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Un riche Palestinien demande réparation pour les violences du mandat britannique

Munib al-Masri, ex-politicien et confident de Yasser Arafat, va demander réparation de crimes commis par l'armée britannique contre les Arabes dans les années 1930

Munib Al-Masri à son domicile, Beit Falasteen, surplombant Naplouse, le 8 avril 2014. (Crédit : Suha Halifa/Times of Israel)
Munib Al-Masri à son domicile, Beit Falasteen, surplombant Naplouse, le 8 avril 2014. (Crédit : Suha Halifa/Times of Israel)

Un célèbre homme d’affaires et ex-politicien palestinien va demander réparation au Royaume-Uni pour les crimes de guerre commis contre les Arabes durant le mandat britannique.

Munib al-Masri, l’homme le plus riche de Cisjordanie, devrait soumettre un dossier de quelque 300 pages donnant la preuve de violences commises alors que les Britanniques dirigeaient Israël et ce qui correspond aux territoires palestiniens d’aujourd’hui, entre 1917 et 1948.

Selon la BBC, le dossier donne des détails sur des cas d’assassinats arbitraires, des actes de torture, l’utilisation de boucliers humains ou la démolition d’habitations comme punition collective.

Al-Masri affirme que tout ceci relevait d’une politique officielle de l’armée britannique stationnée dans la région à l’époque.

Il souhaite obtenir une reconnaissance formelle de ces faits par le Royaume-Uni, assortie d’excuses.

L’homme, âgé de 88 ans, était un proche confident de Yasser Arafat et demeure un fervent partisan de la solution à deux États.

Il a été blessé par balle par des soldats britanniques lorsqu’il était enfant, en 1944.

« J’ai vu comment ils harcelaient la population », a confié al-Masri à la BBC. « Nous n’avions aucune protection, personne pour nous défendre. »

Al-Masri devrait présenter son dossier au gouvernement britannique dans les prochaines semaines.

Deux avocats internationaux spécialisés examinent les preuves présentées par al-Masri. Il s’agit de Luis Moreno Ocampo, ex-procureur en chef de la Cour pénale internationale, et de Ben Emmerson, ex-rapporteur spécial de l’ONU.

Emmerson a déclaré à la BBC que les preuves attestaient « des crimes brutaux commis de manière systématique par certains éléments des forces mandataires britanniques à l’encontre de la population palestinienne ».

Le ministère britannique de la Défense a déclaré à la BBC que les preuves seraient « examinées en détail ».

Le dossier évoque notamment le cas, en 1939, d’hommes enfermés par les soldats britanniques dans un enclos ceint de barbelés pendant plusieurs jours, sans eau ni nourriture. Treize personnes seraient mortes de déshydratation.

En 1938, les soldats britanniques auraient fait monter des hommes arabes à bord d’un bus et les auraient forcés à rouler à un endroit où se trouvaient des mines. Selon le dossier, tous les passagers auraient été tués.

Illustration : Des soldats britanniques protégés par leurs boucliers chargent sur une foule d’Arabes lors d’une émeute à Jérusalem en juin 1936. (Crédit : Photo AP)

Ces événements auraient eu lieu au plus fort d’une rébellion arabe contre la domination britannique et l’immigration juive, entre 1936 et 1939.

Cette période fut marquée par des violences et de fortes tensions entre Juifs, Arabes et soldats britanniques, qui luttaient pour garder le contrôle.

Al-Masri a fait fortune dans l’industrie pétrolière et gazière depuis Naplouse.

C’est un ardent défenseur de la solution à deux États, opposé à la violence et attaché à l’unité du peuple palestinien. Il a par exemple tenté de négocier avec le groupe terroriste du Hamas.

Dans les années 1990, il a été ministre du gouvernement de Yasser Arafat, dont il reste un grand admirateur.

Arafat fait l’objet d’un véritable culte chez les Palestiniens alors qu’il est considéré comme un terroriste en Israël.

Dans une tribune publiée par le Times of Israel en 2014, intitulée « Comme Arafat, je reconnais le lien des Juifs à Israël », al-Masri disait de la relation de l’ex-chef de l’OLP avec les Israéliens et le peuple juif qu’elle était « complexe », affirmant être « de tout son cœur » en phase avec l’approche d’Arafat.

En 2012, il accusait Israël de l’échec du processus de paix, affirmant que les Israéliens « voulaient le beurre et l’argent du beurre. Ils n’ont pas l’intention de partager. »

En 2020, al-Masri a intenté une action en justice contre le gouvernement britannique pour la Déclaration Balfour, par laquelle Londres déclarait soutenir, en 1917, le projet d’un foyer national pour le peuple juif.

Les tensions entre le Royaume-Uni et les Palestiniens sont montées d’un cran ces dernières semaines, suite aux propos de la Première ministre britannique, Liz Truss, concernant l’éventualité du transfert de l’ambassade britannique de Tel Aviv à Jérusalem.

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