Trump fait ce qu’il avait dit qu’il ferait – sauf en ce qui concerne Israël
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Analyse

Trump fait ce qu’il avait dit qu’il ferait – sauf en ce qui concerne Israël

Tandis que l’Amérique voit son candidat non conventionnel devenir le chef non conventionnel qu’il avait promis d’être, les Israéliens attendent encore de voir si 'les choses seront différentes'

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

WASHINGTON — Cela ne fait que deux semaines que Donald Trump a accédé à la présidence et il a pourtant mis une grande partie du monde en émoi pour avoir réalisé très exactement ce qu’il avait dit qu’il ferait, lui, ce candidat non-orthodoxe et pugnace qui a pourtant remporté les élections contre toute atteinte.

Il a signé un décret exécutif qui a lancé son plan visant à construire un mur le long de la frontière sud des Etats Unis. Il a commencé à abroger Obamacare. Et il a signé un décret hautement controversé sur l’immigration interdisant jusqu’à nouvel ordre à tous les réfugiés issus de sept pays à majorité musulmane de pénétrer sur le territoire américain, notamment de la Syrie, ravagée par la guerre.

Durant la campagne, un commentateur avait glorieusement observé que Trump faisait appel à des millions d’Américains qui le prenaient « au sérieux, mais pas littéralement ». Après quatorze jours passés dans le Bureau ovale, toutefois, il est devenu évident qu’il n’était finalement pas malavisé de le prendre au sérieux.

Hormis sur un sujet.

Trump, le candidat plein d’espoir à la présidence, avait promis d’opter pour des politiques sur Israël radicalement différentes de celles tant décriées par les Républicains sous l’administration Obama.

Il avait expliqué à une foule de 18 000 personnes réunies lors de la conférence politique de l’AIPAC qu’il allait relocaliser l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, qu’il démantèlerait l’accord passé avec l’Iran et enverrait « un signal clair : celui qu’il n’y a aucune division entre l’Amérique et son allié le plus fiable ».

Au mois de décembre, après que l’administration Obama a autorisé le passage d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui condamnait les implantations israéliennes en les qualifiant d’illégales et d’obstacles à la paix, il avait indiqué aux Israéliens sur Twitter que « les choses allaient être différentes » lorsqu’il endosserait sa fonction présidentielle.

Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l'AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb/Getty Images via JTA)
Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l’AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb/Getty Images via JTA)

Et pourtant Trump, le président, a jusqu’à présent été dans l’incapacité de montrer un éventuel glissement dans la relation américano-israélienne qui, avait-il dit, serait un point d’ancrage de sa politique étrangère.

Au cours des deux dernières semaines, il a semblé reculer sur sa promesse de déménager l’ambassade, affirmant que, tandis qu’il y a « une chance » que son administration mène à bien cette initiative, la décision n’est “pas facile” à prendre, évoquant les « deux parties » dans le conflit.

Il a convenu avec le roi Salmane d’Arabie Saoudite d’appliquer « rigoureusement » l’accord passé avec l’Iran plutôt que de le démanteler.

Et pour la toute première fois, il a mis légèrement en garde Israël face à l’expansion de sa présence en Cisjordanie via les implantations – un facteur dont son porte-parole a déclaré qu’il « ne pourrait pas aider » à la réalisation de la paix.

Ce premier avertissement a été lancé après l’approbation par Israël de la construction de 5 500 unités de logement dans la région, et l’annonce que l’état juif construira une nouvelle implantation pour la première fois depuis un quart de siècle.

Vendredi, il a enfoncé le clou en indiquant explicitement que le développement des implantations « n’est pas bon pour la paix ».

Il serait certainement injuste de dire que Trump a adopté la stratégie d’Obama. La Maison Blanche et son occupant ont tous deux indiqué qu’ils ne considèrent pas « l’existence des implantations comme une entrave à la paix » mais également qu’ils « n’ont pris aucune position officielle face aux activités d’implantation ».

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Obama, pour sa part, se montrait inflexible sur la nécessité de soulever cette question en utilisant un langage sans équivoque.

« Les Israéliens doivent reconnaître que tout comme leur droit à l’existence ne peut être nié, c’est également le cas pour les Palestiniens », avait-il dit lors d’un fameux discours prononcé au Caire, en 2009, devant le monde arabe.

