Un médicament miracle israélien sauve un joueur de hockey juif du cancer
Rechercher

Un médicament miracle israélien sauve un joueur de hockey juif du cancer

En 2003, quand on a appris à Sam Fields qu'il ne lui restait plus que deux semaines à vivre, Gleevec n'était pas encore reconnu comme le médicament adapté à sa maladie. 14 années plus tard, revenu des portes de la mort, l'athlète affirme que sans ce traitement, il ne serait "tout simplement pas présent aujourd'hui"

Le joueur de hockey Sam Fields avait 27 ans quand on lui a diagnostiqué un cancer, quelques semaines seulement avant son intégration dans un camp d'entraînement de la NHL.  (Autorisation : ICRF/via JTA)
Le joueur de hockey Sam Fields avait 27 ans quand on lui a diagnostiqué un cancer, quelques semaines seulement avant son intégration dans un camp d'entraînement de la NHL. (Autorisation : ICRF/via JTA)

CHICAGO — Le Hockey a toujours été une passion dans la vie de Sam Fields.

Né à Chicago et ayant découvert ce sport à l’âge de huit ans, Fields est joueur professionnel de hockey depuis environ cinq ans lorsqu’il est choisi pour faire un essai dans la Ligue nationale (NHL). A l’âge de 27 ans, il est alors sur le point de faire partie des quelques Juifs à rejoindre la prestigieuse NHL.

Mais quelques semaines avant d’intégrer le camp d’entraînement de la Ligue, Fields éprouve d’immenses difficultés à se lever de son lit. Un jour, après s’être forcé à sortir de son domicile, Fields s’évanouit alors qu’il est au volant de sa voiture.

Les médecins soupçonnent tout d’abord une grippe. Puis il est évident qu’il s’agit de quelque chose de plus grave. On lui diagnostique alors une leucémie myéloïde chronique, ou LMC, une forme de cancer particulièrement agressive. Moins d’un malade sur trois atteint par cette maladie survit au-delà de cinq années et Fields semble être déjà à un stade avancé.

On ne lui donne alors plus que deux semaines à vivre.

« J’ai été condamné à mort », se souvient Fields.

C’était en 2003. Agé maintenant de 40 ans, cela fait 15 ans que Fields a tourné la page du cancer. Il affirme que Gleevec – le médicament dont a bénéficié Fields en 2003 alors qu’il était encore en phase expérimentale – lui a sauvé la vie.

“Il n’y a aucun doute là-dessus. Je ne serais pas là si je n’avais pas eu ce médicament », s’exclame Fields.

Gleevec a été le premier médicament sur le marché à cibler directement les cellules responsables du cancer dans la LMC tout en épargnant les cellules saines. Testé rapidement par le biais d’essais cliniques et approuvé par la FDA en 2001 sous certaines circonstances particulières, Gleevec a tenu sa promesse de transformer une pathologie mortelle en un état gérable. Le magazine Time a mis le médicament en Une, le qualifiant de « cartouche » contre le cancer.

Photo d'illustration d'une femme atteinte d'un cancer recevant un traitement par chimiothérapie (Crédit : www.shutterstock.com)
Photo d’illustration d’une femme atteinte d’un cancer recevant un traitement par chimiothérapie (Crédit : www.shutterstock.com)

Gleevec a été inventé dans les années 1990 par le biochimiste Nicholas Lyndon, et sa réussite est souvent attribuée à l’oncologue Brian Druker, qui a été le premier à l’utiliser dans le traitement de la LMC.

Mais le travail de Druker s’est construit sur une recherche scientifique révolutionnaire menée dans les années 1980 par le chercheur israélien de l’Institut Weizmann de Sciences, Eli Canaani, en partenariat avec un hématologue américain venu en Israël pour travailler sur le projet, Robert Gale.

Dans le laboratoire de Canaani, en Israël, les deux hommes ont été les premiers à découvrir que lorsque deux gènes clés présentaient une déviation où échangeaient du matériel génétique, le résultat était une protéine fusionnée qui entraînait le cancer.

« Cela a été la première preuve qu’un réarrangement d’ADN spécifique au cancer permet à deux gènes particuliers de se réunir, ce qui aboutit à une fusion de leurs protéines codées qui va former une protéine de cancer », explique Canaani.

