Une plateforme de streaming israélienne espère devenir le Netflix de la cuisine
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Une plateforme de streaming israélienne espère devenir le Netflix de la cuisine

YesChef propose des cours de cuisine et des documentaires sur les meilleurs chefs du monde

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le chef israélien Erez Komarovsky est l'un des ambassadeurs culinaires au programme de "YesChef", une nouvelle plateforme créée par l'entrepreneur Steve Avery (Autoirsation : YesChef)
Le chef israélien Erez Komarovsky est l'un des ambassadeurs culinaires au programme de "YesChef", une nouvelle plateforme créée par l'entrepreneur Steve Avery (Autoirsation : YesChef)

L’immense comptoir de la cuisine du chef Erez Komarovsky, taillé dans un tronc d’eucalyptus, a connu son lot de séances culinaires intensives.

Il y a eu récemment une vague de pains challah farcis de feuilles d’olivier, de fleurs comestibles, de gousses d’ail entières. Il organise également des ateliers pour ses clients, en préparant du poisson et de la viande frais achetés au marché d’Akko et en utilisant des légumes de saison et des herbes de famille de son vaste jardin biologique.

Mais lors d’un récent dimanche, Erez Komarovsky – connu pour avoir apporté du pain artisanal en Israël grâce à sa chaîne de magasins Lechem Erez et vivant maintenant dans la splendeur galiléenne de Mattat, une petite communauté près de Safed – était invité sur YesChef, une nouvelle plateforme de diffusion vidéo made in Israël qui propose des cours de cuisine et des récits de style documentaire des plus grands talents culinaires du monde.

L’idée, selon le fondateur basé en Israël, Steve Avery, est de créer un Netflix pour la cuisine.

Il ne s’agit pas de « Chef’s Table », « Master Chef » ou « Top Chef ». C’est quelque chose de complètement différent, explique Steve Avery, qui veut capturer l’histoire de chaque chef dans son paysage culinaire et utiliser leurs histoires pour inspirer les cuisiniers amateurs chez eux.

C’est une plateforme qui vous donne envie de prendre la planche à découper et le couteau.

Le dimanche après-midi, Erez Komarovsky a préparé des falafels, du houmous, des Msabbaha, des megbouba et des brochettes d’agneau, sous les yeux de trois caméras et d’une dizaine de producteurs.

Le chef Erez Komarovsky cuisine dans sa cuisine de Mattat pour le tournage de ses émissions sur YesChef (Autorisation : YesChef)

Il se sentait épuisé par les longues journées de tournage, mais il était satisfait des recettes.

« Ce sont toutes des choses que nous faisons tous les jours pour mes ateliers ou dans la restauration », indique-t-il. « C’est une véritable collection de ma cuisine ».

C’est exactement l’idée.

L’émission, qui commencera sa diffusion en streaming chez les abonnés le 1er août, propose une vaste bibliothèque de cours de cuisine donnés par des chefs de renommée mondiale.

Nancy Silverton, chef étoilée de Los Angeles, prépare des aubergines chez elle en Toscane, Edward Lee, lauréat du prix James Beard, partage les secrets du poulet frit de sa maison du Kentucky, et Dario Cecchini, le plus grand boucher italien contemporain, explique ses morceaux de bœuf préférés et comment les préparer.

Le fondateur de YesChef Steve Avery (à gauche), avec la cheffe étoilée Michelin Nancy Silverton (Autorisation : YesChef)

Parmi les futurs chefs participants figurent Sean Brock, Francis Mallmann et Kwame Onwuachi.

Chaque chef partageant près de cinq heures d’histoires et de recettes, YesChef est une plateforme permettant de s’asseoir et de regarder, ou de cuisiner à côté, avec des heures et des heures de contenus à avaler.

Steve Avery, fondateur de YesChef, en compagnie du chef Erez Komarovsky (Autoirsation : YesChef)

« Le monde a besoin d’une source unique, dévouée et de qualité pour une expérience culinaire authentique », commente Steve Avery, tout en mangeant de la moussaka et de la salade hachée avec le reste de l’équipe de production sur le patio extérieur d’Erez Komarovsky. « Nous voulons que les gens sortent du canapé et entrent dans la cuisine pour faire ce que ce chef fait. Nous voulons qu’il soit facile de commencer à cuisiner ».

Chaque contenu de YesChef commence par l’histoire du chef, généralement filmée dans sa ville natale, montrant aux téléspectateurs leur maison, leur cuisine et leur vie quotidienne.

Ensuite viennent 12 cours de cuisine, chacune d’entre elles comprenant un panneau latéral très pratique qui contient chaque recette et la liste des ingrédients nécessaires.

