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Une école de l’Arizona n’a pas mis fin à du harcèlement antisémite – enquête

Le district scolaire de Kyrene n'a pas agi afin de protéger une collégienne juive après que des élèves lui aient fait des saluts nazis et l'aient harcelée sur les réseaux sociaux

L’école secondaire Altadeña dans le district scolaire de Kyrene. (Crédit : Capture d'écran via Google Maps, JTA)
L’école secondaire Altadeña dans le district scolaire de Kyrene. (Crédit : Capture d'écran via Google Maps, JTA)

JTA — Le Bureau des droits civils du Département américain de l’Éducation a rapporté qu’un district scolaire de l’Arizona n’avait pas réagi de manière appropriée à des cas répétés de harcèlement antisémite visant une élève, en violation du titre VI de la loi sur les droits civils.

L’élève, qui était inscrite au collège Altadeña du district scolaire de Kyrene au cours de l’année scolaire 2018-2019, avait signalé au directeur de l’école James Martin, avec des preuves vidéo, qu’elle avait été victime de harcèlement antisémite répété de la part d’au moins neuf autres élèves de l’école et sur les réseaux sociaux pendant cinq mois.

Dans une vidéo, un étudiant porte un fusil en faisant semblant de parler allemand et en imitant un soldat nazi. Dans une autre, plusieurs élèves dans une salle de classe font un salut nazi en disant avec un accent allemand : « C’est la période la plus glorieuse de notre pays. »

À la suite de mois de harcèlement, l’étudiante, qui était inscrite dans des cours de spécialisation, a commencé l’enseignement à domicile. Alors qu’elle est retournée à l’école en présentiel dans un autre district l’année suivante, il a été constaté qu’elle avait pris du retard sur le programme scolaire, et elle a ainsi été placée dans une classe de rattrapage.

L’enquête fédérale, qui a pris fin mardi, a révélé que le directeur « n’avait pas apporté de réponse adéquate, précise et claire au personnel de l’école concernant le harcèlement subi par l’élève », et qu’il n’avait pas correctement informé son personnel de la situation, les laissant pris au dépourvu et non préparés à surveiller ou identifier le harcèlement subi.

James Martin a quitté son poste à l’école secondaire Altadeña à la fin de l’année scolaire 2019-2020 et est maintenant directeur de l’école intermédiaire Centennial, également située dans le district scolaire de Kyrene.

Le Bureau des droits civils a également constaté que le district scolaire n’avait pas réagi au harcèlement et n’avait pris « aucune mesure au sein de l’école pour lutter contre ce harcèlement antisémite, jusqu’à plusieurs mois après avoir confirmé son existence, ce qui a permis à un potentiel environnement hostile de persister dans l’école ».

La seule mesure à l’échelle de l’école visant à lutter spécifiquement contre ce harcèlement antisémite n’a été mise en œuvre que sept mois après que le directeur a appris le harcèlement contre l’élève juif. Mais cette formation n’était destinée qu’au personnel, pas aux étudiants, ce qui, selon le Bureau des droits civils, a permis à un « environnement potentiellement hostile de persister » dans l’école.

Le district scolaire de Kyrene se trouve dans le comté de Maricopa, qui comprend Phoenix, Scottsdale et Tempe. La population juive du comté a augmenté de près de 20 % depuis 2002 et compte aujourd’hui près de
100 000 Juifs. L’antisémitisme en Arizona a augmenté de 155 %, selon un audit d’avril de l’Anti-Defamation League (ADL).

Le district scolaire de Kyrene a écrit dans un communiqué de presse que « des mesures ont été prises au cours de l’année scolaire 2018-2019 afin de traiter la plainte auprès des élèves et du personnel, et les élèves impliqués ont été tenus responsables de leurs actions à l’école ».

Un accord conclu à l’amiable entre le district et le bureau des droits de l’Homme prévoit dorénavant la rédaction d’un communiqué consacré à la lutte contre le harcèlement scolaire qui sera posté sur le site du district et dans des endroits choisis dans les écoles ; un renforcement du signalement des actes de harcèlement et des politiques mises en œuvre dans le contexte des plaintes faisant suite à des harcèlements ; des formations sur la discrimination et sur les enquêtes à mener dans de tels cas de figure en direction des personnels ; des programmes d’information et de sensibilisation auprès des élèves et de nouveaux audits et autres évaluations sur la manière dont le district gère les problèmes de ce type.

Outre les nouvelles exigences dans le district, l’étudiante concernée recevra une indemnisation correspondant au coût des cours de rattrapage et des « services auxquels l’élève a dû recourir dans le cadre du harcèlement antisémite dans le district ».

La surintendante du district, Laura Toenjes, a déclaré dans un communiqué de presse : « En tant que personne de confession juive, j’ai été profondément touchée par cette enquête. Je travaillerai en étroite collaboration avec notre conseil d’administration pour veiller à ce que chaque élève de toute confession, de toute origine et de tous horizons se sente en sécurité, valorisé et respecté dans nos écoles. »

Le district a approuvé en mai sa première politique de diversité, d’équité et d’inclusion.

Ce n’est pas la première fois que le district scolaire de Kyrene fait l’objet d’un examen minutieux. En 2018, le district a publié des données montrant que les étudiants noirs étaient punis plus fréquemment que les autres étudiants.

En 2021, Doug Ducey, gouverneur de l’Arizona, a signé une loi portant sur l’enseignement de la Shoah dans les écoles primaires, secondaires et au lycée, qui impose notamment des cours « au sujet de la Shoah et des autres génocides à au moins deux reprises entre la 5e et la Terminale ». Un texte qui a été parrainé par la représentante de l’État Alma Hernandez, qui est Juive.

Jolie Brislin, directrice régionale de la section Arizona de l’ADL, a déclaré : « Nous nous félicitons de l’enquête et nous sommes heureux que cela ait été pris au sérieux. » Son organisation, qui a déjà travaillé avec le district scolaire sur des programmes anti-préjugés, continuera à dispenser des formations contre l’antisémitisme et les préjugés aux écoles de la région.

Brislin a exprimé sa consternation face à l’idée que cette étudiante ait pu être harcelée pendant des mois sans recours, mais a salué l’engagement de sa famille à tenir le district pour responsable.

« La famille n’a pas permis à cette situation d’être mise sous le tapis », a noté Bislin. « Ces parents ont dit : ‘Nous sommes là, cette rhétorique antisémite est inacceptable et le district scolaire doit nous rendre des comptes pour nous assurer qu’aucun autre élève ne soit confronté à nouveau cette situation ».

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