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Twitter accusé d’afficher des pubs à côté de tweets de négationnistes

Certaines marques - comme Apple TV, la NFL et Amazon - avaient précédemment annoncé qu’elles cesseraient d’acheter de la publicité sur le réseau social

Photo d'illustration : Le logo Twitter sur un dispositif numérique à San Diego, le 25 avril 2022. (Crédit : AP/Gregory Bull)
Photo d'illustration : Le logo Twitter sur un dispositif numérique à San Diego, le 25 avril 2022. (Crédit : AP/Gregory Bull)

Le réseau social américain Twitter, dirigé depuis l’an dernier par Elon Musk, a affiché à plusieurs reprises des publicités à côté de messages publiés par des comptes haineux, a rapporté l’association Media Matters for America. Celle-ci dénonce ainsi le manque de modération du réseau face aux contenus haineux.

Selon l’organisation, des pubs pour le Wall Street Journal et des sociétés telles que Nokia, FanDuel, Thermo Fisher, DataStax, Hedgeye, AdvisoryCloud, FinanceBuzz, Masterworks et Mailchimp ont été publiées aux côtés de tweets d’utilisateurs négationnistes. Ces sociétés ont dépensé des millions de dollars auprès de Twitter pour ces pubs.

Media Matters a ainsi examiné cinq comptes Twitter tenus par des militants néonazis et antisémites et des négationnistes sur lesquels ces pubs s’affichent.

Ces comptes sont suivis par des dizaines de milliers de followers, et sont « certifiés » après que leurs propriétaires ont souscrit à l’offre payante du réseau social. Ils possèdent ainsi un petit badge bleu de vérification à côté de leur nom, et ils devraient pouvoir prochainement, comme l’a annoncé Elon Musk, toucher une partie des revenus engrangés par les publicités affichées à côtés de leurs tweets.

Les comptes cités par Media Matters for America sont ceux de Mark Collett, auteur néo-nazi britannique qui n’hésite pas à faire la promotion de Mein Kampf ; de E. Michael Jones, un auteur antisémite et négationniste ; The Institute for Historical Review, qui promeut le négationnisme et défend le nazisme ; et ceux de Lana Lokteff et Henrik Palmgren, qui dirigent ensemble un réseau négationniste.

Un écran de téléphone affichant une photo d’Elon Musk avec le logo de Twitter affiché en arrière-plan, à Washington, le 4 octobre 2022. (Crédit :  Olivier Douliery/AFP)

La semaine dernière, le Center for Countering Digital Hate (CCDH) avait déjà signalé la présence de pubs à côté de comptes précédemment bannis par la plateforme.

Selon le CCDH, les bénéfices de Twitter provenant de ces publicités pourraient atteindre les 19 millions de dollars par an, simplement en se basant sur 10 comptes de ce type – parmi lesquels ceux de l’influenceur misogyne Andrew Tate, de l’influenceur d’extrême droite Baked Alaska ou encore d’Andrew Anglin, fondateur du site néo-nazi The Daily Stormer.

Certaines marques – comme Apple TV, la NFL et Amazon – ont annoncé qu’elles cesseraient d’acheter de la publicité sur le réseau social.

Fin janvier, l’Union des étudiants juifs d’Europe (EUJS), basée à Bruxelles, et le groupe à but non lucratif HateAid, basé à Berlin, ont annoncé qu’ils avaient intenté un procès contre Twitter devant le tribunal de district de Berlin pour n’avoir pas respecté sa promesse de supprimer les discours de haine de la plate-forme.

Ils ont ainsi organisé une action militante, et déposé une action civile contre la plate-forme. Celle-ci a été parrainée par la Fondation Alfred Landecker, basée à Berlin, dans le cadre de son Mouvement pour la justice numérique, lancé par HateAid.

Des membres de l’Union des étudiants juifs d’Europe (EUJS) se tenant devant le Bundestag, le Parlement allemand, alors qu’ils annoncent une action en justice contre Twitter pour antisémitisme sur la plate-forme, le 25 janvier 2023. (Crédit :  EUJS via JTA)

L’annonce de cette action en justice était intervenue un jour après la réintégration par Twitter du négationniste américain de la Shoah et suprémaciste blanc Nick Fuentes, l’un parmi d’autres à avoir publié des contenus antisémites sur la plate-forme puis à être autorisées à y revenir depuis son rachat par le milliardaire Elon Musk, l’année dernière. Fuentes a immédiatement écrit sur Twitter des commentaires antisémites et a de nouveau été suspendu.

