USA : Des ONG juives luttent contre les Juifs qualifiant Israël d’État apartheid
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USA : Des ONG juives luttent contre les Juifs qualifiant Israël d’État apartheid

Il y a une déconnexion entre les jeunes de diaspora et la réalité en Israël due à une "éducation déficiente" ; Les libéraux soutiennent que les fautes d'Israël sont occultées

Des étudiants manifestent devant le Ziegfeld Ballroom à New York, le 15 avril 2018. (Autorisation : Jewish Voice for Peace via JTA)
Des étudiants manifestent devant le Ziegfeld Ballroom à New York, le 15 avril 2018. (Autorisation : Jewish Voice for Peace via JTA)

WASHINGTON (JTA) – Sharon Nazarian a une théorie sur les raisons pour lesquelles un récent rassemblement à Washington D.C. contre l’antisémitisme a eu tant de mal à toucher un public aussi large que les organisateurs l’avaient prévu.

L’Anti-defamation league (ADL), dont Nazarian est vice-présidente des affaires internationales, a coparrainé « Sans Peur : Un rassemblement en solidarité avec le peuple Juif », aux côtés des plus grandes organisations juives américaines. Mais cette marche n’a attiré que 2 000 personnes dimanche. Par comparaison, un rassemblement similaire en 2002, au plus fort de la deuxième Intifada, avait quant à lui réuni plus de 100 000 personnes.

Nazarian explique que la focalisation historique des organisations traditionnelles sur Israël et sa totémisation sont en train de devenir un handicap et de détourner le public.

« Le narratif sur Israël doit être plus réaliste, il doit [attirer] l’attention sur les forces de l’État et sur ses faiblesses », a déclaré Nazarian, une philanthrope et présidente d’une fondation familiale finançant la recherche sur l’éducation. Elle a ajouté que le rassemblement avait été organisé au dernier moment et dans la chaleur de l’été, quand la pandémie de coronavirus est toujours un facteur d’influence.

Deux jours après le rassemblement, un sondage auprès des Juifs américains a été publié, avec des résultats surprenants : 25 % ont convenu qu’« Israël est un État d’apartheid », 34 % ont convenu que « le traitement d’Israël envers les Palestiniens est similaire au racisme aux États-Unis » et 22 % que « Israël commet un génocide contre les Palestiniens. » Les chiffres grimpent parmi les jeunes : plus d’un tiers des moins de 40 ans ont donné à Israël l’étiquette d’ « État d’apartheid ».

Les chiffres sont frappants étant donné le soutien historique et longtemps inébranlable des Juifs américains pour Israël, même à l’époque des gouvernements de droite, tels que ceux dirigés pendant des années par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, ayant appliqué des politiques qui se heurtent à la majorité de leurs croyances individuelles.

Mais la critique américaine des actions d’Israël à Gaza au cours de multiples conflits militaires durant la dernière décennie – notamment en 2014 et en mai de cette année – n’a cessé de se durcir. Cette année, nous avons été témoin d’un tollé public sans précédent et accentué par le soutien de plusieurs célébrités influentes. Beaucoup se sentent plus à l’aise d’afficher leur accord avec les influenceurs qui qualifient la réponse militaire d’Israël aux roquettes tirées de Gaza de « génocidaire » – même si les experts des droits de l’homme avertissent que le terme est, dans ce cas précis, une exagération.

Des personnes assistent au rassemblement « NO FEAR : Rassemblement en solidarité avec le peuple juif » au Capitole à Washington, le 11 juillet 2021 (Capture d’écran)

« Ce qui nous manque, même chez les organisations centristes, c’est que depuis des années, nous entendons ces étiquettes sensationnalistes, mais que nous ne sommes jusqu’à présent pas engagés sur le sujet, qui restait jusqu’à récemment très marginal, tabou, et que nous pensions qu’il le resterait. », a déclaré Nazarian. « Ce qui s’est passé récemment à la suite du conflit en mai est une véritable intégration de ce langage. »

Un autre facteur apparu au cours de l’année dernière, précisément depuis le meurtre de George Floyd, est la prise de conscience croissante des disparités raciales parmi les Américains. De nombreux critiques d’Israël ont de plus en plus qualifié le conflit israélien d’injustice raciale.

« Nous devons comprendre les éléments constitutifs, le cadre », a déclaré Nazarian. « Et l’amalgame de beaucoup de ce que nous avons vu dans le genre d’activisme anti-raciste post-George Floyd auquel nous avons participé en tant que communauté juive d’Amérique. »

De nombreux orateurs du rassemblement « Sans Peur » ont explicitement associé certaines des critiques les plus sévères d’Israël avec l’antisémitisme, et cela a dissuadé certains groupes d’accepter l’invitation à participer à ce rassemblement, y compris le lobby libéral pro-israélien J Street.

« Plutôt que d’engager un dialogue avec les jeunes et d’essayer de mettre la réalité de la situation en contexte et d’admettre les problèmes, ils ont choisi de les nier et d’attaquer ceux qui les ont soulevés », a déclaré le président de J Street Jeremy Ben-Ami : « Cela a entraîné une polarisation. Plutôt que d’entamer un dialogue avec des gens qui ont des questions et des critiques, ils les repoussent. »

Ceux qui ont participé au rassemblement et ont bien voulu répondre à une demande de commentaires par l’enquête nationale de L’institut Electoral Juif des Électeurs juifs ont réaffirmé leur positions, mettant l’accent sur l’éducation, arguant que la communauté juive devait faire davantage pour éduquer les jeunes au sujet d’Israël – et pour repousser les caractérisations qui, selon eux, provenaient de ses ennemis.

David Harris, directeur exécutif de l’American Jewish Committee. (Autorisation)

« Une des sources principales de déconnexion entre certains segments de la population juive américaine et la réalité d’Israël est une éducation déficiente », a déclaré David Harris, PDG de l’American Jewish Committee (AJC), l’un des sponsors du rassemblement, dans un e-mail.

Harris a souligné qu’un sondage de l’AJC le mois dernier a montré que seulement 37 % des personnes interrogées ont décrit leur éducation en Israël en grandissant comme « forte », et spécifiquement, les données montrent que les jeunes obtiennent de plus en plus leurs informations des médias sociaux « où les contre-vérités sont endémiques ».

« De toute évidence, des efforts accrus pour éduquer les Juifs américains, en particulier les jeunes, sur tous les aspects de la société israélienne, et les mettre en contact avec leurs homologues en Israël, sont essentiels pour assurer une compréhension nuancée d’Israël et renforcer les relations entre Israël et la diaspora », a-t-il déclaré.

Harris a souligné les programmes de l’AJC visant à toucher les Juifs de moins de 40 ans. Tout comme Adam Teitelbaum, directeur exécutif du Réseau d’action israélien de la Fédération juive d’Amérique du Nord (JFNA). La JFNA était également un des sponsors du rassemblement.

« La meilleure façon de lutter contre ce phénomène est d’engager de manière significative et authentique les jeunes Juifs avec des questions telles que ‘que pensez-vous que signifie l’apartheid ?’ ; ‘Quelle est la meilleure voie à suivre ?’ ; et ‘comment Israël peut-il répondre aux véritables problèmes de sécurité tout en luttant pour la paix ?' », a déclaré Teitelbaum. « Les jeunes reconnaissent que la situation en Israël est compliquée. Chez JFNA et à travers le Réseau d’action israélien, nous savons que lorsque les fédérations juives et les éducateurs israéliens abordent les questions des jeunes avec empathie et authenticité, ils s’engagent de manière significative et choisissent de devenir eux-mêmes des acteurs du changement.

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