Israël en guerre - Jour 198

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Un ancien général de l’armée israélienne préconise une réforme urgente de Tsahal

Dans son livre, Eran Ortal, commandement du Centre Dado, affirme que l'armée doit se restructurer pour faire face aux menaces du Hezbollah et du Hamas, et indique la marche à suivre

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Général de brigade Eran Ortal (Crédit : Autorisation)
Général de brigade Eran Ortal (Crédit : Autorisation)

Lors des célébrations de Yom Haatzmaout l’année dernière, le Premier ministre de l’époque, Naftali Bennett, avait brossé un tableau optimiste d’Israël, affirmant que le pays était « plus fort que jamais ».

« Tsahal, le Shin Bet, le Mossad se renforcent à un rythme sans précédent », fanfaronnait-il.

À première vue, ce raisonnement pouvait sembler tout à fait logique. L’économie israélienne était en pleine expansion, ses partenariats avec le monde arabe et l’Afrique allaient bon train, et sa population augmentait à un rythme soutenu.

Sur le plan militaire également, les choses semblaient se porter mieux que jamais. Israël n’était confronté à aucune menace à ses frontières ni à aucune perspective d’invasion, ses technologies en matière de défense, comme le Dôme de fer, étaient enviées par le monde entier, et le pays générait régulièrement des innovations technologiques.

Un groupe d’officiers supérieurs de Tsahal ont toutefois analysé la situation d’un tout autre œil.

Prenant en considération le fait que les adversaires d’Israël n’ont cessé de se renforcer depuis des dizaines d’années, et que les capacités et la doctrine actuelles de Tsahal sont de moins en moins adaptées pour répondre efficacement à la menace, le chef d’état-major de Tsahal récemment retraité, Aviv Kohavi, a reconnu la nécessité d’une transformation et a lancé un processus au sein de Tsahal pour la mener à bien.

« Mais le chemin à parcourir est encore long », estime l’un des promoteurs de la transformation de l’armée israélienne.

Le ministre de la Défense Benny Gantz et le chef d’état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, lors d’une réunion du Forum de l’état-major général pour examiner l’opération Gardien des murs, le 10 juin 2021. (Crédit : Elad Malka)

« Notre situation militaire s’érode, elle ne s’améliore pas », a déclaré le général de brigade, Eran Ortal, commandant sortant du Centre Dado, centre d’études militaires interdisciplinaires de Tsahal qui fait partie du Directorat des Opérations de l’état-major général.

La bataille avant la guerre

En prenant un peu de recul et en examinant le cours de l’Histoire militaire d’Israël, les propos d’Ortal semblent se confirmer. Tsahal n’a plus remporté de victoires conventionnelles depuis des dizaines d’années – sa dernière victoire franche sur le champ de bataille ayant eu lieu il y a plus de 20 ans.

Pendant ce temps-là, les adversaires d’Israël ont continué à considérablement améliorer leurs capacités et à renforcer la menace qui pèse sur les forces militaires et les civils israéliens.

L’armée israélienne, en revanche, semble insister pour répéter le même type de réponses opérationnelles, ce qui renforce le sentiment tenace au sein de la population que ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne se précipite à nouveau dans les abris anti-bombes, explique Ortal.

The Battle before the War : The Inside Story of the Tsahal’s Transformation par le général de brigade Eran Ortal (Crédit: Autorisation)

Cela fait des années qu’Ortal tire la sonnette d’alarme au sein de l’armée. Après plus de vingt ans au sein de l’état-major de Tsahal, il prendra sa retraite à la fin du mois.

Mais avant de se retirer, il a publié un livre sans précédent au sein de Tsahal, et extrêmement rare au sein d’une organisation militaire.

La bataille avant la guerre : L’histoire interne de la transformation de Tsahal n’est pas un énième ouvrage écrit par un général à la retraite qui raconte ses prouesses militaires. Ce n’est pas non plus un règlement de compte émanant d’un officier de rang intermédiaire mécontent de ne pas avoir obtenu la promotion escomptée.

Bien au contraire, il est né de la plume d’un général solidement ancré dans l’échelon supérieur de Tsahal, qui affirme sans détour que l’armée israélienne doit radicalement changer si elle veut continuer à jouer son rôle de protecteur du pays.

