinienne (AP), ainsi qu’en Ukraine dans un avenir proche.

Selon l’accord, Cannbit-Tikun Olam produira des huiles de cannabis médical riches en THC, le principal composé psychoactif du cannabis, et en CBD (cannabidiol), un composé dépourvu de composant psychoactif et utilisé dans les remèdes naturels. Les huiles seront basées sur des souches de cannabis développées par la société israélienne et sélectionnées par Teva, qui les commercialisera ensuite sous une nouvelle marque commune.

Les huiles seront traitées conformément aux « instructions et aux normes strictes » du fabricant de médicaments, ont indiqué les sociétés.

Teva Israël et Cannbit-Tikun Olam ont déclaré qu’ils collaboreraient initialement pour une période de 10 ans, avec la possibilité de prolonger de neuf ans supplémentaires.

Un producteur de cannabis s’occupe de plants dans un champ de la société Tikun Olam près de la ville de Safed, dans le nord du pays, le 31 août 2010. (Crédit : Abir Sultan / Flash90)

Avinoam Sapir, directeur général de Cannbit-Tikun Olam, qui a précédemment exercé en tant que PDG de Teva Israël de 2013 à 2020, a déclaré dimanche au Times of Israël que l’accord était « un contrat énorme et important » et une preuve de confiance de la part de Teva dans le secteur naissant du cannabis médical en Israël.

« Teva est une énorme marque et le marché du cannabis est un énorme marché potentiel pour eux. Afin d’être des acteurs dans cette arène… ils vont avoir une autre marque avec Cannbit-Tikun Olam pour le cannabis médical », a-t-il déclaré.

Sapir a déclaré que l’industrie du cannabis médical en Israël était un marché en évolution qui devrait atteindre 1,2 milliard de shekels en 2021, contre 700 millions de shekels l’année dernière.

« Nous avons déjà près de 100 000 patients [en Israël] qui reçoivent régulièrement du cannabis médical », a déclaré Sapir. Il espère commencer à distribuer les huiles avec Teva au cours du premier semestre de 2022.

La marijuana médicale au dispensaire Tikkoun Olam à Tel Aviv ,le 1er septembre 2016. Avec les conseils des infirmiers spécialement formés de Tikkoun Olam, les patients peuvent décider d’acheter leur prescription sous forme de fleur, joints pré-roulé ou de pilules (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israel)

Sapir a déclaré que bien que le cannabis médical ne soit pas encore légal dans l’AP, des négociations sont en cours avec les responsables de la santé palestiniens pour autoriser la consommation de cannabis médical « pour des effets thérapeutiques spécifiques, comme l’autisme, la [gestion de la] douleur et différents troubles. »

Il estime que le marché de l’AP compte environ 50 000 patients.

Le marché en Ukraine, avec une population de 45 millions de personnes, a un « énorme potentiel », mais « cela dépend de la façon dont ils vont légaliser [le cannabis médical] », a déclaré Sapir.

« Nous sommes fiers que Teva Israël ait exprimé sa confiance en nous choisissant comme partenaire stratégique pour l’entrée de Teva sur le marché des produits à base de cannabis médical. Je pense qu’il s’agit de l’un des accords les plus importants conclus dans le secteur au cours des dernières années en Israël et qu’il positionnera Cannbit-Tikun Olam et Teva Israël comme des acteurs de premier plan sur le marché du cannabis médical en constante croissance et en développement en Israël et dans le monde entier », a déclaré Sapir dans l’annonce.

An injured soldier uses medicinal cannabis (photo credit: Abir Sultan/Flash90)
Un soldat blessé de Tsahal consomme du cannabis médical. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

« L’arène du cannabis médical se développe et se professionnalise à un rythme vertigineux en Israël, et il y a une plus grande ouverture à ce sujet en Israël et dans le monde », a déclaré Yossi Ofek, PDG de Teva Israël.

« Aujourd’hui, il apparaît comme une évidence pour de nombreux acteurs de l’industrie pharmaceutique et de la communauté médicale que l’utilisation d’huiles produites à partir de souches de cannabis spécifiques peut offrir des options de traitement supplémentaires et répondre à des besoins médicaux non satisfaits des patients », a déclaré Ofek.

Sapir a déclaré qu’au cours de l’année 2021, Cannbit-Tikun Olam (une société fusionnée suite à l’acquisition en 2019 de Tikun Olam par Cannbit) a participé à 35 essais cliniques utilisant ses souches de cannabis pour tester des traitements pour différentes conditions, notamment la maladie de Crohn, l’épilepsie et les symptômes de l’autisme chez les enfants.

