Une importante école juive américaine s’excuse pour avoir ignoré des abus
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Une importante école juive américaine s’excuse pour avoir ignoré des abus

Dans les années 1970, la direction de Ramaz, à New York, n’a pas alerté les autres établissements quand elle a eu écho d’allégations d’agressions contre un ancien enseignant

L’école Ramaz à New York. (Google Street View via JTA)
L’école Ramaz à New York. (Google Street View via JTA)

L’ancienne équipe éducative de l’école Ramaz de Manhattan n’a pas agi de manière appropriée après avoir reçu des plaintes pour agressions concernant un ancien enseignant dans les années 1970, a expliqué l’école juive.

Quand Stanley Rosenfeld a quitté Ramaz en 1974, la direction a appris qu’il s’était rendu coupable d’inconduite sexuelle avec des enfants alors qu’il travaillait dans une autre école du comté de Westchester, selon un communiqué publié jeudi par un cabinet d’avocats recruté par Ramaz. À l’époque, l’école n’avait pas prévenu les établissements tiers concernant ces allégations.

Alors que l’enquête a révélé « qu’aucune preuve directe n’existait montrant que qui que ce soit chez Ramaz avait connaissance de l’inconduite de Rosenfeld quand il a été embauché ou qu’il était employé chez Ramaz », elle a conclu que la direction aurait pu intervenir quand Rosenfeld a été employé dans un camp d’été juif ou quand il interagissait encore avec « la communauté de Ramaz dans son ensemble ».

Les enquêteurs n’ont pas pu confirmer les allégations selon lesquelles Rosenfeld avait été licencié à la suite d’une mauvaise conduite avec des étudiants de Ramaz.

Les parents d’au moins une victime présumée ont déclaré avoir rencontré le rabbin Haskel Lookstein, qui dirigeait Ramaz à ce moment-là, mais il n’a pas alerté les autorités, selon des témoignages récoltés par les enquêteurs qui ont rédigé le rapport. M. Lookstein a déclaré aux enquêteurs travaillant pour l’école qu’il ne se souvenait pas qu’un parent lui ait parlé de mauvais traitements subis par un élève de Ramaz.

Lookstein est l’un des rabbins orthodoxes modernes les plus importants du pays. Il a affirmé avoir entendu parler des abus commis par Rosenfeld alors que l’éducateur ne travaillait plus à Ramaz – l’une des écoles orthodoxes modernes les plus prestigieuses de la région de New York.

Les victimes présumées de Rosenfeld mentionnées dans le rapport n’étaient pas des étudiants de Ramaz. Ils étaient affiliés à la Westchester Day School, située près de White Plains, à environ 30 kilomètres au nord du campus de Ramaz, dans l’Upper East Side de Manhattan.

Les enquêteurs qui ont rédigé le rapport « ont reçu des informations selon lesquelles Rosenfeld avait abusé sexuellement d’au moins trois garçons » affiliés à la Westchester Day School.

Ramaz et une autre école juive où Rosenfeld avait travaillé dans les années 1970, l’Académie Salanter Akiba Riverdale, située dans le quartier de Riverdale dans le Bronx, ont mené leur enquête suite à des plaintes d’anciens étudiants.

« Nous présentons nos plus sincères excuses aux victimes et à leurs familles et reconnaissons ouvertement que nous avons commis des erreurs », a écrit Philip Wilner, président du conseil d’administration de Ramaz, dans un mail accompagnant le rapport.

Wilner a déclaré que l’école avait aujourd’hui une « politique de tolérance zéro concernant tout comportement inapproprié entre un employé de Ramaz et un étudiant » et qu’elle effectuait des vérifications approfondies sur les employés et les autres adultes qui interagissent avec les étudiants.

En 2001, Rosenfeld avait été reconnu coupable de deux chefs d’accusation après l’agression d’un élève de bar mitzvah de 12 ans alors qu’il était chantre au Temple Am David à Warwick, à Rhode Island. Il avait écopé d’un sursis mais avait fait 18 mois de prison après avoir contrevenu aux règles de sa liberté conditionnelle.

Les allégations détaillées dans le rapport sur Ramaz auraient eu lieu avant les agressions pour lesquelles Rosenfeld a été condamné.

Un journaliste du Forward a découvert que Rosenfeld vit dans une maison de retraite de Providence, à Rhode Island. Il est âgé de 84 ans, a fait savoir le journal cette semaine.

Les agressions présumées des trois garçons de Westchester par Rosenfeld auraient compris « des caresses des organes génitaux et des actes sexuels, notamment des fellations », a fait savoir le rapport sur Ramaz.

Certaines de ces violences seraient survenues alors que Rosenfeld avait accueilli pour la nuit plusieurs jeunes garçons chez lui. D’autres auraient eu lieu au domicile des victimes, où Rosenfeld se trouvait en visite. Les abus contre au moins l’un des trois jeunes garçons auraient continué lorsque Rosenfeld était employé à Ramaz, même si la victime elle-même n’y était pas inscrite.

Rosenfeld a reconnu devant les enquêteurs qu’il touchait régulièrement les enfants d’une manière non-appropriée quand il en avait l’opportunité, notamment à Ramaz, mais pas seulement, ont écrit les enquêteurs.

Il ne s’est toutefois pas souvenu avoir évoqué son attitude avec qui que ce soit au sein de l’administration de Ramaz, pas plus qu’il ne s’est rappelé d’éventuelles plaintes à cette période. Il a également reconnu avoir agressé de jeunes garçons au camp Massad, un camp d’été juif de Pennsylvanie qui a fermé ses portes en 1981 et où Rosenfeld travaillait également. Des nombreux élèves de Ramaz venaient au camp et de nombreux professeurs y étaient employés.

« Il n’y a aucune preuve d’employés de Ramaz ou du camp Massad ou d’un administrateur agissant contre Rosenfeld soit en référant sa conduite aux forces de la loi ou en avertissant les autres écoles d’un risque potentiel de mauvaise conduite », selon le rapport.

Le document a inclus par ailleurs d’autres affaires d’agressions qui auraient été commises par le personnel de Ramaz dans les années 1970 et 1980.

Richard Andron avait enseigné le karaté aux élèves de Ramaz après l’école dans les années 1970.

« Il y a des preuves qui attestent du fait qu’Andron a sexuellement agressé des étudiants de Ramaz » durant la période où il donnait des cours, a dit le rapport. Il aurait « caressé les organes génitaux » des petits garçons lorsqu’ils dormaient chez lui. Adron a refusé de commenter ces affirmations, ont écrit les enquêteurs.

Il ont été « dans l’incapacité de déterminer si les mauvaises conduites d’Andron avec les élèves de Ramaz ont été rapportées à l’administration alors qu’Andron était encore instructeur au sein de l’établissement », ont ajouté les enquêteurs.

Albert Goetz a perdu son travail de professeur à Ramaz en 2005 pour conduite inappropriées avec de jeunes élèves, des filles, dans les années 1976-1987, selon le rapport. Goetz avait photographié les pieds d’au moins 17 d’entre elles. Au début des années 1980, il avait admis avoir entretenu des relations amoureuses et physiques avec deux de ses élèves, a noté le rapport.

Un autre incident impliquant Goetz, au cours duquel il avait photographié des pieds, avait entraîné des plaintes et une évaluation psychiatrique sur l’insistance des professeurs de Ramaz. Goetz avait été autorisé à continuer d’enseigner.

Lookstein, qui était le patron de Goetz, a déclaré aux enquêteurs qu’avec le recul, il reconnaissait qu’il « aurait mieux pu gérer la situation », ont écrit les auteurs du rapport.

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