Dans la préface, Kohavi a qualifié Ortal de « l’une des voix les plus importantes pour identifier et souligner les écarts entre les défis stratégiques d’Israël et la réponse opérationnelle nécessaire ».

Ces dix dernières années, explique Kohavi, les idées d’Ortal sur la transformation « sont passées des marges du débat conceptuel au centre du consensus ».

Pendant ses quatre années à la tête du Centre Dado, qui élabore des méthodes d’apprentissage organisationnel pour les échelons supérieurs de Tsahal, Ortal a partagé ses idées sur la nécessité d’un changement fondamental à travers des formations, des articles et le Journal du Centre Dado.

Avant de passer à autre chose, Ortal tient à s’assurer que les dirigeants politiques et les commandants prennent conscience de l’urgence de la situation et mènent à bien le processus de transformation entamé sous Kohavi.

« Le temps ne joue pas en notre faveur », a-t-il déclaré.

Un plan pour la victoire

En 2019, dès son accession à la tête de Tsahal, Kohavi a réuni les hauts gradés pour un « atelier de la victoire  » afin d’établir les bases du prochain plan pluriannuel de l’armée. Ortal et son équipe du Centre Dado (l’auteur de ces lignes était chercheur au centre pendant cette période mais n’a pas participé à l’atelier Victoire) ont joué un rôle primordial dans la structuration du processus d’auto-examen d’un an qui a débouché sur un plan baptisé « Momentum ».

Les conclusions tirées par les hauts gradés de Tsahal à l’issue de l’atelier d’examen de conscience sont inquiétantes.

Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Aviv Kohavi, assistant à une cérémonie du programme « Aharai ! », au mont Herzl, à Jérusalem, le 17 juin 2022. (Crédit : Flash90)

« Nous avons réalisé que la réalité de la supériorité militaire totale dont nous avons bénéficié pendant de nombreuses années était en train de changer et de s’éroder », a confié Ortal au Times of Israel depuis son bureau au Camp Moshe Dayan à Glilot, juste au nord de Tel Aviv.

« Même en investissant massivement dans le développement de nos forces, nos ennemis nous rattrapent », a-t-il expliqué.

Selon Ortal, la disponibilité généralisée des technologies commerciales, autrefois réservées aux armées bien financées, est au cœur du problème.

« La technologie est désormais accessible à tous », a-t-il déclaré. « Nous ne sommes plus les seuls à avoir la capacité d’attaquer des cibles avec précision. »

Des membres du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, marchant pieds nus en portant une affiche montrant des drones du Hezbollah avec des mots en arabe qui disent : « Nous arrivons », pendant le jour sacré de l’Achoura dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 9 août 2022. (Crédit : Hussein Malla/AP)

Le groupe terroriste palestinien du Hamas et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, autrefois considérés comme des organisations disposant de peu de ressources et pouvant mener occasionnellement des attentats à la bombe et de petites attaques éclairs, possèdent désormais des capacités associées aux armées d’État. Ils utilisent des drones, mènent des cyber-attaques et des guerres technologiques.

Leurs arsenaux de roquettes, vastes mais peu sophistiqués, sont de plus en plus souvent dotés de missiles de précision capables de cibler des infrastructures israéliennes essentielles telles que des centrales électriques, des bureaux gouvernementaux et des ponts, sans parler des bases et des pistes militaires.

Les trois piliers

Le processus « Victoire » de Kohavi remonte aux premiers jours de l’État pour identifier les causes des échecs.

Le concept de sécurité nationale élaboré par les dirigeants d’Israël au cours des premières décennies correspondait bien à la réalité à laquelle l’État juif naissant était confronté.

Le monde arabe ennemi avait de nombreux avantages, dont une supériorité numérique écrasante. Israël ne pouvait que perdre militairement, jamais gagner, et la défaite aurait signifié la fin de l’expérience sioniste. En outre, il n’y avait aucun moyen concevable d’éliminer définitivement ses ennemis sur le champ de bataille, aucun « Berlin » à conquérir pour forcer une reddition inconditionnelle.

Un peloton de véhicules blindés israéliens se déplaçant dans le sud du Sinaï, en Égypte, pendant l’invasion du Sinaï par Israël lors de la guerre des Six Jours, le 7 juin 1967. (Crédit : AP)

Face à cette réalité, l’ancien Premier ministre David Ben Gurion avait élaboré un concept reposant sur trois piliers : la dissuasion, la détection précoce et la victoire décisive sur le champ de bataille.

