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Un hôpital veut licencier un interne qui aurait félicité et nourri un terroriste

Ahmad Mahajneh nie avoir loué le suspect d'agression au couteau traité à Hadassah Ein Karem et accuse la police d'impartialité à son égard en raison de ses origines familiales

Le personnel médical de l'hôpital Hadassah Ein Kerem dans l'unité COVID de l'hôpital, récemment rouverte, à Jérusalem, le 27 décembre 2021. Illustration (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le personnel médical de l'hôpital Hadassah Ein Kerem dans l'unité COVID de l'hôpital, récemment rouverte, à Jérusalem, le 27 décembre 2021. Illustration (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Un hôpital de Jérusalem veut licencier un interne en médecine, Arabe israélien, qu’il accuse d’avoir fait l’éloge d’un terroriste palestinien présumé qui y est traité, de lui avoir apporté de la nourriture ne provenant pas de l’hôpital, avant d’insulter et de désobéir à un officier de police.

Le Dr Ahmad Mahajneh, qui a été suspendu de ses fonctions en attendant son renvoi probable, maintient qu’il n’a ni fait l’éloge du suspect ni ne lui a apporté de nourriture et nie avoir jamais supporté aucune forme de terrorisme.

Il affirme que l’hôpital a ignoré sa version des faits, ainsi que celle de témoins confirmant ses dires, et a refusé de lui accorder une procédure régulière. L’association médicale israélienne (AMI) a également questionné la décision d’Hadassah de punir le docteur, soulignant les allégations contradictoires, mais l’hôpital maintient avoir respecté toutes les règles des procédures disciplinaires.

Le 24 novembre, l’hôpital Hadassah Ein Kerem a écrit dans une lettre à l’AMI qu’il comptait licencier Mahajneh, citant son enquête sur l’interaction du médecin avec le terroriste soupçonné, Muhammad Abu Qatish, le 26 octobre, ainsi que l’audience disciplinaire qui a suivi.

L’hôpital a ouvert l’enquête après avoir reçu un nombre non spécifié de plaintes concernant les agissements de Mahajneh provenant d’une ou plusieurs sources dont l’identité n’a été révélée ni au public, ni à l’accusé.

Abu Qatish, 16 ans, a grièvement blessé un Israélien lors d’une attaque à l’arme blanche le 22 octobre dans le quartier juif de Jérusalem-Est de Givat HaMivtar, selon les autorités israéliennes. Blessé par balle par un officier après une brève poursuite, il a été hospitalisé dans un état grave.

Dans sa lettre à l’IMA, Hadassah a écrit que Mahajneh « a apporté un dessert (knafeh) et un plateau de pâtes, de légumes et de fromage au détenu. »

L’hôpital affirme que Mahajneh a « béni » Abu Qatish, en lui disant « mabruk » et « saha« , des expressions arabes pour « félicitations » et « à votre santé », et qu’il en a parlé comme d’un « shahid » ou martyr, dans une conversation avec deux autres employés.

L’hôpital a également accusé l’interne d’avoir « insulté un officier de police ».

Des policiers et des secouristes emportent Muhammad Abu Qatish, le terroriste responsable de l’attaque au couteau qui a grièvement blessé un homme dans le quartier de Givat HaMivtar à Jérusalem-Est, le 22 octobre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Le Dr Mahajneh, par ses paroles et ses agissements, a totalement manqué à son devoir envers Hadassah et a commis une infraction grave qui justifie les mesures disciplinaires sérieuses », conclut la lettre. « Hadassah estime donc […] que la mesure à prendre est de mettre fin à son emploi à Hadassah, une mesure que [l’hôpital] entend prendre.  »

Mahajneh, originaire d’Umm al-Fahm, a déclaré au Times of Israel que les événements relatés dans la lettre étaient biaisés, alléguant qu’ils avaient été basés sur des sources partiales à son encontre. Il a nié avoir jamais soutenu le terrorisme de sa vie et a déclaré était d’avis que « les terroristes méritent d’être punis ».

Selon la version des faits de Mahajneh, le 26 octobre, lui et un collègue ont commandé de la nourriture pour fêter la réussite de leurs examens d’internat de médecine, dont du knafeh, une pâtisserie levantine sirupeuse. Une grande partie de la nourriture n’ayant pas été mangée, d’autres membres du personnel de l’hôpital ont suggéré de la distribuer aux patients.

Selon le médecin, un autre membre du personnel de l’hôpital aurait apporté la nourriture à Abu Qatish pendant qu’il se trouvait dans la salle pour vérifier son état.

« Je lui ai demandé en arabe comment il allait », a-t-il ajouté. « Je n’ai pas dit au terroriste ‘mabruk‘ ou ‘saha‘ et certainement pas ‘shahid‘ ».

Selon Mahajneh, peu de temps après, un policier chargé de la garde du suspect est entré dans la salle du personnel et a crié : « Qui était le médecin qui était juste dans la chambre [du terroriste] ? » Mahajneh a répondu que c’était lui le médecin, ce qui a mis l’officier en colère, se souvient-il.

L’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 15 janvier 2017. (Nati Shohat/Flash90)

Selon la lettre de l’hôpital, l’officier aurait confronté Mahajneh parce que donner à un patient de la nourriture apportée de l’extérieur est contraire au protocole de l’hôpital.

