Un espoir, un appel, une promesse : au séder éthiopien, 3 000 personnes attendent la Terre Promise
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« L’Ethiopie me manquera, mais maintenant la Terre Promise manque à mon âme »

Un espoir, un appel, une promesse : au séder éthiopien, 3 000 personnes attendent la Terre Promise

Les participants du vaste et joyeux seder de Pessah à Gondar prient pour que la dernière décision du gouvernement israélien signifie vraiment “l’année prochaine à Jérusalem”

  • De jeunes garçons de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    De jeunes garçons de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
  • Une membre de la communauté juive éthiopienne Falash Mura allume les bougies de Shabbat avant les prières de Shabbat et de Pessah dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    Une membre de la communauté juive éthiopienne Falash Mura allume les bougies de Shabbat avant les prières de Shabbat et de Pessah dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
  • Des membres de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière avant d'assister au repas du seder de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    Des membres de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière avant d'assister au repas du seder de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
  • Des membres de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière avant d'assister au repas du seder de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    Des membres de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière avant d'assister au repas du seder de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
  • Des membres de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière avant d'assister au repas du seder de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    Des membres de la communauté juive éthiopienne Falash Mura attendent la prière avant d'assister au repas du seder de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
  • Des membres de la communauté juive de Gondar préparent les matzas avant Pessah le 20 avril 2016. La pâte a matza doit être faite rapidement et efficacement pour que la matza puisse être cuite en moins de 18 minutes.(Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    Des membres de la communauté juive de Gondar préparent les matzas avant Pessah le 20 avril 2016. La pâte a matza doit être faite rapidement et efficacement pour que la matza puisse être cuite en moins de 18 minutes.(Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

GONDAR, Ethiopie – Ce sont les enfants de Bnei Akiva qui ont commencé les danses, bien sûr, à la fin du seder de Pessah, quand nous disons « LaShana Habaa BéYeroushalaim », l’année prochaine à Jérusalem.

Ces enfants, qui ont attendu pendant des années de faire l’alyah vers Israël, ont chanté les mots avec passion, dansant en rondes sauvages, sautant en s’aidant de leurs mains sur le dos des uns et des autres, et prenant les plus petits sur leurs épaules. Un enfant entreprenant de cinq ans a plongé depuis la scène dans la foule des danseurs et a été beaucoup porté.

Les mots « l’année prochaine à Jérusalem » ont une saveur douce amère pour la communauté juive de Gondar. Ils représentent des moments d’espoir, mais aussi des décennies d’attente, de frustrations innombrables, d’obstacles bureaucratiques, la douleur des séparations familiales, et des milliers d’années de tradition.

Le seder de Pessah, qui raconte l’histoire de la sortie d’Egypte et l’arrivée en Israël, de l’esclavage à la liberté, met en lumière leur lutte pour devenir Israéliens.

Certains des membres de la communauté juive de Gondar, qui compte 6 000 personnes, attendent depuis 25 ans de pouvoir s’installer en Israël, coincés dans les limbes en observant de loin les querelles politiques en Israël.

Environ 135 000 juifs d’origine éthiopienne vivent en Israël. Des dizaines de milliers de Juifs éthiopiens ont été transportés par avion en Israël pendant l’opération Moïse en 1984 et l’opération Salomon en 1992. Depuis, 50 000 juifs éthiopiens de plus sont venus en Israël, à un taux d’environ 200 par mois.

Une membre de la communauté juive éthiopienne des Falash Mura porte son bébé sur le dos avant d'assister au service de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
Une membre de la communauté juive éthiopienne des Falash Mura porte son bébé sur le dos avant d’assister au service de Pessah, dans la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Mais il reste toujours environ 9 000 juifs en Ethiopie, selon la communauté. Les juifs éthiopiens toujours présents en Ethiopie sont appelés « Falash Mura », ce qui signifie qu’ils descendent de juifs qui se sont convertis au christianisme, souvent sous la pression, il y a des générations.

En novembre, les juifs éthiopiens ont célébré la décision prise en novembre par Israël d’approuver l’immigration de 9 000 Juifs d’Ethiopie. L’approbation a chancelé trois mois après, quand le bureau du Premier ministre a refusé de mettre en place le programme parce que le milliard de dollars nécessaire pour financer les paniers d’intégration ne figurait pas dans le budget de l’Etat. Le financement a été trouvé et l’alyah a été à nouveau approuvée le 7 avril.

L’alyah des « derniers » 9 000 juifs d’Ethiopie devrait commencer en juin et durer environ cinq ans.

Alors le seder de Pessah vendredi pour environ 3 000 personnes à Gondar avait un air de fête, parce que beaucoup dans la communauté pensent que peut-être cette fois-ci c’est la bonne et qu’ils fêteront enfin les prochains seders de Pessah en Israël

« Vous n’êtes pas seuls, des gens dans le monde entier pensent à vous en récitant les mêmes mots ce soir », a déclaré le rabbin Menachem Waldman au début du seder.

Waldman, rabbin de Haïfa qui est le rabbin de la communauté juive d’Ethiopie depuis 35 ans, travaille à présent pour l’Agence juive. Il a cité les noms des députés qui ont rendu visite ou ont soutenu la communauté, dont les députés Likud David Amsalem et Avraham Neguise, qui ont refusé de voter avec la coalition pendant deux mois, jusqu’à ce que la Knesset ait approuvé le projet d’alyah des 9 000 juifs éthiopiens.