L’objet de la poursuite est six commentaires antisémites et illégaux qui n’ont pas été supprimés malgré leur signalement à la plate-forme.

L’objectif des deux organisations est double : alerter les réseaux sociaux pour qu’ils agissent, et encourager les cibles des discours de haine à s’exprimer. Les six cas – tous publiés au cours des trois derniers mois – n’ont pas été décrits, afin de ne pas leur donner plus de publicité, ont indiqué les organisateurs.

Mais les groupes ont indiqué que dans un cas de négationnisme, Twitter avait même explicitement refusé de supprimer le contenu.

L’Europe est une frontière difficile pour les entreprises high-tech, qui ont dû prendre des mesures pour garantir la confidentialité numérique et modifier leur traitement de la désinformation en raison des lois et réglementations européennes. L’action en justice des étudiants vise à tirer parti des lois allemandes particulièrement strictes interdisant la négation de la Shoah et la glorification de l’idéologie nazie pour obliger la plate-forme à retirer le contenu. Des lois similaires existent dans d’autres pays de l’UE.

L’action en justice vise à déterminer si Twitter a une obligation contractuelle envers ses utilisateurs, en vertu de ses conditions d’utilisation, de supprimer les tweets antisémites qui contiennent des éléments séditieux, notamment la banalisation et la négation de la Shoah.

Ce n’est pas parce que Twitter ne répond pas de manière adéquate aux plaintes qu’il faut renoncer à essayer, a déclaré l’écrivaine et militante juive allemande, Marina Weisband, lors de la conférence de presse. Tous les utilisateurs de Twitter dans le monde acceptent les conditions d’utilisateur, « qui sont conçues pour protéger les utilisateurs » des discours de haine, a-t-elle déclaré. Mais si Twitter ne fait pas respecter ces conditions, que valent-elles ?

Twitter prétend partager le point de vue selon lequel « les droits des Juifs sont des droits de l’Homme », a déclaré Grinberg. « Mais la réalité semble être tout autre. »

Il n’y a pas eu de réponse à la poursuite de la part de Twitter, qui n’a plus d’équipe de relations publiques depuis quelque temps après l’acquisition par Musk, lorsqu’il a procédé à de nombreux licenciements.

La société fait déjà l’objet d’un boycott de la part d’annonceurs, ce qui a fortement réduit ses revenus. Ce boycott est le résultat d’une pression exercée par l’Anti-Defamation League (ADL) et d’autres organisations en réponse à l’absence d’action de Musk concernant les discours haineux sur la plate-forme.

Abraham Foxman, directeur national émérite de l’Anti-Defamation League, s’exprimant lors du 8e sommet annuel de l’Israeli American Council à Austin, au Texas, le 20 janvier 2023. (Crédit : David Finkel)

L’ADL a publié l’année dernière une analyse qui a révélé que Twitter n’avait supprimé que 5 % des 225 tweets qu’il a signalés comme « fortement antisémites » – des commentaires accusant les Juifs de pédophilie, invoquant le déni de la Shoah et partageant des théories du complot – sur neuf semaines l’été dernier. Elle a également constaté que l’antisémitisme avait connu un pic sur la plate-forme après l’acquisition de Musk.

En 2021, un rapport du Center for Countering Digital Hate, basé en Grande-Bretagne, a révélé que 84 % des messages signalés sur les plate-formes de réseaux sociaux contenant de la haine antisémite n’avaient pas été examinés par les plate-formes. Selon l’enquête, Twitter n’est intervenu que dans 11 % des cas.

Twitter promet toutefois de faire la police sur sa plate-forme et a récemment suspendu les comptes d’utilisateurs dont les commentaires antisémites ont fait la Une des journaux. Ce fut le cas l’année dernière pour Ye, l’artiste anciennement connu sous le nom de Kanye West, et à pour Fuentes après sa réintégration.

Mais il faut aller plus loin, ont déclaré les étudiants et les avocats à l’origine du procès européen.

« Nous savons qu’une seule action en justice ne suffira pas à faire de Twitter un endroit parfait », a déclaré Me Josephine Ballon, l’avocate principale de HateAid. « Nous savons qu’il faudra plus que cela, mais nous sommes convaincus que c’est précisément ce genre de procès qui mettra de nouveaux outils entre les mains des groupes et individus minoritaires. »

« Les réseaux sociaux sont la plate-forme de débat la plus importante de notre génération », a déclaré Grinberg. Le procès, a-t-elle dit, est « la réponse de Juifs résilients à l’échec de Twitter, des réseaux sociaux, des politiciens et de la loi ».

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