« Les Etats Unis n’acceptent pas la légitimité des implantations israéliennes continues. Ces constructions contreviennent aux accords qui ont été signés dans le passé et viennent saper les efforts de paix ».

« Il est temps que ces implantations cessent », avait-il ajouté. « Il est temps que nous agissions en faveur de cette vérité dont nous avons tous conscience ».

Mais Trump semble tenir compte du conseil qui lui a été donné par son prédécesseur.

Lors de sa dernière conférence, Obama avait été interrogé sur l’intention apparente de renverser des décennies de politique américaine vis-à-vis de l’état juif – un sentiment qui se reflétait largement dans le choix de David Friedman, soutien et financeur affirmé des implantations en Cisjordanie, au poste de prochain ambassadeur en Israël.

Friedman avait par ailleurs confirmé son désir de mener sa mission depuis Jérusalem. Et donc, le président sortant, en réponse, avait noté que le Moyen Orient est « un environnement volatile » et avait envoyé un message à Trump : « Si vous effectuez des changements importants dans cette politique, assurez-vous d’abord que vous avez bien étudié et que vous avez bien compris quelles en seront les conséquences ».

Si vous effectuez des changements importants dans cette politique, assurez-vous d’abord que vous avez bien étudié et que vous avez bien compris quelles en seront les conséquences

Un grand nombre de personnes se sont demandées, au cours de ces deux dernières semaines, si Trump avait véritablement réfléchi à l’ensemble des répercussions possibles d’une interdiction de voyage qui risque d’enflammer l’hostilité anti-américaine au Moyen Orient, des conséquences de ses tweets matinaux ou de sa réprimande du Premier ministre australien, chef de l’un des alliés les plus anciens et les plus fiables des Etats Unis.

Certains ont noté que le style de la gestion de Trump pourrait bien être celui d’un initiateur de chaos, un environnement dans lequel il s’est déjà trouvé en tant que candidat, durant toute la période de transition et qui semble perdurer maintenant au cours de sa présidence naissante.

Il a montré toutefois bien plus de prudence en parlant de réaliser « l’accord ultime », comme il l’a qualifié, à savoir la réalisation de la paix entre Israéliens et Palestiniens, qu’il a pu afficher d’imprudence dans d’autres secteurs de la politique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Lorsque le Premier ministre Netanyahu se rendra à Washington le 15 février, il pourrait trouver un président enclin à lui laisser davantage de marge de manœuvre que ce n’était le cas d’Obama, mais aucune liberté d’action absolue.

Le communiqué émis jeudi par la Maison Blanche mettait en garde contre « la construction de nouvelles implantations et l’expansion des implantations existantes au-delà de leurs frontières actuelles », un langage qui indique l’acceptation de nouvelles constructions au sein des blocs qu’Israël pourrait retenir sous les termes d’un accord. Mais pas en dehors.

Cette posture s’aligne avec une convention qu’avait passée George W. Bush avec Ariel Sharon en 2004, dans laquelle l’ancien président avait dit qu’il « était irréaliste d’attendre que l’issue des négociations portant sur un statut final se fasse selon un alignement entier et complet sur les lignes d’armistice de 1949 ».

Et cela donne aussi à Netanyahu le soutien dont il a besoin face aux membres de droite de sa base qui ont réclamé que davantage de constructions aient lieu depuis la prise de pouvoir de Trump.

Peu de temps après la victoire du Républicain aux présidentielles, au mois de novembre dernier, le parlementaire Naftali Bennett avait déclaré que « l’ère d’un état palestinien est terminée ».

Mais Trump ne semble pas motivé à accomplir l’objectif insaisissable de la paix israélo-palestinienne.

Il a ainsi lancé l’idée que son plus proche confident, Jared Kushner, son gendre orthodoxe, puisse se consacrer spécialement à cette question. Il s’est même montré réticent à s‘engager dans des démarches qui pourraient saper cette possibilité.

Les Israéliens qui pensaient que Trump saurait maîtriser une « nouvelle ère » hautement dramatique doivent commencer à s’interroger sur les parties de sa campagne présidentielle qu’ils auraient dû prendre au sérieux. Mais pas littéralement.

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