‘Si le docteur Brian Druker est le père du Gleevec, alors le professeur Eli Canaani est son grand-père’

Cette fusion anormale, connue sous le nom de translocation de Philadelphie ou chromosome de Philadelphie, résulte en un gène appelé BCR-ABL. Gleevec travaille comme un inhibiteur de la fusion des gènes BCR et ABL.

Jusqu’à la découverte de Canaani, les scientifiques connaissaient la liaison entre deux gènes mais ils n’en avaient pas compris la signification.

“Puis sont arrivés Eli Canaani et Robert Gale, ils ont montré qu’un nouveau gène qui n’était présent dans aucune cellule normale apparaissait. Il est alors devenu évident pour tout le monde que ce nouveau gène conduisait peut-être à la formation des cellules cancéreuses », explique Druker, dorénavant à la tête du Knight Cancer Institute à l’université de Médecine & Sciences de l’Oregon.

“Si le docteur Brian Druker est le père du Gleevec, alors le professeur Eli Canaani est son grand-père », commente Eric Heffler, directeur général national du Fonds de Recherche contre le cancer en Israël, une organisation caritative qui soutient la recherche en cancérologie et qui a financé les études de Canaani.

Ayant commencé à jouer au hockey à l'âge de huit ans, Sam Fields a été joueur professionnel pendant environ cinq ans avant qu'un cancer ne lui soit diagnostiqué (Autorisation : ICRF/via JTA)
Joueur de hockey depuis l’âge de huit ans, Sam Fields a été joueur professionnel pendant environ cinq ans avant qu’un cancer ne lui soit diagnostiqué (Autorisation : ICRF/via JTA)

Les recherches qui ont suivi, entreprises par Canaani et un nombre important de scientifiques, ont permis de découvrir les fusions de gènes qui sont associées aux cancers. Ces trouvailles ont ouvert la voie à des traitements efficaces.

‘J’aime me lancer des défis’

Fields n’avait absolument pas conscience de cela lorsqu’il a appris son premier diagnostic. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était atteint d’une maladie mortelle.

Elevé dans le quartier de Wilmette à Chicago, dans l’Illinois, Fields avait toujours eu une activité physique et une vie saine. Après sa découverte du Hockey, il avait pris l’habitude de se lever dès cinq heures du matin pour s’entraîner avant les cours et retournait sur la glace chaque fin d’après-midi, après l’école. Durant ses années de lycée, il avait quitté la maison familiale pour pouvoir se consacrer à sa passion.

“C’est un sport très technique, et j’ai tendance à vouloir m’attaquer à tout ce qui peut paraître difficile », raconte Fields lors d’un entretien réalisé dans son bureau de Chicago, où il travaille dorénavant dans les assurances. « J’aime me lancer des défis ».

Une scientifique de l'Institut Weizmann travaille au microscope (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)
Une scientifique de l’Institut Weizmann au microscope (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)

Vêtu d’un jean et d’une chemise impeccable à col boutonné, Fields présente encore un physique impressionnant. Il mesure 1 mètre 92, il a les cheveux coupés court, une barbe de bûcheron et des yeux gris-bleus perçants.

A l’époque, âgé d’une vingtaine d’années, Fields jouait dans des Ligues mineures comme défenseur, c’est-à-dire « exécuteur ». Son rôle était de dissuader les agressions des adversaires par l’intimidation physique.

« J’ai été un combattant pendant toute ma vie », explique Fields. « J’ai vécu l’enfer et je m’en suis sorti pas mal de fois ».

Les luttes que Fields a vécues sur la glace ne l’ont cependant pas suffisamment préparé au combat de la vie.

‘J’ai vécu l’enfer et je m’en suis sorti pas mal de fois’

Les médecins ont dans un premier temps diagnostiqué chez Fields une leucémie myéloïde aiguë mais se sont plus tard orientés vers une leucémie myéloïde chronique en crise blastique, la phase la plus grave de la LMC. Parce que Fields était un athlète et que son état général était plutôt bon, les docteurs ont supposé qu’il avait ce cancer depuis plus d’un an mais qu’il n’en avait jamais remarqué les symptômes.

