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Une jeune entrepreneuse accusée d’avoir escroqué la plus grande banque américaine

Selon la plainte déposée par JPMorgan, la banque a été piégée lors de l'achat de la start-up de Charlie Javice, 30 ans ; le préjudice serait de 175 millions de dollars

La fondatrice et directrice-générale de Charlie Javice, pendant une interview avec  CBS New York en 2019. (Capture d'écran : YouTube/used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)
La fondatrice et directrice-générale de Charlie Javice, pendant une interview avec CBS New York en 2019. (Capture d'écran : YouTube/used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

La plus grande banque des États-Unis, JPMorgan Chase & Co., accuse Charlie Javice, une jeune entrepreneuse, de l’avoir piégée en l’amenant à racheter sa start-up, créant pour ce faire des millions de clients présumés.

Dans une plainte qui a été déposée le mois dernier par la banque, cette dernière accuse la directrice-générale prometteuse – dont le nom avait été inscrit sur la liste « espoirs de moins de trente ans » de Forbes – d’avoir mis au point une escroquerie élaborée qui a visé à exagérer très largement le nombre de clients de sa start-up de planification financière en direction des étudiants, Frank, que JPMorgan avait rachetée au mois de septembre 2021.

Javice et l’ancien responsable de la croissance et des acquisitions de l’entreprise, Olivier Amar, sont ainsi accusés d’avoir répertorié plus de quatre millions de faux clients et d’avoir trompé l’équipe chargée de l’audit préliminaire en embauchant un professionnel des data pour dissimuler leurs actions avec la création des millions de faux profils sur la plateforme.

« Pour toucher son argent, Javice a décidé de mentir, notamment sur les réussites, la taille et la portée de pénétration sur le marché de Frank », déclare la plainte.

De leur côté, les avocats de Janice ont démenti les accusations lancées à l’encontre de leur cliente et ils ont porté plainte contre JPMorgan qui, selon eux, tenterait d’éviter de verser l’argent dû pour l’achat de l’entreprise.

La jeune femme qui vient d’avoir 30 ans avait fondé Frank en 2016 alors qu’elle n’avait que 24 ans. Avec pour objectif déclaré d’aider les étudiants en université à remplir leurs formulaires d’aide financière, économisant ainsi des milliards de dollars en frais de scolarité, Frank et sa jeune fondatrice avaient retenu l’attention du monde entier.

Mais selon JPMorgan, cette success story aura été excessivement exagérée, voire une escroquerie. La banque a déclaré qu’à la place des 4,25 millions d’étudiants que Frank avait affirmé avoir dans son portefeuille client à la fin de l’année 2021, les services de la start-up n’ont été, en réalité, réclamés que par environ 250 000 seulement.

Selon un article paru dans le New York Times, Javice avait continué à bénéficier d’une couverture positive dans les médias d’information les plus importants et notamment dans Forbes, Fast Company Magazine, Medium et Insider, malgré des signaux d’alerte répétés.

Le département américain de l’Éducation avait remarqué Frank peu après sa fondation. Au tout début de ses activités, la firme offrait une aide financière aux étudiants en université dans le but de faire baisser leurs frais de scolarité par le biais d’un site internet appelé frankfafsa.com.

FAFSA, qui signifie « Free Application for Federal Student Aid » (demande gratuite d’aides fédérales aux étudiants), était une marque commerciale déposée et qui était utilisée par Frank sans autorisation préalable, avait fait savoir le département à ce moment-là. Dans le cadre d’un accord conclu en 2018, Frank avait rendu l’adresse internet au département, prenant une autre adresse alternative.

A peu près à ce moment-là, un cofondateur de Frank, Adi Omesy, avait poursuivi Javice, qui est juive, en justice, en raison d’un détournement de salaire en Israël. Il avait été indemnisé. Ce qui n’avait pas empêché les médias de continuer à s’enthousiasmer pour la cheffe d’entreprise.

En 2018, le Business Insider avait publié un article qui affirmait que « Une fondatrice de 26 ans propose une solution à ce que Bill Gates appelle ‘le barrage inutile’ à l’université – et sa start-up aide les étudiants à réduire leurs frais de scolarité de milliers de dollars ».

Dans cet article, Javice avait expliqué que Frank permettait à ses clients d’économiser, en moyenne, 28 000 dollars sur les frais de scolarité.

Toutefois, dans un article publié par le même journal après la plainte déposée par JPMorgan contre Javice, le Business Insider cite Mark Kantrowitz, expert dans l’aide aux étudiants, qui explique que Frank ne fait finalement que simplifier le processus de remplissage du formulaire FAFSA pour les jeunes candidats.

« Frank n’a rien fait qui serait susceptible d’influencer le montant des aides – les étudiants auraient reçu les mêmes en remplissant seuls les formulaires », déclare Kantrowitz. « Jamais le montant des aides financières n’aurait pu être multiplié par deux, quoi qu’il arrive ».

Il ajoute dans l’article que Frank a livré des chiffres « au hasard » quand l’entreprise a dû présenter les aides touchées par ses utilisateurs.

La relation étroite qui unit Javice et les médias a commencé en 2011, lorsque la jeune femme était apparue dans la liste des 100 Personnes les plus créatives de Fast Company pour son rôle dans une start-up appelée PoverUp.

Établie sous la forme d’une ONG, avait dit Javice, l’objectif de PoverUp était d’offrir des prêts aux entrepreneurs des pays défavorisés pour les aider à sortir de la pauvreté en utilisant de petites contributions offertes par les étudiants.

Mais une enquête de l’Insider n’a trouvé aucune preuve de l’enregistrement de la start-up en tant qu’ONG. Le média a aussi cité un ancien membre du conseil d’administration de l’entreprise qui avait indiqué que la firme n’avait jamais réellement décollé, contredisant Javice qui, en 2013, avait déclaré que sa compagnie avait collecté 300 000 dollars de prêts.

Javice avait rapidement abandonné son idée et elle avait créé Tapd, une firme visant à relier les jeunes et les offres d’emplois via texto.

L’entreprise avait été ultérieurement rebaptisée Frank, suite à des difficultés financières qui avaient obligé Javice à renvoyer toute son équipe. Pourtant, la jeune femme était parvenue à présenter les difficultés traversées comme un moment riche d’enseignement et comme le cadre qui devait finalement faire naître sa success story.

Dans un courriel adressé à un magazine en ligne en 2020 et obtenu par l’Insider, le responsable des relations publiques de Frank avait qualifié de « miraculeux » le parcours suivi par l’entreprise, notant que « la première start-up de Javice avait fermé ses portes après 18 mois » et que cette dernière avait néanmoins réussi « à convaincre les investisseurs de financer son entreprise suivante, Frank ».

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