Une inflammation type COVID traitée par des molécules de kfir chez les souris
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Une inflammation type COVID traitée par des molécules de kfir chez les souris

Selon les chercheurs israéliens, les probiotiques ont des propriétés antibactériennes et ils préviennent les inflammations ; ils pourraient aider à créer les médicaments du futur

Photo d'Illustration: des grains de Kefir, utilisés pour fabriquer la boisson lactée du même nom, au-dessus d'un verre. (Crédit : hitareeSarmkasat via iStock by Getty Images)
Photo d'Illustration: des grains de Kefir, utilisés pour fabriquer la boisson lactée du même nom, au-dessus d'un verre. (Crédit : hitareeSarmkasat via iStock by Getty Images)

Un laboratoire israélien a « soigné » des souris, souffrant d’une réaction immunitaire similaire à celle qui se produit dans les cas graves de coronavirus, en utilisant des molécules de yaourt aux probiotiques.

Le laboratoire a provoqué, chez des dizaines de souris, un orage cytokinique – cette réaction immunitaire qui survient chez les malades atteints par la COVID-19 et qui entraîne les cas graves de coronavirus.

« Nous avons provoqué des orages cytokiniques agressifs chez des dizaines de souris, des orages semblables à ceux qui se manifestent chez les malades de la COVID-19 qui se trouvent dans un état très critique et nous sommes parvenus à guérir 100 % des souris ayant reçu la molécule », fait savoir au Times of Israel le professeur Raz Jelinek, de l’université Ben-Gurion. « Mais toutes les autres souris sont mortes deux ou trois jours après l’apparition de l’orage cytokinique ».

« Parmi celles qui ont bénéficié de la molécule, l’état et les marqueurs cliniques se sont améliorés, retrouvant un niveau normal, et elles ont survécu. S’il devait s’avérer que la molécule peut être donnée aux personnes qui sont dans un état critique et que son effet est le même que chez les souris, alors ce serait une merveilleuse nouvelle », s’exclame-t-il.

Une inflammation dans des poumons humains similaire à celle causée par un orage cytokinique. (Crédit :sompong_tom via iStock by Getty Images)

La recherche sur l’orage cytokinique fait partie d’une série d’expériences menées par Jelinek, Orit Malka, qui passe son doctorat, et leurs collègues, après l’identification de deux molécules dans une boisson au lait fermenté appelée kfir. Ces molécules, selon eux, présentent des bénéfices thérapeutiques majeurs et elles pourraient être utilisés pour fabriquer les médicaments de l’avenir.

« La recherche nous amène à croire que nous pourrions fabriquer des médicaments et des thérapies fondées sur ces molécules qui sont extraites du yaourt », explique-t-il. «  »Ils utiliseront à la fois les qualités anti-inflammatoires de ces molécules, qui combattent l’orage cytokinique, et les qualités antibactériennes que nous avons pu identifier ».

Eran Segal, expert en microbiote, qui a fait part, de son côté, de son scepticisme face à l’enthousiasme populaire exprimé en faveur des probiotiques, estime que cette nouvelle recherche représente une « avancée » permettant d’élever le niveau du débat en fournissant un aperçu scientifique peer-reviewed.

« Le fait que des molécules pertinentes aient été découvertes est complètement plausible et pourrait être important », commente Segal, biologiste informatique au sein de l’Institut Weizmann qui n’a pas participé à cette étude. Il dit prendre très au sérieux l’idée que ces molécules pourraient servir à créer de nouveaux médicaments.

« Cela peut être une source de médicaments dans le futur », déclare-t-il.

Le professeur Raz Jelinek de l’université Ben Gurion. (Autorisation : Université Ben Gurion)

Les probiotiques – issus du yaourt ou sous forme de pilule – sont souvent salués pour leur vertus en termes de santé mais les preuves de ces avantages supposés restent limitées. Il est encore difficile de comprendre la manière dont ils agissent, et des études qui leur ont été consacrées ont, jusqu’à présent, entraîné des résultats cliniques contradictoires.

C’est la raison pour laquelle, il y a quatre ans, le laboratoire de Jelinek a commencé à s’intéresser à la possibilité de prouver les bénéfices particuliers apportés par les probiotiques. Pour ce faire, l’équipe a préparé son propre kfir, s’assurant qu’il présenterait une forte contenance d’une levure particulière de probiotiques, et ils ont ensuite procédé à des analyses moléculaires.

« Après des années de recherche, nous avons réussi à identifier deux molécules qui présentent des qualités thérapeutiques très inhabituelles », raconte Jelinek. « C’est l’un des cas les plus concrets de preuve scientifique attestant de l’existence d’un mécanisme moléculaire grâce auquel les probiotiques ont de bons effets sur la santé. »

Il indique que ses conclusions – et ses espoirs de voir des médicaments utiliser, à l’avenir, des molécules de probiotiques – se limitent actuellement aux molécules qu’il est parvenu à identifier dans son kefir. Il croit néanmoins que ses découvertes viennent confirmer certaines affirmations, qui disaient que les probiotiques ont un effet positif sur la santé.

Certaines expériences menées se sont concentrées sur les qualités anti-inflammatoires des molécules, qui auraient été à l’origine de l’amélioration de l’état de santé des souris en proie à un orage cytokinique, tandis que d’autres ont voulu répondre à la question des capacités antibactériennes des molécules.

Illustration : Une chercheuse examine des bactéries en laboratoire. (Crédit : iStock)

L’aspect qui s’est focalisé sur les bactéries, dans la recherche, vient de faire l’objet d’un article peer-reviewed dans la journal Microbiome, et une branche commerciale de Ben Gurion, BGN Technologies, vient de créer une start-up pour explorer le potentiel de commercialisation des molécules.

« Nous avons découvert qu’il y a un mécanisme antibactérien dans les probiotiques et nous avons pu aussi établir sa manière d’agir, les molécules bloquant les bactéries en les empêchant de communiquer les unes avec les autres. En d’autres mots, elles bloquent une partie essentielle du processus qui permet aux bactéries de devenir virulentes dans le corps humain », dit Jelinek.

« Et c’est important parce que cela offre un nouveau potentiel permettant de lutter contre les bactéries et parce que le mécanisme ne risque pas de rendre une bactérie plus résistante, comme c’est le cas de nombreux autres antibiotiques », ajoute-t-il.

« Si la résistance aux antibiotiques est un problème réel, ces molécules n’attaquent pas directement la bactérie mais elles bloquent la communication entre elles, ce qui signifie que la bactérie ne va pas avoir l’opportunité de développer des mécanismes de résistance », continue Jelinek.

« Ce qui peut s’avérer déterminant pour s’attaquer au problème de la résistance aux antibiotiques », conclut-il.

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