Un an et demi de guerre au Yémen
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Un an et demi de guerre au Yémen

Le conflit, qui saigne le Yémen depuis un an et demi et déstabilise la région sur fond de rivalité entre Ryad et Téhéran, a fait plus de 6.700 morts et déplacé au moins trois millions de civils, selon l'ONU

Des Yéménites inspectent le site d'un attentat à la voiture suicide revendiqué par le groupe de l'Etat islamique le 29 août 2016 au centre de recrutement de l'armée dans la ville yéménite d'Aden. (Crédit : AFP/Saleh Al-Obeidi)
Des Yéménites inspectent le site d'un attentat à la voiture suicide revendiqué par le groupe de l'Etat islamique le 29 août 2016 au centre de recrutement de l'armée dans la ville yéménite d'Aden. (Crédit : AFP/Saleh Al-Obeidi)

« Tempête décisive »

Le 26 mars 2015, neuf pays, les monarchies du Golfe (sauf Oman), l’Egypte, la Jordanie, le Maroc, et le Soudan, dirigés par l’Arabie saoudite, lancent l’opération aérienne « Tempête décisive » (devenue un mois après « Restaurer l’espoir ») pour contrer l’avancée de rebelles chiites accusés d’être soutenus par l’Iran.

Ces rebelles tenaient déjà la capitale Sanaa, toujours sous leur emprise aujourd’hui, ainsi que de larges parties du nord, du centre et de l’ouest.

Le président Abd Rabbo Mansour Hadi se réfugie à Ryad.

A partir de l’été 2015, la coalition ajoute à ses avions des centaines de militaires au sol, notamment des forces spéciales.

Aden « libérée »

Le 17 juillet 2015, le gouvernement annonce la « libération » de la province d’Aden (sud), premier succès des forces pro-gouvernementales appuyées par la coalition.

Les loyalistes parachèvent jusqu’à mi-août la reprise des provinces du sud, mais peinent à les sécuriser en raison notamment de la présence croissante de jihadistes d’Al-Qaïda et du groupe Etat islamique (EI).

Offensives difficiles

En février 2016, Ryad affirme que le gouvernement légitime a repris, avec son aide, « plus des trois-quarts du territoire ».

Les loyalistes ont reconquis le détroit stratégique de Bab Al-Mandeb, mais peinent dans leurs offensives dans la province de Taëz (sud-ouest) et dans celle de Marib (centre).

La coalition a subi des pertes, notamment lors d’une attaque de missile attribuée aux rebelles (4 septembre 2015) qui a tué 67 soldats. Les Emirats arabes unis, en particulier, ont payé un lourd tribut.

Trêves avortées

A plusieurs reprises, l’ONU tente de promouvoir des cessez-le-feu et des négociations de paix, en vain jusqu’à présent. La rupture en janvier 2016 des relations diplomatiques entre Ryad et Téhéran entrave ces efforts.

L’ONU annonce le 23 mars 2016 un cessez-le-feu qui entre en vigueur le 10 avril. Des pourparlers s’engagent à Koweït mais, trois mois et demi après, ils sont « suspendus » par l’ONU le 6 août et les bombardements aériens reprennent.

« Cette guerre doit prendre fin […] le plus rapidement possible », déclare le secrétaire d’Etat américain John Kerry le 25 août en annonçant « une nouvelle initiative de paix » qui ne s’est jusqu’ici pas matérialisée.

Le médiateur de l’ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed a évoqué vendredi la possibilité d’instaurer une trêve de 72 heures.

Menace jihadiste

Al-Qaïda et l’EI ont profité du chaos pour gagner du terrain dans le sud.

Mais Al-Qaïda a récemment été chassé de plusieurs zones, comme la ville de Moukalla en avril et plus récemment Zinjibar, capitale de la province d’Abyane. Plusieurs de ses responsables ont été tués dans des attaques de drones attribuées aux Etats-Unis.

Récemment implanté au Yémen, l’EI a revendiqué des attentats meurtriers contre des lieux de culte chiites à Sanaa, ainsi que contre les forces de sécurité et les symboles de l’Etat dans le sud.

Massacres et crise humanitaire

Les civils paient le prix fort puisqu’ils représentent plus de la moitié des morts.

Ils sont notamment victimes de bombardements, comme celui ayant fait 131 tués à l’occasion d’un mariage le 28 septembre 2015, le plus meurtrier jusqu’à celui de samedi (plus de 140 morts). Les raids sont imputés à la coalition qui dément.

Le conflit a déplacé au moins trois millions de Yéménites et laissé environ un quart de la population dans « l’incertitude de leur prochain repas », a affirmé le 5 octobre le patron des opérations humanitaires de l’ONU Stephen O’Brien.

Selon l’Unicef, près de trois millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate au Yémen et 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition.

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