Israël souhaitait utiliser au maximum le principe de la dissuasion afin d’espacer les conflits et permettre à l’État d’intégrer ses nouveaux immigrants – olim hadashim – et de construire une économie moderne.

Lorsque la dissuasion échouait, les services de renseignement israéliens, dotés de ressources importantes, fournissaient des indications bien à l’avance sur l’imminence d’une guerre. Ceci donnait à Israël le temps de mobiliser et d’appeler ses forces blindées de réserve qui constituaient l’essentiel de sa force opérationnelle. Il pouvait également utiliser sa force aérienne très performante pour effectuer des frappes préventives et établir ainsi sa suprématie aérienne dès le premier jour d’une guerre.

Une fois la guerre commencée, les forces terrestres devaient rapidement mener le combat en territoire ennemi et loin des infrastructures essentielles et des centres de population denses d’Israël. Les chars d’assaut devaient alors foncer pour assurer une victoire rapide et permettre aux réservistes de rentrer chez eux et de relancer l’économie, mais également, pour rétablir leur pouvoir de dissuasion et engendrer une période de paix aussi longue que possible.

Afin de concrétiser cette vision, Tsahal a créé une force terrestre hautement mobile dirigée par des officiers intelligents habilités à prendre des initiatives sans attendre de recevoir d’ordres de leurs supérieurs, ainsi qu’une force aérienne de classe mondiale pour assurer rapidement le contrôle aérien et soutenir ensuite l’avancée des colonnes blindées.

Des chars israéliens prennant des positions de couverture pendant la guerre de Yom Kippour, dans la péninsule du Sinaï, le 15 octobre 1973. (Crédit : Bamahane/Archives du ministère de la Défense)

Cette formule a prouvé son efficacité pendant un certain temps. Lors de la campagne du Sinaï de 1956, de la guerre des Six Jours de 1967, et même après la première semaine désastreuse de la guerre de Yom Kippour de 1973, les forces israéliennes ont anéanti les lourdes divisions arabes et remporté des victoires incontestables sur le champ de bataille.

Plus important encore, les succès de Tsahal dans le Sinaï et sur le plateau du Golan avaient réussi à convaincre ses ennemis arabes qu’ils n’avaient d’autre choix que d’abandonner leur objectif de détruire Israël par la force. Les sept pays qui avaient envahi Israël en 1948 n’étaient plus que cinq en 1967. Et lors de la guerre de Yom Kippour, six ans plus tard, la Jordanie a tout fait pour rester en retrait du combat, laissant l’Égypte, la Syrie et un corps expéditionnaire irakien affronter Tsahal.

À la fin des années 70, l’Égypte a signé un accord de paix et a abandonné le combat. En 1994, la Jordanie a fait de même.

Les peurs des manœuvres

Mais alors qu’Israël signait des accords de paix avec ses voisins, le pays évoluait en même temps vers un concept militaire radicalement différent.

Une patrouille des Marines américains traversant le paysage pétrolier carbonisé près d’un puits en feu lors d’une patrouille de sécurité du périmètre près de Koweït City, le 7 mars 1991. (Crédit : AP Photo/John Gaps III/Archives)

Secouée par les pertes subies par ses forces terrestres en 1973, et séduite par les espoirs suscités par la théorie de la Révolution dans les affaires militaires (RAM) de l’armée américaine ainsi que ses innovations contre la menace soviétique, Tsahal entreprend de réorienter ses ressources et ses capacités au détriment de son approche traditionnelle. La capture de terres étaient considérée comme trop coûteuse en termes de pertes et exposaient les forces de Tsahal à être saignées lentement par les combattants de la guérilla.

Au lieu de laisser les forces terrestres conquérir rapidement le territoire ennemi pour le contraindre à des cessez-le-feu et à des accords de paix, les stratèges israéliens ont mis en place une force centrée sur le renseignement et les frappes de précision, principalement depuis les airs. La brillante destruction par l’armée de l’Air du dispositif anti-aérien syrien lors de la Première Guerre du Liban en 1982 et les performances de la puissance aérienne américaine lors de la Première Guerre du Golfe en 1991 ont confirmé la sagesse de cette approche.