L’accord Cannbit-Tikun Olam survient deux semaines après que le géant pharmaceutique américain Pfizer a semblé faire un pari important sur le cannabis médical avec l’acquisition prévue d’une société en phase clinique, Arena Pharmaceuticals, pour une valeur totale d’environ 6,7 milliards de dollars.

Illustration. Le processus de fabrication d’huile à partir de plantes de cannabis. (Crédit : Chen Galili)

Le cannabis en Israël

L’utilisation du cannabis médical est légale en Israël depuis les années 1990 pour les patients présentant une maladie grave, mais au cours de la dernière décennie, le nombre de bénéficiaires a augmenté de façon exponentielle, le médicament bénéficiant d’un large soutien politique et public.

Israël est devenu un pionnier mondial de la culture et de la recherche sur le cannabis médical et les médecins prescrivent du cannabis pour aider à traiter toute une série d’affections physiques, mentales et émotionnelles, notamment le syndrome de stress post-traumatique, les troubles gastro-intestinaux, les soins palliatifs en fin de vie, la douleur chronique et l’épilepsie.

Les patients doivent déposer une demande de licence pour pouvoir consommer du cannabis médical, qu’ils reçoivent par l’intermédiaire des pharmacies. Selon l’Agence israélienne du cannabis médical (IMCA), qui opère sous les auspices du ministère israélien de la Santé, 108 013 licences avaient été délivrées en Israël en novembre 2021, contre 104 907 en octobre. En février de cette année, un peu plus de 94 000 licences avaient été délivrées.

« Le rythme auquel le nombre de patients en Israël augmente est dramatique », a déclaré Sapir.

Il a également indiqué que, bien que l’accord avec Teva Israël soit initialement axé sur les huiles, les opportunités à venir sont énormes. Le cannabis médical, a déclaré Sapir, « est un médicament très efficace et performant » et de plus en plus d’études montrent ses avantages.

Une vue d’ensemble de TEVA Pharmaceutical Industries à Jérusalem, Israël, 11 octobre 2013. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’usage récréatif du cannabis est actuellement illégal en Israël, bien que le ministère de la Sécurité publique l’ait partiellement dépénalisé en 2017, fixant des amendes et un traitement pour les premiers contrevenants au lieu de procédures pénales.

En juin, un projet de loi visant à dépénaliser l’usage récréatif du cannabis n’a pas réussi à franchir le cap du vote en plénière à la Knesset, en raison de l’opposition des législateurs du parti islamiste Raam, membre la coalition.

Une nouvelle version de la législation a été rédigée. Elle prévoit des réformes majeures dans le secteur du cannabis médical en Israël et en facilite l’accès, sans pour autant dépénaliser l’usage récréatif. Ce projet de loi a passé une lecture préliminaire à la Knesset en octobre, avec le soutien de Raam.

Selon les termes du projet de loi, les personnes ayant obtenu une licence du ministère de la Santé seront légalement autorisées à cultiver, distribuer et posséder du cannabis à des fins médicales. La nouvelle législation vise à remédier à la pénurie chronique de cannabis médical disponible pour les personnes munies d’une ordonnance, en raison de la réglementation stricte imposée aux producteurs.

Image d’illustration : Un ouvrier s’occupe de plants de cannabis dans une installation de culture pour la société Tikun Olam près de la ville de Safed, au nord du pays, le 31 août 2010. (Abir Sultan/Flash 90)

Au début du mois, le ministère de la Santé a déclaré qu’il avait mis en place un comité chargé d’examiner les implications de l’exclusion des substances ou produits contenant du CBD de la liste des drogues dangereuses.

Le ministère a déclaré qu’il examinerait la possibilité de retirer le CBD de la liste, ce qui signifie qu’il serait possible de commercialiser des produits contenant ce composé en Israël, en mettant l’accent sur la consommation orale et topique. La commission examinera en outre les avantages potentiels des produits contenant du CBD, ainsi que les processus de test et de supervision.

La Knesset a accepté en décembre de former une commission sur le cannabis, sous l’impulsion de la députée Sharren Haskel du parti Tikva Hadasha, qui étudiera la poursuite de la légalisation et d’autres questions liées au cannabis.

Yaakov Schwartz et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

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