Cet aspect technologique fait partie de la sauce secrète de YesChef, souligne Steve Avery, en insufflant à la plateforme une expérience interactive et immersive. La société a développé une couche de données qui permet aux utilisateurs de commencer par regarder la partie documentaire et de sauter, en entrant et en sortant des cours selon leurs souhaits.

Le chef Erez Komarovsky préparant de la pita pour une émission de YesChef, qui sera lancé le 1er août 2020 (Autoirsation : YesChef)

Le moment est venu de se lancer dans cette aventure, car les cuisiniers amateurs et même ceux qui sont moins enclins à cuisiner s’y sont mis pendant la pandémie de coronavirus, utilisant une partie de leur temps pour expérimenter et tester leurs talents culinaires.

« Notre timing est plutôt bon, mais il n’était pas prévu », assure Steve Avery. « Cela contribuera seulement à nous exposer ».

Erez Komarovsky a été l’un des premiers chefs qu’il a contacté, et bien qu’il n’ait pas prévu de faire un tournage israélien aussi tôt, il était logique d’utiliser le temps passé en Israël en filmant ce dernier dans sa maison de Mattat, où la maison de pierre est entourée de vergers en terrasses, de potagers et de jardins d’herbes aromatiques.

Le chef Erez Komarovsky prépare des laffa dans son jardin de Galilée pour YesChef. (Autorisation : YesChef)

Pour Erez Komarovsky, le menu de YesChef devait inclure les aliments israéliens qui sont maintenant omniprésents dans le monde culinaire, tout en étant simples à préparer.

« J’ai beaucoup réfléchi à mon message », commente-t-il . « Mes recettes me représentaient-elles vraiment, ou bien la cuisine israélienne ? Je ne suis pas un ambassadeur d’Israël, mais je me sens honoré de représenter la cuisine israélienne, étant donné qu’il fut un temps où nous doutions même de son existence. Aujourd’hui, la cuisine israélienne est bien connue et je suis heureux de pouvoir représenter à la caméra ce que nous considérons comme la cuisine israélienne ».

Les chefs participants sont prêts à s’impliquer dans YesChef parce qu’ils font partie de la source de revenus, explique Steve Avery, et cette première équipe est considérée comme les ambassadeurs culinaires du produit.

Cet entrepreneur en série de 43 ans, ancien vendeur de voitures et cuisinier à domicile sérieux qui était entre deux créations d’entreprise lorsque sa mère lui a acheté un Master Class avec le chef britannique Gordon Ramsay, pour son 40e anniversaire. Il a été inspiré, mais l’a regardé depuis son canapé avec un verre de vin.

Canadien de naissance, il s’était installé en Israël dans sa vingtaine avec sa femme née en Israël et, à son arrivée, il a été exposé à la nourriture et à la culture culinaire.

Steve Avery avec la cheffe Nancy Silverton chez elle en Italie (Autorisation : YesChef)

« La nourriture est devenue une grande partie de notre vie », a déclaré Avery. « Nous sommes devenus parents et nous étions plus souvent à la maison. Nous faisions de grands dîners le vendredi soir, nous cultivions un potager et nous regardions la table du chef Anthony Bourdain.

Lorsqu’il a conçu YesChef, il voulait trouver des chefs qui représentent le monde contemporain de la nourriture aujourd’hui, mais avec leurs propres particularités. Les experts culinaires de YesChef partagent les aliments, les techniques et les saveurs qui les représentent le plus, avec des concepts contemporains mais durables.

« Quand Nancy fait une tarte aux aubergines ou aux pommes, son amour va dans ce plat », relate Steve Avery. Idem pour Erez Komarovsky, Edward Lee et le reste des chefs invités.

La plateforme YesChef est soutenue par des fonds de capital-risque internationaux et des investisseurs providentiels, dont Altair Capital, Founders Factory, Guardian Media Ventures, BrightEye Ventures, Harvey Goldsmith CBE et Liat Aaronson. Son flux de revenus proviendra de la redevance annuelle de 180 dollars pour chaque abonnement pouvant être utilisé sur des smartphones, des téléviseurs ou des ordinateurs portables.

« Ma passion m’a permis de rapporter de l’argent », se réjouit l’entrepreneur. « Nos investisseurs comprennent que le monde de l’alimentation est si vaste, et le but est de permettre à chacun de venir et d’apprendre ce qu’il veut, comment il veut ».

Les projets sont d’avoir un nouveau cours tous les 60 à 90 jours au cours de l’année prochaine, puis d’augmenter cela en 2021, confie Steve Avery, ajoutant que YesChef a près de 3 000 abonnés payants pour sa version bêta.

Il espère que YesChef deviendra une marque de consommation de masse, permettant à tout un chacun de venir s’informer sur la nourriture.

« Nous voulons qu’elle soit leur seule source d’éducation culinaire », explique Steve Avery.

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