Les manœuvres au sol, autrefois la pierre angulaire des plans de guerre de Tsahal, disparaissent des principaux conflits israéliens. Ainsi, les deux opérations principales menées contre le Hezbollah dans le sud du Liban dans les années 1990 – Opération « Justice rendue » et Opération « Raisins de la colère » – se sont limitées à des attaques d’artillerie et aériennes, sans aucune manœuvre terrestre.

Tsahal et les armées occidentales était convaincues qu’une supériorité technologique écrasante leur permettrait de mettre hors d’état de nuire le système militaire ennemi en frappant les points névralgiques, tout en subissant des pertes minimales.

La version israélienne de la RAM a donné naissance à un modèle d’opérations de dissuasion, marqué par une première attaque aérienne, des jours ou des semaines de frappes aériennes et d’artillerie, puis un cessez-le-feu accompagné de l’assurance des dirigeants israéliens que l’effet de dissuasion était rétabli.

Un soldat de Tsahal montant la garde à Naplouse pendant l’Opération Bouclier défensif, en 2002. (Crédit : Unité du porte-parole de Tsahal/Flickr)

Il y a cependant eu des exceptions à cette tendance. L’Opération « Bouclier Défensif », au plus fort de la Seconde Intifada en 2002, a vu les forces israéliennes reprendre des villes palestiniennes – un succès militaire dans la lutte contre le terrorisme palestinien qui a servi à renforcer l’idée que les forces terrestres israéliennes étaient capables de faire face aux menaces au-delà de la frontière.

Une voie sans issue

Cette illusion s’est effondrée en 2006 lors de la Seconde Guerre du Liban.

L’opération a commencé – comme les précédentes opérations de dissuasion – par des frappes aériennes massives. Mais lorsqu’il est devenu évident que l’armée de l’Air ne pouvait pas arrêter les tirs de roquettes du Hezbollah sur Israël, les forces terrestres ont été introduites progressivement et par à-coups.

« Ce qui est resté gravé dans ma mémoire, c’est la difficulté qu’avaient les décideurs à lancer une manœuvre terrestre », se souvient le général Guy Tzur, alors commandant de la Division 162.

L’emploi sporadique et les performances médiocres ont été un signal d’alarme indiquant que quelque chose n’allait pas du tout au sein de Tsahal, ce que la commission Winograd d’après-guerre a appelé « un manque de contrôle, un manque d’exploitation des opportunités, un manque de planification et un manque de détermination ».

La solution consistait à « revenir aux fondamentaux » et à renforcer les idées traditionnelles sur les manœuvres terrestres de Tsahal. Tout en réinvestissant dans les forces terrestres, l’approche de la dissuasion s’est consolidée. Israël a mené quatre opérations majeures à Gaza destinées à renforcer la dissuasion, les forces terrestres étant introduites de manière limitée ou en dernier recours.

« Il semble que nous soyons destinés à lancer de plus en plus d’opérations ‘amères’, à subir des périodes d’attente frustrantes, à retarder les décisions d’engager une attaque terrestre trop limitée et à renforcer encore les menaces militaires contre Israël », a écrit Tzur, qui a étroitement collaboré avec Ortal au processus de transformation des forces terrestres de « Lane Ahead ».

Pendant ce temps, le Hamas et le Hezbollah, ainsi que leurs mécènes à Téhéran, étaient convaincus que leur approche – une menace de roquettes sur les civils israéliens combinée à des capacités antichars pour empêcher Tsahal de capturer les sites de lancement – était fructueuse, et ils ont redoublé d’efforts. Leur capacité à menacer Israël s’est accrue, et ils ne semblaient pas particulièrement découragés. L’introduction du système de défense aérienne du Dôme de Fer, malgré son succès tactique, n’a rien fait pour convaincre les adversaires d’Israël du contraire.

Deux combattants du Hezbollah se tennant près de roquettes Katyusha dans le village d’Ein Qana, au sud du Liban, en avril 1996. (Crédit : AP Photo/Mohammed Zaatari/Dossier)

Ortal et Tamir Yadaï, alors général en charge de la division de la Doctrine et de la Formation de Tsahal, ont été les premiers à identifier publiquement cette tendance inquiétante de l’armée dans un article de 2013 qui soutenait que les opérations de dissuasion avaient atteint une « voie sans issue ».