Après ce diagnostic, Fields a passé trois mois en quarantaine dans une unité de soins intensifs, dans une chambre stérile, tellement isolé que le personnel hospitalier et sa famille devaient traverser deux portes pour aller jusqu’à lui.

En raison d’une mucosite – une inflammation de la gorge – il vomissait du sang fréquemment. Au cours des six mois qu’il a passé au sein de l’établissement hospitalier, il a subi six biopsies de la moelle épinière. A chaque fois les médecins creusaient dans son épine dorsale pour aspirer la moelle sans anesthésie.

Photo d'illustration de cellules cancéreuses (Crédit : Pixabay)
Photo d’illustration de cellules cancéreuses (Crédit : Pixabay)

Le plus grand défi était de conserver Fields dans un état de santé suffisamment satisfaisant pour qu’il puisse supporter la greffe de moelle épinière dont il avait besoin pour survivre. Il s’est avéré que sa soeur, Jennifer, était la donneuse parfaite.

Mais avant d’effectuer la greffe, il fallait que les médecins parviennent à mettre Fields en rémission, ce qui signifie faire baisser le nombre de leucocytes qui propagent la maladie.

“J’étais atteint de neutropénie – je n’avais pas de mécanisme de défense – un seul élément, comme une petite poussière qui me serait entrée dans le nez, pouvait me tuer », dit Fields.

‘Une petite poussière qui me serait entrée dans le nez pouvait me tuer’

C’est le docteur Chadi Nabhan, oncologue à l’Advocate Lutheran General de Park Ridge, dans l’Illinois, en charge de Fields, qui a suggéré d’utiliser le Gleevec. A ce moment-là, le médicament était encore dans une phase d’essai clinique de traitement de la forme de la maladie dont souffrait Fields.

« Plus d’une décennie plus tard, on a réalisé qu’on peut utiliser ce médicament à tous les stades de la LMC et qu’on peut l’utiliser conjointement à une chimiothérapie », dit Nabhan à présent médecin-chef à Cardinal Health Specialty Solutions à Chicago. “Mais en 2003, Gleevec n’était pas communément utilisé et il n’était pas reconnu officiellement pour ce traitement. Mais il avait exactement le changement chromosomique nécessaire ».

Fields a décidé de prendre le risque.

« J’avais deux choix », explique Fields. « Je pouvais abandonner ou je pouvais lutter, et je ne voulais pas abandonner. C’était la seule option que j’avais, pourquoi ne pas essayer et mourir plutôt que de ne pas essayer et mourir également ? »

Et ce médicament lui a sauvé la vie.

L'Institut des Sciences Weizmann à Rehovot.
L’Institut des Sciences Weizmann à Rehovot.

Fields affirme qu’il sera éternellement reconnaissant au médicament qui lui a sauvé la vie. En 2015, Fields a été l’invité d’honneur du Fonds israélien de recherche contre le cancer lors du gala organisé à Chicago — il est la preuve vivante de l’importance du financement et de la recherche sur le cancer.

En tant que pôle d’innovation et de recherche scientifique, Israël est un lieu idéal pour les investissements de démarrage dans la recherche contre le cancer, disent les scientifiques impliqués au sein de l’organisation. Depuis sa fondation en 1975, le fond de recherche contre le cancer israélien a déboursé environ 60 millions de dollars pour financer un très grand nombre de projets d’études en Israël. Les fonds proviennent largement de donateurs américains.

“Nous avons l’opportunité de changer le cours de l’histoire du cancer », s’exclame Heffler. « La recherche coûte très cher – le gouvernement ne peut pas investir suffisamment dans ce domaine. Et c’est là qu’intervient la philanthropie. Lorsque la société décide de soutenir les scientifiques qui consacrent des années entières de leur vie à la recherche, cela qui crée les avancées médicales ».

Même si Fields est dans un état de santé globalement satisfaisant, il souffre encore d’effets prolongés du cancer – notamment de douleurs chroniques.

« Je ne devrais pas être ici aujourd’hui mais je suis là », dit-il. « Et j’en suis reconnaissant ».

Cet article a été parrainé et produit en partenariat avec le Fonds israélien de recherche contre le cancer, engagé à trouver et à financer des traitements innovants et des thérapies pour toutes les formes de cancer, démontrant le talent, l’expertise et les bénéfices uniques d’Israël et de ses chercheurs.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...