Waldman a rappelé à la communauté que l’Agence juive parrainait à nouveau le repas du séder, pour la première fois depuis qu’elle avait annoncé en août 2013 la « fin » de l’alyah éthiopienne. Et il leur a dit que des milliers de juifs dans le monde, en Israël et aux Etats-Unis, défendaient la reprise de l’alyah, la réunification des familles séparées entre l’Ethiopie et Israël.

Un séder pour 3 000 personnes est chaotique, bruyant, turbulent, excitant. Il a nécessité deux semaines de préparation pour cuire à la main 50 000 matzas sur le feu. La journée de jeudi a été passée à nettoyer la synagogue poussiéreuse du sol au plafond, et vendredi a été consacré à la préparation de la nourriture : faire cuire 2 000 œufs et 400 kilogrammes de pommes de terre, et écraser à la main, avec deux grands maillets en bois, un mélange cacahouètes/dattes/bananes pour le harosset.

Vendredi en début d’après-midi, alors que le soleil devenait doré et que les drapeaux israélien et éthiopien flottaient au vent, les préparations frénétiques s’achevaient doucement.

Les invités ont commencé à arriver avec deux heures d’avance, les femmes habillées de belles tenues blanches, et les enfants excités. Des douzaines de dirigeants de la synagogue avaient travaillé toute la journée pour fabriquer des « goody bags du séder » pour chaque participant, avec une pomme de terre bouillie, un œuf, un morceau de salade et de la matza. Le plus grand miracle était peut-être que les sacs ont été distribués plus de trois heures avant le début du seder, et que presque personne, pas même les plus jeunes enfants, n’a ouvert le sac pour un grignotage pré-seder.

Environ 50 enfants ont chanté les Quatre questions à plein poumons pendant que le reste de la communauté applaudissait

La soirée a commencé avec le service de Kabbalat Shabbat (l’accueil du Shabbat), puisque Pessah commençait un vendredi soir. Alors que la foule commençait à chanter la chanson traditionnelle locale du vendredi soir, « Sambuse, Sambuse », les femmes ont lancé des hululements et la foule est devenue folle, dansant et lançant ses bras en l’air.

Il a fallu un moment pour que les dirigeants de la communauté ne réussissent à faire asseoir tout le monde pour que Waldman puisse commencer le seder.

Alors qu’il parcourait un texte abrégé – ceci est le pain de l’affliction, ceci est l’herbe amère, ceci est la première coupe de vin – les participants tendaient les objets, une mer d’œufs durs levés dans la synagogue. Environ 50 enfants ont chanté les Quatre questions à plein poumons pendant que le reste de la communauté applaudissait.

Le doux vin fait maison, fabriqué à partir de 40 kilogrammes de raisons fermentés dans deux grands barils d’ordures pendant une semaine, a été le plus gros succès du seder, les enfants se précipitaient pour en avoir un verre.

Quand la soirée s’est terminée en chantant l’Hatikvah, l’hymne national israélien, la mélodie mélancolique a été transformée

Un séder de 3 000 personnes ne laisse pas beaucoup de place aux discussions profondes ou à la réflexion sur le thème de Pessah. Mais peut-être s’agit-il moins de mots, et plus de la réalité du désir d’Israël, et de l’espoir que cette année leur propre exil s’arrête.

Quand la soirée s’est terminée en chantant l’Hatikvah, l’hymne national israélien, la mélodie mélancolique a été transformée. C’était un chant fervent crié avec détermination et force. C’était une promesse, pas un espoir. Et quand ils le chantaient, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir les larmes aux yeux.

Parce que je vis en Israël, je sais que ce n’est pas l’endroit parfait dont ils rêvent, ou dont n’importe qui rêve. « Ne savez-vous pas à quel point cela sera difficile pour vous quand vous arriverez ? », voulait leur demander une partie de moi. « Ne savez-vous pas que la société israélienne comporte un racisme refoulé mais commun qui peut essayer d’effacer votre culture, de changer votre nom, de vous dénier des opportunités d’études simplement à cause de la couleur de votre peau ? Ne connaissez-vous pas le racisme, la violence, et le terrorisme insensé qu’Israël affronte de la part de ses ennemis ? »

Et pourtant. Peu importe à quel point Israël peut être difficile, il y a aussi des moments de beauté qui vous coupent le souffle. « L’Ethiopie me manquera, mais maintenant la Terre Promise manque à mon âme », m’avait dit l’un des chantres en Ethiopie pendant qu’il supervisait la préparation des matzot. Et j’ai compris.

Vendredi, à un moment ou à un autre, presque chaque juif dans le monde a tourné ses pensées vers un seul endroit, Jérusalem, pendant qu’il racontait l’histoire de la sortie d’Egypte.

Pour les juifs d’Ethiopie, ces mots ne sont pas une histoire traditionnelle. Ils sont une réalité, un espoir, un appel, une promesse. Cette année nous sommes esclaves, laissez-nous être libres l’année prochaine. A présent nous sommes dans notre Egypte, mais nous avons l’espoir : l’année prochaine à Jérusalem !

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