Un hassidique justifie d’avoir blanchi de l’argent par son manque d’éducation
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Un hassidique justifie d’avoir blanchi de l’argent par son manque d’éducation

Le Canadien Zalman Zirkind risque 14 ans dans une prison fédérale américaine ; invoque le peu d'éducation laïque comme un obstacle à pourvoir aux besoins de sa famille nombreuse

Un panneau d'affichage de YAFFED devant une yeshiva, exhortant les parents à penser à l'éducation laïque de leurs fils. Les écoles de la communauté ultra-orthodoxe pratiquent presque toutes la ségrégation sexuelle. (Autorisation : Yaffed)
Un panneau d'affichage de YAFFED devant une yeshiva, exhortant les parents à penser à l'éducation laïque de leurs fils. Les écoles de la communauté ultra-orthodoxe pratiquent presque toutes la ségrégation sexuelle. (Autorisation : Yaffed)

JTA – Les partisans de l’amélioration des études laïques dans les yeshivot hassidiques ont trouvé un allié improbable : le procès fédéral d’un homme hassidique qui plaide coupable d’avoir blanchi de l’argent de la drogue.

Zalman Zirkind, de Montréal, actuellement assigné à résidence à Brooklyn, doit être condamné vendredi devant le tribunal de district américain de New York. L’été dernier, il a plaidé coupable face à des accusations passibles d’une peine de 11 à 14 ans de prison.

Les partisans de Zirkind, également connu sous le nom de Zalmund, ont soumis des lettres témoignant de son caractère et demandant une peine clémente.

Parmi les 24 lettres soumises au juge dans l’affaire figurait celle d’Abraham Boyarsky, professeur de mathématiques à l’Université Concordia de Montréal qui a déclaré connaître la famille de Zirkind depuis 40 ans – et comprendre pourquoi Zirkind est tombé dans la criminalité.

L’éducation laïque est mal vue dans la communauté hassidique, a expliqué Boyarsky, mais une combinaison de maigres opportunités d’emploi et du coût élevé des cours en yeshiva pour les familles nombreuses peuvent conduire les hommes à des « difficultés financières et juridiques ».

« En désespoir de cause, ils s’appuient sur une perception erronée qui justifie une prise de risques extrêmes par la conviction fautive que soutenir sa famille excuse n’importe quelle actions », écrit-il.

La lettre alimente le débat en cours sur la responsabilité des yeshivot d’aider leurs étudiants à développer des compétences sur des sujets profanes.

Naftuli Moster s’exprime lors d’une conférence de presse pour Yaffed devant l’hôtel de ville de New York, le 24 juillet 2019. (Crédit : Mo Gelber / Yaffed / via JTA)

Après qu’un groupe de pression, baptisé Yaffed, a avancé les plaintes de dizaines de diplômés des yeshivot de New York qui affirment ne pas avoir reçu une éducation laïque adéquate, la ville a ouvert une enquête sur les écoles, qui sont tenues par la loi d’offrir une éducation « substantiellement équivalente » à celle proposée par les écoles publiques.

Les dirigeants de la communauté orthodoxe haredi ont riposté, en interdisant aux inspecteurs d’entrer dans les yeshivot et en lançant leur propre groupe de pression appelé Pearls (Parents for Educational and Religious Liberty in Schools).

Les individus qui soutiennent Yaffed ont subi les conséquences de leurs critiques des yeshivot, notamment d’être qualifiés de « mosers », un terme qui véhicule souvent une menace de violence physique.

Dans sa lettre, Boyarsky a déclaré que lui aussi avait subi des répercussions après avoir fondé le Collège TAV à Montréal en 1989 dans le but d’offrir une éducation laïque aux Juifs hassidiques afin de leur procurer de meilleures opportunités d’emploi.

Illustration : un ancien Satmar Hasid proteste contre le faible niveau d’éducation dans certaines écoles ultra-orthodoxes avec YAFFED. (Autorisation : Yaffed)

« Pour avoir tenté de faire ‘l’impensable’, je suis considéré comme un traître par les dirigeants rabbiniques de la communauté et menacé de ‘cheirem’, d’excommunication », a-t-il écrit.

« Je crois que Zalman est victime d’un système éducatif que je combats vigoureusement depuis des décennies », a écrit Boyarsky.

Ce n’est pas la première fois que les défenseurs d’un Juif hassidique accusé de crime invoquent son éducation laïque moindre dans l’espoir de réduire sa peine de prison.

Lorsque Sholom Rubashkin, qui dirigeait une entreprise d’abattage et d’emballage de viande casher, a été reconnu coupable de fraude financière en 2010 et condamné à une peine sévère exemplaire de 27 ans de prison, son avocat Nathan Lewin a invoqué en cour d’appel l’éducation laïque limitée de Rubashkin.

« Sholom Rubashkin, l’un des neuf enfants d’Aaron, n’a reçu qu’une éducation laïque limitée, du niveau de 4e », a-t-il écrit dans sa plaidoirie d’appel en 2011, introduite par une brève biographie de Rubashkin, destinée à persuader le juge de réduire sa peine.

Lewin, un avocat célèbre, s’est prononcé contre le contrôle des yeshivot par l’État.

L’avocat Nathan Lewin avec sa fille Alyza D. Lewin. (Crédit photo : Rikki Lewin)

Pour les partisans de l’augmentation de l’enseignement des mathématiques et de la lecture dans les yeshivot, l’appel de Lewin pour Rubashkin et la lettre en faveur de Zirkind prouvent que les membres de la communauté savent désormais qu’ils ne rendent pas service à leurs enfants, alors même qu’ils contestent l’obligation d’évolution pour les yeshivot.

« La communauté ne veut pas subir les conséquences de ses abus
scolaires », a déclaré Yossi Newfield, l’un des 52 diplômés de yeshiva à signer la lettre de Yaffed en 2015 qui a déclenché une enquête sur les yeshivot de la ville.

Il a ajouté : « Dans la mesure où vous soutenez ce manque d’éducation, ne venez pas pleurnicher devant un juge en invoquant votre manque d’éducation. »

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