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Tsahal s’entraîne à combattre le Hezbollah et des troubles intérieurs

Objectif de l’expérience: être mieux préparé qu’en mai dernier. Ce dimanche l'armée et le ministère de la défense lancent un exercice national de cinq jours

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats de Tsahal en combinaison de protection chimique organisent un exercice simulant une attaque chimique dans le cadre d'un exercice national de défense civile à Ramat Gan, près de Tel Aviv, le 20 mars 2007. (Roni Schutzer/Flash90)
Des soldats de Tsahal en combinaison de protection chimique organisent un exercice simulant une attaque chimique dans le cadre d'un exercice national de défense civile à Ramat Gan, près de Tel Aviv, le 20 mars 2007. (Roni Schutzer/Flash90)

L’armée israélienne et l’Autorité nationale de gestion des urgences du ministère de la Défense ont commencé dimanche un exercice inédit, le premier du genre. Pendant cinq jours, l’armée simulera une guerre à grande échelle avec le groupe terroriste libanais Hezbollah au milieu de troubles intérieurs.

L’exercice vise à voir dans quelle mesure les organisations d’intervention d’urgence – à savoir l’armée, la police, les pompiers et les services médicaux d’urgence – ont retenu les leçons de mai dernier. Pendant cette guerre de 11 jours, des milliers de roquettes ont été tirées par des terroristes de la bande de Gaza sur Israël et d’importantes émeutes se sont organisées dans des villes et villages arabo-juifs à travers le pays.

Incendies, agressions et insultes, les scènes d’affrontements entre citoyens arabes et juifs se sont multipliées et l’intervention policière a été qualifiée insuffisante. ​Une situation que l’armée israélienne souhaitent mieux gérer à l’avenir.

« Nous allons tester ce que nous avons appris et vécu à des niveaux que je n’avais pas prévus en termes de front intérieur », a déclaré le brigadier général Itzik Bar, chef d’état-major du commandement du Front intérieur de l’armée, aux journalistes avant le début de l’exercice.

L’exercice devrait prendre fin jeudi. L’ennemi ne sera pas le Hamas, comme en mai. L’exercice simulera un conflit au Liban et en Syrie avec le Hezbollah, une armée terroriste plus puissante. Le groupe terroriste chiite libanais dispose de plus de 100 000 roquettes et missiles de différentes portées, ainsi que d’une quantité moindre mais néanmoins significative de missiles à guidage de précision, qui sont apparus comme un problème potentiellement majeur pour Israël. Ce serait la deuxième menace la plus grave pour le pays, après l’arme nucléaire iranienne, selon certains responsables militaires.

L’exercice permettra d’imaginer les effets de barrages massifs de roquettes et de missiles sur Israël, sur la base de prévisions réelles du renseignement militaire, y compris des attaques d’armes chimiques, des frappes directes sur des installations de stockage de produits chimiques toxiques en Israël, des hôpitaux submergés et des coupures de courant dans tout le pays.

« Nous disposons d’un document auquel nous pouvons nous référer pour savoir à quoi ressemblera une guerre multifrontale en termes de portée et d’importance. Notre scénario nous donne un degré de précision sur les événements possibles et sur la manière dont nous pouvons diriger et affiner l’exercice pour qu’il soit vraiment efficace », a déclaré aux journalistes le directeur de l’Autorité nationale de gestion des urgences (NEMA), Yoram Laredo.

Un immeuble touché par une roquette à Ashkelon, le 20 mai 20210. (Crédit : Magen David Adom)

« Certains aspects que nous allons simuler dans l’exercice : l’utilisation par l’ennemi de substances désorientantes et sédatives. Nous vérifierons cela au cours de l’exercice, notamment la capacité à les identifier, en mettant l’accent sur la transmission d’instructions claires, ciblées et vitales à la population civile », a-t-il déclaré.

Tous les services gouvernementaux et les services d’urgence participeront à l’exercice, notamment la police israélienne, les services d’incendie et de secours ainsi que le service d’ambulance Magen David Adom.

Tous auront un rôle à jouer.

« Ce qui me préoccupe en tant que chef d’état-major du Commandement du front intérieur : la première est la question des munitions à guidage de précision et l’effet qu’elles auront sur notre capacité à fonctionner et sur les choses dans le monde des alertes de tirs entrants. La deuxième est la cadence de tir et la capacité du Hezbollah à effectuer des barrages de roquettes vraiment massifs sur des zones géographiques spécifiques – je vais utiliser l’expression ‘démolir la ligne de front’ – des tirs dirigés sur les communautés proches de la frontière », a déclaré Bar.

« Autre chose : nous voulons voir comment ils mettent en pratique les leçons de l’opération « Gardien des murs ». Nous avons mené un processus d’apprentissage très important avec de nombreuses enquêtes. Cet exercice va permettre de vérifier comment ces leçons seront mises en œuvre », a-t-il ajouté.

Dégâts sur des maisons dans la ville d’Ashkelon, au sud d’Israël, qui ont été touchées par des roquettes tirées depuis la bande de Gaza par des terroristes du Hamas, le 12 mai 2021. (Edi Israel/Flash90)

L’unité atomique-biologique-chimique du commandement du Front intérieur de l’armée simulera des réponses à des attaques intentionnelles d’armes chimiques le long de la frontière, ainsi qu’à des déversements de produits chimiques toxiques provenant de missiles frappant des usines israéliennes.

Le personnel militaire et civil simulera une évacuation massive des communautés du nord en réponse aux tirs de roquettes, ce qui ne s’est pas produit en mai dans le sud.

Les hôpitaux du nord d’Israël simuleront un afflux massif de blessés, ce qui obligera les patients à être envoyés dans des établissements du centre d’Israël par ambulance ou par hélicoptère.

De son côté, l’armée effectuera un certain nombre de tests de raids aériens, en particulier dans les régions du pays où des changements ont récemment été apportés à la façon dont elles reçoivent les alertes. Dans un effort pour rendre le système d’alerte du pays plus efficace, les forces de défense israéliennes ont divisé certaines villes en plusieurs zones d’alerte, les alarmes ne retentissant que dans les zones où se trouve le site d’impact estimé.

En plus de devoir répondre aux attaques provenant de l’extérieur d’Israël, les services d’urgence devront également faire face à des dissensions à l’intérieur du pays.

Des policiers affrontent des émeutiers arabes israéliens à Ramle, dans le centre d’Israël, le 10 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Le premier jour de l’exercice sera consacré à la police, pour simuler des émeutes à caractère nationaliste sur de nombreux fronts. Ce sera une journée au cours de laquelle la police pourra clarifier quels sont les défis auxquels elle est confrontée afin de mieux se préparer », a déclaré Yoram Laredo.

Ce sera la première fois que l’Autorité nationale de gestion des urgences – connue sous son acronyme hébreu RAHEL – dirigera conjointement un exercice national avec le commandement du front intérieur de Tsahal.

La NEMA, fondée en 2007 suite à la deuxième guerre du Liban, était censée servir d’organe de surveillance pour les diverses organisations d’intervention d’urgence du pays, les dirigeant en temps de crise. Mais, en pratique, il a été largement inefficace, en partie en raison du fait que son pouvoir est dérivé de décisions gouvernementales facilement modifiables, plutôt que d’une autorité législative plus permanente.

Après que son personnel et son budget ont été vidés ces dernières années et en partie pour des raisons politiques, la NEMA a été mise à l’écart pendant la pandémie de la Covid-19, jouant un rôle sans importance lors du type d’événement qu’elle était censée superviser.

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