Lorsqu’un deuxième policier qui s’est présenté a exigé que Mahajneh s’identifie, ce dernier a refusé. C’est alors que l’officier a commencé à le filmer. Selon Hadassah, Mahajneh aurait dit à l’officier « Pourquoi vous me filmez ? Vous êtes stupide ? », mais Mahajneh, lui, soutient avoir dit « c’est stupide pour vous de filmer ».

« Je voulais dire que l’acte de filmer était stupide, pas le policier, que je ne connaissais pas », a déclaré Mahajneh.

Hadassah accuse Mahajneh, en plus d’avoir insulté le policier, de ne pas s’être identifié, même après avoir été informé de son obligation de le faire selon la loi israélienne.

Hadas Zvi, directrice adjointe de l’éthique médicale de l’ONG israélienne Physicians for Human Rights, a affirmé que la police doit avoir un motif raisonnable pour demander une pièce d’identité, citant les avocats de l’organisation. Elle a ajouté que Mahajneh portait déjà un badge.

Si le fait d’offrir aux patients de la nourriture provenant de l’extérieur de l’hôpital va à l’encontre du protocole d’Hadassah, il est rarement appliqué, a déclaré Zvi. Et une fois la décision prise de distribuer les restes, refuser une part au terroriste présumé détenu aurait violé le principe d’éthique médicale de l’égalité de traitement.

Hadassah, comme d’autres hôpitaux, affirme volontiers que tous ses patients, y compris les terroristes, bénéficient d’un traitement égal. En 2009, Nachman Ash, l’actuel directeur du ministère de la Santé, et trois autres médecins, dont deux de Hadassah, ont publié une étude dans l’American Journal of Bioethics, dans laquelle ils défendent avec passion l’idée que les professionnels de la santé devraient traiter les terroristes comme n’importe quel autre patient.

Pour Mahajneh, le témoignage de la police à l’hôpital a été teinté par le fait que son père est l’avocat de Palestiniens soupçonnés de terrorisme, parmi eux les six détenus qui se sont échappés de la prison de Gilboa en septembre 2021.

Dans sa lettre, l’hôpital a déclaré que Mahajneh avait prétendu avoir été approché par les officiers en raison du travail de son père, une théorie rejetée comme « surprenante et clairement improbable » par l’hôpital étant donné que l’officier lui a demandé une pièce d’identité.

Mahajneh conteste avoir tenu ces propos, mais il est persuadé les agents ont fait des recherches sur lui avant de donner leur version des faits à Hadassah. Il a fait remarquer qu’il avait été traité de « terroriste » à plusieurs reprises par un membre de la direction de l’hôpital en raison du travail de son père.

Il a accusé l’hôpital d’avoir accepté les témoignages confirmant la plainte déposée contre lui à leur valeur nominale, tout en ignorant les témoins qui confirmaient son propre récit. Il a accusé l’hôpital d’avoir cédé à une campagne de pression de la droite appelant à son licenciement.

« Je me sens trahi par la direction d’Hadassah. Je pensais qu’ils me soutiendraient mais au lieu de cela, ils sont farouchement contre moi », a déclaré Mahajneh, ajoutant qu’il pense que son audition n’était qu’une « simple formalité ».

Des familles de victimes de la terreur protestent devant l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem contre la décision de traiter le négociateur palestinien Saeb Erekat, le 19 octobre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans une réponse laconique à plusieurs questions sur l’affaire et les revendications de Mahajneh, un porte-parole de l’hôpital a déclaré que Hadassah Ein Karem « respecte scrupuleusement toutes les dispositions de la loi et des réglementations, y compris en matière d’audiences disciplinaires, notamment dans le cas présent ».

Le porte-parole a ajouté que l’hôpital avait toujours été « un symbole et un modèle de coexistence entre tous les peuples et toutes les confessions, et qu’il continuera à servir de pont pour la paix et la fraternité ».

Parmi les personnes qui soutiennent le récit de Mahajneh figurent un certain nombre d’infirmières arabes de l’unité de chirurgie cardiaque et thoracique de Hadassah, qui ont déclaré dans une déclaration tweetée par le journaliste Shlomi Eldar que le médecin « n’avait rien à voir » avec la distribution des restes de nourriture le 26 octobre et que l’idée ne venait pas de lui.

L’IMA a condamné le projet de l’hôpital de licencier Mahajneh, notant « un manque de consensus concernant les faits de l’incident ». Elle a ajouté que les allégations, même avérées, « ne constituent pas un motif pour renvoyer un médecin. »

Médecins et autre personnel médical lors d’une marche de protestation organisée par l’Association médicale israélienne en 2011. [Illustration] (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Physicians for Human Rights a déclaré dans un communiqué que Mahajneh avait été victime d’une « chasse aux sorcières raciste, nationaliste et populiste » et que son licenciement programmé avait créé une « culture du silence et d’oppression » à l’hôpital, en particulier pour ses employés arabes.

Elle affirme en outre avoir reçu la déposition de plusieurs témoins qui correspondent au récit de Mahajneh.

« Le secteur médical est un secteur militarisé et dès qu’il est question du conflit, le système prend parti et oublie ses principes, qui consistent notamment à traiter les patients de manière égale et à accorder une certaine autonomie aux médecins », a déclaré Zvi.

Mahajneh a déclaré qu’il avait l’intention d’intenter un procès pour licenciement abusif si l’hôpital allait de l’avant avec son licenciement.

« Je suis quelqu’un qui s’entend avec tout le monde, qui respecte tout le monde », a-t-il déclaré. « À l’hôpital, les Juifs et les Arabes travaillent ensemble, on mange même ensemble ».

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