Une Israélienne fait le buzz avec sa « proposition de mariage » à MBS
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Une Israélienne fait le buzz avec sa « proposition de mariage » à MBS

Les usagers des réseaux sociaux et les médias arabes ont largement commenté la blague de Noam Shuster-Eliassi, que certains ont semblé prendre au sérieux

Noam Shuster-Eliassi, 32 ans, s'exprime sur la chaîne arabophone d'i24 News le 13 février 2019 (Capture d'écran :  i24 News)
Noam Shuster-Eliassi, 32 ans, s'exprime sur la chaîne arabophone d'i24 News le 13 février 2019 (Capture d'écran : i24 News)

Une comédienne juive israélienne, qui avait déclaré il y a deux semaines sur le ton de la plaisanterie qu’elle souhaitait épouser le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, s’est dite surprise par les réactions explosives suscitées par ses propos dans le monde arabe.

« Je ne pensais absolument que cela prendrait de telles proportions », a commenté cette semaine Noam Shuster-Eliassi – qui a récemment quitté son travail dans des activités liées à la paix pour la comédie – auprès du Times of Israel, en évoquant ses paroles au sujet du prince saoudien. « Je n’avais jamais vécu quelque chose de cette ampleur ».

La comédienne de 32 ans s’était exprimée devant les caméras de la chaîne arabophone d’i24 News, le 13 janvier, évoquant les difficultés qu’elle rencontre en raison de sa taille et affirmant que « personne n’aime une femme grande et forte ».

Elle avait alors ajouté que tandis que les membres de sa famille lui mettaient la pression pour qu’elle se marie rapidement avec un homme quel qu’il soit, même un non-Juif, elle ne prévoyait pas toutefois de se mettre en quête d’un époux ordinaire, ajoutant en plaisantant qu’elle aimerait épouser le prince ben Salmane, « un homme très grand » dont le pays, avait-elle déclaré, est en train de développer des liens plus chaleureux avec Israël.

« Je ne veux pas me marier à n’importe qui. Je vois grand. Sham, vous savez qui je vois quand je vois les choses en grand ? », avait-elle demandé, s’adressant en arabe à Sham al-Adawi qui l’interviewait. « Il y a le grand président Syrien Bashar el-Assad. Mais – non, non, non – il ne voudra pas. Hum, et MBS [Mohammed ben Salmane]. MBS est un homme très grand et je sais qu’il y a maintenant… des relations plus développées entre l’Arabie saoudite et Israël », avait-elle ajouté, avant de demander au prince saoudien de l’aider à créer un parti politique imaginaire inventé de toutes pièces.

Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman s’exprime devant la conférence des Initiatives futures d’investissement à Ryad, en Arabie saoudite, le 24 octobre 2018 (Crédit : Agence de presse saoudienne via AP, File)

Dans les jours qui ont suivi ses propos sur le prince saoudien, les usagers des réseaux sociaux et certains sites d’information arabes ont évoqué l’intervention, notamment quelques médias qui n’ont pas semblé déceler la plaisanterie.

Howiya Press, un site d’information marocain, a par exemple annoncé le 15 février que Shuster-Eliassi « courtise ben Salmane et souhaite l’épouser ».

Abdelkarim al-Banawi, un usager syrien des réseaux sociaux, a pour sa part écrit le 19 février : « Une militante israélienne demande la main du prince héritier saoudien ! Y aura-t-il une alliance par mariage entre Tel Aviv et Ryad ? »

Après que Faisal al-Qassem, l’une des personnalités médiatiques les plus éminentes du monde arabe, a publié les propos de la jeune femme sur Facebook, ces derniers ont fait le buzz. La chaîne arabe de la BBC en a fait un reportage entier, et la chaîne par satellite Al-Jazeera une longue vidéo.

En comparaison, la presse israélienne a, dans sa grande majorité, ignoré cette boutade sur le prince héritier saoudien et les réactions qui ont suivi.

Selon Shuster-Eliassi, c’est la coïncidence entre la date de diffusion de l’émission et le moment où avait lieu une conférence organisée en Pologne par les Etats-Unis sur le Moyen-Orient à Varsovie, les 13 et 14 février derniers – à laquelle ont participé de hauts responsables israéliens, saoudiens et d’autres pays arabes – qui a entraîné ce torrent de réactions.

« La plaisanterie, c’était que puisque l’Arabie saoudite et Israël organisaient déjà des réunions secrètes, je pouvais lui demander de m’aider que ce soit au niveau de mon célibat ou de la création de mon parti », a-t-elle expliqué. « Cette coïncidence avec la conférence de Varsovie a fait décoller tout le reste. Je pense que le monde arabe s’est saisi de cette cartouche que j’offrais pour parler de ce qui était en train de se passer et des intérêts médiocres qui dirigent la région ».

Au cours des deux dernières années, Israël et un certain nombre de pays arabes, notamment l’Arabie saoudite, semblent avoir développé petit à petit des liens informels plus chaleureux en raison de leur opposition partagée à la politique mise en œuvre par l’Iran au Moyen-Orient. De nombreux observateurs ont considéré la conférence de Varsovie, largement concentrée sur Téhéran, comme l’exemple tangible des relations apparemment croissantes entre l’Etat juif et le monde arabe.

Shuster-Eliassi, fille d’une mère mizrahie et d’un père ashkénaze, a grandi à Neve Shalom, un village arabe et juif situé aux abords de Jérusalem, où elle parlait l’hébreu et l’arabe avec ses voisins.

Malgré ses boutades sur les liens entre Israël et le royaume sunnite, elle a indiqué qu’elle ne soutenait pas la normalisation des relations sans résolution du conflit israélo-palestinien.

« S’ils construisent des liens pour des raisons économiques, de sécurité et autres mais qu’ils ignorent la dure réalité de l’occupation et le prix que nous payons tous pour elle, j’y suis absolument défavorable », a-t-elle dit, faisant référence au contrôle militaire des Palestiniens par Israël.

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