Retrait d’un recueil de textes d’écrivaines arabes traduit sans autorisation
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Retrait d’un recueil de textes d’écrivaines arabes traduit sans autorisation

La maison d'édition israélienne Resling Publishing est critiquée pour la publication de "Huriya", la traduction d'un recueil de textes d'auteures arabes sans leur consentement

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

L'invitation Facebook de Resling Publishing pour le pré-lancement de "Huriya" le 24 avril à Tel Aviv.
L'invitation Facebook de Resling Publishing pour le pré-lancement de "Huriya" le 24 avril à Tel Aviv.

Une traduction en hébreu non autorisée d’un recueil d’écrits de femmes arabes a été retirée des rayons par un éditeur israélien après que les auteures ont déclaré qu’elles n’avaient pas donné leur permission pour ce livre, qualifiant l’acte de vol.

Resling Publishing a indiqué au Times of Israel qu’il enquêtait sur cette affaire.

Le livre s’intitule Huriya, traduction du mot arabe liberté. Il s’agit d’un recueil d’histoires et d’essais de 45 femmes écrivains issues du monde arabophone dans le sillage du printemps arabe et de la lutte féminine pour la liberté.

« Nous procédons actuellement à un examen approfondi et complet afin d’aller à la racine du problème et, grâce à cette clarification, nous actualiserons notre position sur la question. Nous avons retiré le livre des magasins », a déclaré Resling dans un communiqué.

La société se décrit comme une maison d’édition qui « entreprend des recherches sur la littérature arabe et s’efforce de faire progresser le dialogue multiculturel ».

Dans un article publié la semaine dernière sur le site Hyperallergic, un forum en ligne basé à Brooklyn sur les arts et la culture, la publication de la collection Resling a été qualifiée par certains des auteurs du livre de vol littéraire impudent, de normalisation forcée des rapports culturels entre Israël et le peuple arabophone, et de geste sans scrupules.

Khulud Khamis, une écrivaine de Haïfa, a initialement dénoncé la maison d’édition. Elle avait été invitée par Resling à participer à l’événement de lancement du livre prévu en octobre. Aucun de ses textes ne figure dans le recueil publié par Resling.

Khamis a déclaré à un autre magazine en ligne, « Fusha », qu’elle avait remarqué le grand nombre d’écrivains du monde arabe figurant dans la collection et qu’elle soupçonnait qu’on ne leur avait pas demandé l’autorisation de traduire et de publier leurs œuvres.

Elle a ensuite contacté quelques écrivains et ses soupçons ont été confirmés, a rapporté Hyperallergic. Khamis a ensuite publié les informations sur les réseaux sociaux, ce qui a entraîné les déclarations des autres auteurs.

the Lebanese cartoonist Hasan Bleibel has just contacted me, saying that the cover image of the "Freedom" book,…

Posted by ‎Khulud Khamis خلود خميس‎ on Tuesday, 11 September 2018

Khamis a refusé une demande de commentaire sur la question, renvoyant le Times of Israel à l’article de Hyperallergic. Aucun des autres auteurs n’a répondu aux demandes d’interviews.

Selon l’article d’Hyperallergic, le directeur de Resling, Idan Zivoni, a déclaré à la militante locale Roni Felsen que la traduction des livres en arabe était une affaire compliquée car il n’y a aucun éditeur dans les pays arabes et s’il en existe, ils ne possèdent généralement aucun lien avec Israël et il n’y a personne à contacter pour toute demande de traduction ou d’achat de droits depuis l’étranger.

Il s’est exprimé lors d’un pré-lancement de la collection le 9 mai dans une librairie de Tel Aviv.

Le directeur de Resling aurait indiqué qu’il considérait la publication de la collection comme une mission pour entendre les cris des femmes arabes.

Khulud Khamis, l’auteur de Haifa qui a dénoncé Resling Publishing (Avec l’aimable autorisation du site de Khulud Khamis)

Khamis a déclaré à Hyperallergic que le discours de Zivoni à propos des cris des femmes arabes est offensant et condescendant.

« Ces écrivaines ne crient pas dans leurs cuisines ou dans les champs, et elles n’attendent certainement pas que le sauveur mâle blanc les ‘sauve’, a dit Khamis dans Hyperallergic.

« Ce sont toutes des femmes fortes – militantes, défenseures des droits de l’homme, dont beaucoup sont titulaires de diplômes dans divers domaines. Leurs travaux créatifs ont été reconnus tant au niveau national qu’international. Prendre les mots et les créations des écrivains, les traduire et les publier en hébreu – à leur insu et sans leur consentement – c’est tout le contraire de les ‘sauver’. Ils [Resling] ont volé le travail de ces femmes, les ont réduites au silence et n’ont pas respecté leur droit à décider ce qu’elles veulent faire ».

Efrat Lev, directrice des droits à l’étranger à The Deborah Harris Agency (Avec l’aimable autorisation de Debbi Cooper)

Efrat Lev, responsable des droits à l’étranger à l’Agence Deborah Harris, une agence littéraire basée à Jérusalem qui représente des auteurs israéliens, palestiniens et internationaux, a déclaré que le fait que les œuvres aient pour auteurs des femmes, beaucoup vivant dans le tiers monde, permettaient de penser que l’on pouvait plus facilement faire fi des droits de propriété intellectuelle qui leur sont naturellement dus.

« Depuis de nombreuses années que je négocie des droits de traduction avec des éditeurs israéliens (traductions de langues étrangères en hébreu), j’ai rencontré des auteurs qui refusaient de faire publier leurs livres en Israël, pour des raisons politiques : principalement (mais pas seulement !) des Arabes et des Iraniens vivant en diaspora/exil, certains par peur pour leur famille restée au pays », a écrit Lev dans un mail au Times of Israël.

« Quel qu’en soit le motif, les éditeurs israéliens ont respecté cela et se sont abstenus de publier des livres contre la volonté de leurs auteurs », écrit Lev.

« Le cas de Resling et de ce livre est donc inhabituel dans notre marché du livre, et franchement, inexcusable. J’espère que leur manque de professionnalisme (c’est le moins qu’on puisse dire) n’entachera pas notre profession dans son ensemble ».

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