« Les opérations de dissuasion se sont non seulement asséchées, mais avec le recul, elles ont accéléré la portée et la force des menaces contre Israël », avaient-ils écrit.

Enrôlant des généraux partageant les mêmes idées, Ortal a commencé à orienter Tsahal vers la reconnaissance de la nécessité d’un changement fondamental. Le point culminant de ce processus a été l’atelier Victoire de 2019 dirigé par Kohavi, qui partageait l’inquiétude d’Ortal.

« Je pense que la réalisation critique et importante de ce chef d’état-major a été d’introduire la nécessité de l’état d’esprit du changement », a expliqué Ortal.

Une nouvelle approche

L’atelier Victoire a produit le concept opérationnel de la victoire, qui a identifié le Hamas et le Hezbollah non pas comme des groupes armés asymétriques, mais comme de véritables « armées terroristes munies de roquettes ». Ces adversaires menacent les civils israéliens avec leurs arsenaux de roquettes, dissimulent leurs forces dans les zones urbaines et, si les forces de l’armée israélienne se déplacent pour les combattre sur leur propre territoire, ils ont mis au point une série de tactiques défensives pour entraver l’avancée d’Israël tout en épuisant ses soldats.

Ces éléments, a écrit Kohavi en 2020, « sont destinés à convaincre Israël qu’il ne peut pas gagner sur le champ de bataille, et qu’il sera trop coûteux et douloureux d’attaquer ses ennemis et de les dissuader de continuer à élaborer une menace à nos frontières ».

Des Palestiniens marchant devant des bâtiments détruits par l’armée israélienne dans la ville de Beit Lahiya, au nord de la Bande de Gaza, le 4 août 2014. (Crédit : Emad Nasser/Flash90)

Ces forces résilientes aux frontières d’Israël fournissent à leur tour, à l’Iran lointain, un bouclier dissuasif pour qu’Israël réfléchisse longuement avant de frapper son programme nucléaire.

L’atelier Victoire, et le plan Momentum qui le soutenait, avait pour but de donner à Tsahal les outils nécessaires pour vaincre ces armées terroristes sur le champ de bataille, comme elles l’ont fait contre des adversaires étatiques il y a des dizaines d’années.

La première chose à faire, selon Ortal, est de redonner de la pertinence aux manœuvres terrestres. « La raison pour laquelle nous n’utilisons pas toute la puissance des forces terrestres est très simple : nous ne savons pas assez bien relier la force de manœuvre au problème stratégique. Et ce problème est qu’ils tirent sur notre front intérieur. »

Pour mettre fin aux tirs de roquettes sur Israël, Tsahal devra pénétrer en territoire ennemi et capturer les sites de lancement. Elle devra faire face à des forces qui se cachent dans des bâtiments et des tunnels, émergent pendant quelques secondes pour tirer, avant de disparaître à nouveau.

Illustration : Un U-Boat, sous-marin allemand de la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : CC BY Werner Willmann/Wikimedia commons)

Dans son livre, Ortal s’inspire de la bataille de l’Atlantique de la Seconde Guerre mondiale contre les sous-marins allemands pour trouver la solution. Face à des sous-marins qui remontaient à la surface, lançaient leurs torpilles, puis disparaissaient dans les profondeurs marines avant d’avoir pu être ciblés, les marines alliées ont fini par déployer des radars, des sonars et des porte-avions d’escorte au cœur des voies maritimes. Ils ont fini par renverser la situation, faisant passer les sous-marins allemands, U-Boat, du statut de chasseurs à celui de chassés.

Ortal a appelé à inonder le champ de bataille de capteurs – comme l’ont fait les Alliés avec les radars et les sonars – reliés aux forces terrestres de Tsahal pour leur permettre de trouver les cellules du Hamas et du Hezbollah en premier lieu puis de les détruire en quelques secondes. Il souhaite également que les officiers d’infanterie aux niveaux tactiques exploitent leur propre flotte étendue de drones, afin de les aider à localiser l’ennemi, comme le faisaient les porte-avions dans l’Atlantique.

« Une action relativement sûre pour eux sur le champ de bataille va se transformer en une action très dangereuse », a déclaré Ortal en faisant référence aux groupes terroristes.

