Ukraine : Le Premier ministre et un ministre à un concert néo-nazi à Kiev
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Ukraine : Le Premier ministre et un ministre à un concert néo-nazi à Kiev

Oleksiy Honcharuk s'est tenu sur la scène d'un événement organisé par des personnalités liées au mouvement violent C14, avec le groupe de metal antisémite Sokyra Peruna

Le groupe néo-nazi Sokraya Peruna en concert en 2018. (Crédit : sokrayaperuna.com)
Le groupe néo-nazi Sokraya Peruna en concert en 2018. (Crédit : sokrayaperuna.com)

Le Premier ministre ukrainien Oleksiy Honcharuk, accompagné du ministre des Affaires des vétérans Oksana Koliada, a défendu sa présence à un concert organisé au début du mois avec en tête d’affiche un groupe néo-nazi, en raillant la « politisation » de ce qui, selon eux, était simplement un événement caritatif au bénéfice des vétérans dans la guerre en cours du pays contre les séparatistes soutenus par les Russes.

Selon un article du collectif d’enquête Bellingcat, le concert « Vétérans forts » qui a eu lieu dans la capitale ukrainienne en date du 13 octobre a été organisé par Andriy Medvedko, un haut-membre du mouvement d’extrême-droite C14, qui est actuellement poursuivi pour meurtre. En tête d’affiche, un groupe de métal néo-nazi, Sokyra Peruna, dont le répertoire comprend des titres négationnistes de la Shoah, comme la chanson « Six millions de mots de mensonge ».

Medvedko est lié aux Chevaliers de la cité, un groupe de vigilance lié à C-14 qui a été impliqué dans un certain nombre d’incidents violents. C-14 est une émanation extrémiste du parti antisémite Svoboda dont le leader, Yevhen Karas, a identifié comme étant ses ennemis les Russes, les Juifs et les Polonais.

C-14 nie être une organisation néo-nazie même si ses comptes, sur les réseaux sociaux, ont largement repris les symbolismes nazi et du nationalisme blanc. Ses membres ont également été impliqués dans une série d’attaques – qualifiées, par certains, de pogroms – contre la minorité Rom d’Ukraine.

Dans un post publié sur Facebook, Honcharuk a riposté aux articles de presse négatifs consacrés à sa participation à l’événement – pendant lequel il a été photographié, sur scène, aux côtés des musiciens. Il a écrit que « la politisation, ici, est absolument hors de propos ».

Le Premier ministre ukrainien Oleksiy Honcharuk pendant un forum commercial à Kyiv, en Ukraine, le 10 octobre 2019 (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

Il a ajouté qu’il n’avait « rien à voir avec le concert lui-même » et qu’il ignorait qui monterait sur scène.

« Je considère tout ça comme une affaire liée au mouvement des vétérans, car c’est lui qui a pris en charge les arrangements pour le concert », a-t-il continué. « Quoi qu’il en soit, ce n’est pas au Premier ministre de dicter à nos défenseurs quelles chansons interpréter. Je vais le dire une bonne fois de manière à ce que la question ne se pose pas : Je ne partage aucune idéologie qui se nourrisse de la haine – ni le nazisme, ni le fascisme, ni le communisme ».

Les groupes occidentaux, tels que le Conseil de l’Atlantique, ont critiqué dans le passé de hauts-responsables ukrainiens – comme le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov – pour leurs liens entretenus avec des groupes violents d’extrême-droite, comme le mouvement néo-nazi Azov, et leur manque de volonté politique de freiner leurs activités. Tandis que des formations ouvertement antisémites comme Svoboda ont été largement placés en marge au parlement, les milices et organisations nationalistes, dans leur plus grande partie, ont été autorisées à croître sans attirer l’attention du gouvernement.

Les membres de Sokyra Peruna, l’un d’entre eux vêtu de l’uniforme nazi, dans une vidéo sur YouTube (Capture d’écran : YouTube)

La participation de Honcharuk à un concert néo-nazi survient peu après que le président juif récemment élu, Volodymyr Zelensky, a rencontré les représentants d’un certain nombre d’organisations de vétérans, et notamment d’Azov.

Zelensky s’est opposé aux membres de l’extrême-droite – et notamment aux Corps nationaux, liés à Azov – suite à sa décision de permettre un retrait des troupes dans le cadre des efforts visant à conclure une paix négociée dans le long conflit qui agite l’est de l’Ukraine.

« Ecoutez, je suis président de cet Etat. J’ai 42 ans. Je ne suis pas un raté quelconque », a dit Zelensky d’un ton cassant à un soldat affilié au groupe au cours d’une visite sur la ligne de front, ce week-end.

Le mois dernier, le gouvernement de Zelensky a limogé l’historien controversé Volodymyr Viatrovych, chef de l’Institut ukrainien de mémoire nationale qui est également l’une des personnalités les plus impliquées dans la réhabilitation des nationalistes de la Seconde guerre mondiale qui avaient collaboré avec les nazis.

Zelensky n’est pas le seul homme d’Etat juif à avoir rencontré les extrémistes ukrainiens.

Cet été, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est entretenu avec le dirigeant d’un parti politique ukrainien qui comprend parmi ses membres des ultra-nationalistes et des nazis.

Oleh Lyashko, du parti radical ukrainien, s’était rendu à Jérusalem dans le cadre d’une délégation avec à a tête le député juif Georgii Logvynskyi. Une vidéo diffusée sur Twitter par le bureau du Premier ministre avait montré Lyashko et Netanyahu échangeant une poignée de main.

Le parti de Lyashko compte parmi ses membres Yuri Shukhevych, fils du collaborateur nazi Roman Shukhevych, dont les soldats avaient été impliqués dans des crimes de guerre contre les Juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

JTA a contribué à cet article.

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