Tsahal engage un grand avocat pour les poursuites contre le soldat de Hébron
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Tsahal engage un grand avocat pour les poursuites contre le soldat de Hébron

Un juriste de longue date et ancien procureur militaire renforcera l'affaire de l’armée contre le soldat qui a tué un attaquant palestinien désarmé

Elor Azaria, le soldat israélien qui a abattu un attaquant palestinien désarmé et neutralisé en mars 2016 à Hébron devant la cour militaire de Jaffa, le 18 avril 2016. (Crédit : Flash90)
Elor Azaria, le soldat israélien qui a abattu un attaquant palestinien désarmé et neutralisé en mars 2016 à Hébron devant la cour militaire de Jaffa, le 18 avril 2016. (Crédit : Flash90)

L’avocat général militaire Sharon Afek aurait engagé un important avocat du secteur privé pour rejoindre l’équipe poursuivant le soldat israélien accusé d’homicide pour avoir tué un attaquant palestinien blessé et désarmé à Hébron en mars dernier.

L’action, qui a été annoncée mardi par le quotidien Yedioth Ahronoth, indique que l’armée n’a pas l’intention de proposer au sergent Elor Azaria un accord pendant les procédures légales contre lui.

Selon l’article, Nadal Weisman, juriste de longue date et ancien procureur militaire, renforcera les poursuites de l’armée israélienne pendant le procès.

Weisman, qui a aidé l’armée dans nombre d’autres affaires médiatisées ces dernières années, rejoindra l’équipe de procureurs militaires dans le cadre de son service de réserve obligatoire.

« C’est une affaire du type ‘tout ou rien’ », a déclaré au quotidien un haut gradé du bureau du procureur militaire.

« Vous ne pouvez pas accuser [le soldat] d’homicide par négligence ou d’utilisation illégale de son arme, parce qu’il a tiré dans le but de tuer, a déclaré le haut gradé. Il y a eu un tir qui allait contre les ordres et les procédures de l’armée, donc le soldat devra expliquer pourquoi il a fait ça. »

Nadav Weisman (Crédit : autorisation)
Nadav Weisman (Crédit : autorisation)

« S’il a vraiment senti que sa vie était en danger immédiat, pourquoi n’a-t-il pas crié quelque chose, ou prévenu les autres ? », a-t-il ajouté, faisant référence à la défense d’Azaria, qui affirme qu’il a ouvert le feu parce qu’il pensait que le Palestinien portait une ceinture explosive.

Le tir a eu lieu le 24 mars à Hébron, une ville de Cisjordanie qui a été un point chaud de la vague de violence israélo-palestinienne de sept mois.

Deux Palestiniens avaient poignardé et blessé un soldat avant que les troupes n’ouvrent le feu, tuant un des deux hommes et blessant l’autre. Une vidéo de la scène a montré que l’attaquant blessé, Abdel Fattah al-Sharif, était toujours vivant quelques minutes après. Le film a montré Azaria tirer en visant la tête et le tuer. Après la mise en ligne de la vidéo, Azaria a été arrêté, et des associations de défense des droits de l’Homme ont appelé son action une exécution sommaire.

Il a été inculpé pour homicide et conduite militaire inappropriée par le tribunal militaire de Jaffa le 18 avril.

L’affaire a déclenché des controverses et a enflammé les tensions politiques en Israël, et malgré la forte condamnation des actions d’Azaria par le gratin militaire, des partisans d’extrême-droite et certains politiciens ont accusé l’establishment de la défense d’abandonner l’un des siens.

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)
Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d’une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d’écran B’TSelem)

Ces dernières semaines, des milliers de personnes ont manifesté pour soutenir le sergent de 19 ans dans de multiples rassemblements dans tout le pays, demandant la libération de sa détention militaire.

Les avocats d’Azaria ont nié l’usage excessif ou injustifié de la force par leur client contre Sharif, et ont demandé que les accusations contre lui soient entièrement rejetées. Ils ont déclaré à la cour pendant l’audience du mois dernier qu’Azaria pensait que des enfants approchaient pour une parade de Pourim quand il a ouvert le feu.

Mais les procureurs miliaires, soutenus par le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot, ont déclaré que le comportement du soldat sur les lieux ne montrait pas une telle préoccupation.

La semaine dernière, un document interne de l’armée israélienne que s’est procuré Vice News a montré que les procureurs militaires pensent qu’Azaria était motivé par une « idéologie tordue » pour tirer sur l’assaillant, selon le site internet.

Le document de 17 pages des procureurs militaires affirme qu’Azaria a dit à d’autres soldats, à la fois avant et après avoir tiré, que Sharif « devait mourir ».

Des résidents de Beit Shemesh pendant un rassemblement de solidarité avec le soldat accusé de meurtre pour avoir tiré sur un assaillant palestinien désarmé à Hébron la semaine précédente, le 28 mars 2016. (Crédit : Yaacov Lederman/Flash90)
Des résidents de Beit Shemesh pendant un rassemblement de solidarité avec le soldat accusé de meurtre pour avoir tiré sur un assaillant palestinien désarmé à Hébron la semaine précédente, le 28 mars 2016. (Crédit : Yaacov Lederman/Flash90)

Il dit également qu’Azaria a changé sa version des évènements pendant l’interrogatoire, disant qu’il avait tiré « parce que j’avais le sentiment qu’il y avait une menace pour ma vie ».

Le rapport qui a fuité notait qu’avant l’arrivée d’Azaria sur les lieux, les deux assaillants avaient été vérifiés par un autre soldat, qui a confirmé qu’il ne posait plus de danger.

L’enquêteur le plus chevronné du rapport a noté que « tirer sur le terroriste alors qu’il est au sol sans quasiment un mouvement et saigne depuis quelques minutes après l’attaque terroriste, est une action significativement immorale et il n’y a pas de bonne explication pour ça […]. Le tir sert les affirmations palestiniennes sur les exécutions et en cela blesse la légitimité de nos actions. »

Le député du Likud David Bitan a déclaré sur la chaîne de la Knesset que 14 000 personnes avaient signé une pétition demandant l’amnistie pour le soldat de Hébron Elor Azaria, qui a été inculpé d’homicide pour avoir tué un attaquant palestinien désarmé et neutralisé.

Bitan a déclaré que « nous la transmettrons plus tard au président [Reuven] Rivlin ».

« Les soldats doivent savoir que même s’ils font une erreur, ils seront soutenus », a-t-il déclaré.

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