De manière générale, il a souligné que, bien que ses ennemis utilisent les nouvelles technologies, le potentiel d’Israël à tirer parti des innovations civiles – big data, intelligence artificielle et apprentissage automatique – et à les mettre en œuvre sur le champ de bataille est bien plus important.

Illustration : Images de frappes israéliennes sur des cibles iraniennes et syriennes dans le sud de la Syrie après une tentative d’attaque à l’explosif par des agents soutenus par l’Iran contre les troupes israéliennes sur le plateau du Golan, le 18 novembre 2020. (Crédit : Armée israélienne)

« Nous devons étendre l’usine ‘Intelligente’ de Tsahal de la Kirya – située à Tel-Aviv – jusqu’au cœur du champ de bataille, a-t-il exhorté, et faire la lumière sur tous ces pelotons de roquettes et d’antichars. »

« L’approche actuelle de MABAM – ou campagne de guerre entre les guerres – dans laquelle l’armée de l’Air israélienne détruit des cargaisons d’armes et des forces au Liban et en Syrie, est utile mais ne remplace pas la victoire dans la guerre », a-t-il fait valoir.

« MABAM pourrait avoir un effet d’aveuglement stratégique sur la mission réelle de Tsahal, précisément en raison de son succès », a déclaré Ortal. « Mais nous devons reconnaître qu’il ne s’agit que d’une action dilatoire, pas d’une solution. »

« Toute la logique de MABAM est de créer un meilleur point de départ pour quand la prochaine guerre arrivera. Et elle arrivera », a-t-il ajouté.

Bien sûr, Israël doit également traiter avec Téhéran, la « tête de la pieuvre », et pas seulement avec ses tentacules qui s’étendent à travers le Moyen-Orient jusqu’aux frontières d’Israël, pour reprendre la métaphore maladroite de l’ancien Premier ministre Bennett.

« Si l’armée de l’Air est l’atout majeur de Tsahal chargé de se préparer à frapper le programme nucléaire iranien, une opération potentielle ne serait pas suffisante », a déclaré Ortal. Israël a besoin de forces capables de menacer l’Iran à sa porte, comme Téhéran l’a fait pour Israël.

« Vous devez créer une présence, même si elle n’est pas continue », a déclaré Ortal.

« Israël n’aura jamais de porte-avions, mais il lui faudra une présence navale moins flagrante. Il se peut qu’il n’y ait pas toujours de port à domicile. Elle pourrait ne pas toujours avoir un drapeau israélien. »

Le sous-marin de classe Tekuma Dolphin de la Marine israélienne escorté par des corvettes de classe Saar 5 et 4.5 lors d’un exercice en mer Rouge, le 2 juin 2022. (Crédit : Armée israélienne)

« Les Accords d’Abraham signés avec les Émirats arabes unis et Bahreïn, tous deux situés de l’autre côté du golfe Persique par rapport à l’Iran, changent la donne à cet égard », a-t-il déclaré. « Tout le monde a les mêmes problèmes. Tout le monde peut bénéficier d’une alerte précoce. »

Lors du Sommet du Néguev de l’année dernière, Yaïr Lapid, alors ministre des Affaires étrangères, avait déclaré que les pays réunis s’étaient concentrés sur la création d’une « architecture de sécurité régionale ».

« Cette nouvelle architecture, les capacités partagées que nous mettons en place, intimident et dissuadent nos ennemis communs – avant tout l’Iran et ses mandataires », avait-il déclaré. « Ils ont indiscutablement quelque chose à craindre. »

Clôture du Sommet du Néguev, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à gauche, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, à Sde Boker, en Israël, le 28 mars 2022. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Ortal pense que l’investissement de l’Iran dans des mandataires à travers le Moyen-Orient finira par devenir un fardeau insoutenable, semblable à celui qui a conduit à la chute de l’Union soviétique.

Alors qu’il s’apprête à prendre congé de Tsahal, Ortal espère que son livre aidera la prochaine génération d’officiers à identifier ce défi un peu plus rapidement.

« L’histoire ne s’arrête pas », a-t-il déclaré. « Le temps que nous construisions des capacités à partir de notre vision contre les armées du terrorisme, nous serons confrontés à un nouveau défi car l’ennemi s’adapte. »

« Le processus 2019 est arrivé dix ans trop tard », a poursuivi Ortal. « Le prochain 2019 viendra, espérons-le, plus rapidement. »

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