Un juge annule un concert réservé aux hommes à Haïfa
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Un juge annule un concert réservé aux hommes à Haïfa

Cette décision survient après la controverse suscitée par le concert non mixte organisé à Afula et la publication de nouvelles directives par le procureur général

Le chanteur ultra-orthodoxe Motty Steinmetz se produit à Tzfat, le 22 avril 2019. Deux des derniers concerts du chanteur ont suscité la controverse en raison de la non-mixité du public. (Crédit : David Cohen/Flash90)
Le chanteur ultra-orthodoxe Motty Steinmetz se produit à Tzfat, le 22 avril 2019. Deux des derniers concerts du chanteur ont suscité la controverse en raison de la non-mixité du public. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Un tribunal de Haifa a ordonné dimanche l’annulation d’un concert réservé aux hommes dans la ville, estimant qu’il n’y avait aucune raison d’en exclure les femmes.

Les chanteurs ultra-orthodoxes Mordechai Ben David et Motty Steinmetz devaient se produire lundi, pour un événement en partie financé par la municipalité de Haifa.

« Lorsque l’on décide de fermer les portes d’un auditorium aux femmes, il doit y avoir un motif légal et factuel derrière », a noté le juge Avraham Elikim dans sa décision. « Ce motif n’a pas été indiqué par la municipalité ».

Avraham Elikim a fait savoir à la municipalité qu’elle devait se reporter aux directives sur la séparation des sexes dans le cadre d’événements publics publiées jeudi par le procureur général Avichai Mandelblit.

La décision faisait suite à une requête déposée par une organisation de défenses des droits des femmes contre la ville et les artistes prévus.

« Le public ultra-orthodoxe de Haifa a le droit de financer des activités culturelles comme tout autre groupe de population, mais lorsqu’il s’agit d’argent public, il faut se conformer aux instructions du procureur général et du gouvernement. Il est important de se rappeler qu’en ce qui concerne l’accès à des lieux publics, il existe une loi interdisant la discrimination dans la vente de produits, de services et l’accès aux lieux de divertissements et d’espaces publics », a indiqué Avraham Elikim.

Près de 1 300 billets avaient été vendus pour le concert organisé au Centre d’exposition international de la ville sur 2 000 sièges disponibles, a rapporté le site Ynet.

Le maire adjoint, Micky Elfer, a réagi à l’ordonnance du tribunal et déclaré qu’elle « ne se préoccupait pas de l’exclusion des femmes, mais tentait d’exclure le public ultra-orthodoxe de ce qu’il mérite d’après la loi. Nous réfléchissons actuellement à d’autres moyens d’organiser l’événement ».

Cette décision survient après un concert non mixte organisé il y a peu dans un parc public d’Afula, auquel le chanteur Motty Steinmetz était également présent, dont l’organisation controversée a fait les gros titres dans le pays.

Des Juifs ultra-orthodoxes assistent à un concert comprenant le chanteur harédi Motti Steinmetz, où le public masculin et féminin était séparé, dans la ville d’Afula, dans le nord d’Israël, le 14 août 2019. (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

La Haute Cour avait interdit l’événement, mais la décision était tombée trop tard pour en empêcher le déroulement.

Le verdict de la Cour suprême avait déclenché la colère de députés de droite, notamment ultra-orthodoxes, qui reprochent à l’instance de vouloir empêcher les Israéliens ultra-orthodoxes de suivre leurs coutumes religieuses appelant à la pudeur. Les opposants au concert estimaient, quant à eux, que séparer les femmes était une forme de discrimination et donc illégal dans les espaces publics.

Le procureur général Avichai Mandelblit avait statué jeudi que les autorités locales pouvaient organiser des événements culturels non mixtes dans certaines circonstances.

Ainsi, séparer hommes et femmes est possible si cela est voulu par le public visé, si les hommes et les femmes bénéficient des mêmes conditions et si cela n’affecte pas excessivement ceux qui s’y opposent.

« Plus elle est voulue, moins la ségrégation entre les sexes posera de problèmes, et pour parler d’une non-mixité volontaire il faut que chacun puisse choisir sa place sans qu’on la lui désigne », avait expliqué le magistrat.

Avichai Mandelblit a souligné que ses directives reposaient sur le respect de la liberté individuelle et de l’égalité. Elles comprennent quelques conditions.

Les autorités doivent prendre en compte le public visé par l’événement et déterminer si la mixité empêcherait une partie importante du public d’y assister. Elles doivent également prendre en compte l’effet qu’aurait la non-mixité sur ceux qui s’y opposent. Le public visé par un événement non mixte ne doit pas être des enfants et des familles, mais des adultes, précise également le magistrat.

« Il s’agit d’une position temporaire qui doit être respectée en attendant la tenue d’un débat juridique fondamental et complet », a indiqué Avichai Mandelblit.

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