Varicelle, infections respiratoires et diarrhées se propagent dans les camps de Gaza
Les familles étant entassées dans des tentes, il n'y a pas d'espace pour isoler les malades ; 9 300 cas suspects de varicelle auraient été recensés ce mois-ci par l'UNICEF
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Dans sa tente à Gaza-City, Rouba Saadeh, les jambes couvertes de vésicules, lutte pour ne pas se gratter, touchée par une flambée de varicelle qui se propage dans les camps de déplacés de l’enclave, dans des conditions d’hygiène désastreuses.
Dans l’abri de fortune de la famille, la fillette de huit ans supporte tant bien que mal la chaleur étouffante et les démangeaisons.
« Le médecin nous a dit qu’on devait la laver tous les jours et la maintenir isolée pendant 20 jours », dit à l’AFP sa sœur, Alaa Saadeh, 19 ans.
« Mais comment ? Nous vivons tous sous la même tente ! »
Habituellement bénigne chez l’enfant, la varicelle inquiète les médecins locaux avec lesquels l’AFP s’est entretenue. Dans les camps de déplacés surpeuplés, où l’eau manque, les lésions se surinfectent plus facilement et la maladie devient difficile à contenir, expliquent-ils.
L’UNICEF a indiqué ce mois-ci que près de 9 300 cas suspects de varicelle avaient été recensés dans la bande de Gaza, principalement à Khan Younès, dans le sud.
Promiscuité
« C’est la zone la plus densément peuplée de la bande de Gaza », rappelle Louise Wateridge, porte-parole de l’organisation onusienne.
« Les familles vivent pratiquement les unes sur les autres. »
Dans un dispensaire du Croissant-Rouge palestinien, les enfants se succèdent en silence, l’air grave. L’un après l’autre, ils soulèvent leur tee-shirt pour montrer des centaines de vésicules, parfois rompues et suintantes.
En face, Raed Abdel Karim Abu Sariya, dermatologue, répète inlassablement les mêmes consignes : isoler les malades, nettoyer la peau quotidiennement, éviter de gratter les lésions… Autant de recommandations presque impossibles à appliquer.
« Les personnes atteintes de la varicelle doivent être isolées car la maladie se transmet par voie respiratoire », explique-t-il.
« Imaginez 10, 15, voire 20 personnes vivant dans une petite tente, où peuvent-elles isoler un malade ? »
Alaa Saadeh pense aussi que le grand nombre de cas est lié « à la promiscuité dans les tentes, au fait que nous ne recevons de l’eau qu’une fois par semaine, et qu’elle est salée ».
« Cela fait trois ans que nous vivons la guerre, mon père est au chômage et nous n’avons pas les moyens d’acheter des produits d’hygiène », ajoute la jeune fille.
Symptomatique
« Qu’avons-nous fait pour mériter de vivre comme ça ? », lance sa petite sœur.
« Nous sommes couverts de boutons ! »
« Avant, je prenais une douche tous les jours », raconte-t-elle à l’AFP.
Mais « maintenant, il n’y a plus de savon, plus de shampoing, plus de lessive […] nous vivons dans des tentes et je n’arrive pas à dormir à cause des rats ! »
Les écoles de fortune tournent au ralenti et ne sont ouvertes que dans certains secteurs. Les enfants passent donc souvent leurs journées dans les camps, au milieu d’eaux croupies, et jouent entre des monticules de déchets ou des carcasses de voitures rouillées, le tout sous un soleil de plomb.
Selon les autorités sanitaires de Gaza, contrôlées par le groupe terroriste palestinien Hamas, la propagation de la maladie illustre l’aggravation des problèmes de santé publique auxquels la population déplacée de Gaza est confrontée, où prévenir les infections est presque aussi difficile que de les soigner.
Les organisations humanitaires internationales alertent d’ailleurs régulièrement sur le manque dramatique de fournitures médicales.
« La varicelle n’est qu’une partie du problème, il y a aussi les infections respiratoires, les diarrhées aqueuses… Plus de la moitié des foyers signalent désormais des maladies de peau, des puces, des poux ou encore la gale », abonde Wateridge dans un entretien avec l’AFP.
« Le nombre d’enfants nécessitant une hospitalisation augmente, alors même que le système de santé de Gaza est au bord de l’effondrement », constate-t-elle.
Le système de santé de l’enclave a subi de graves dégâts au cours des deux années de guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien le 7 octobre 2023.
De plus, l’armée israélienne a mené des frappes contre plusieurs établissements médicaux utilisés par le Hamas à des fins terroristes.
Le droit international interdit en principe de prendre pour cible des hôpitaux en temps de guerre, mais cette protection peut être levée s’ils sont utilisés à des fins militaires.
Selon l’ONG Monitor, les documents du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité du Hamas, datant de 2020 et rendus publics en septembre, révèlent la stratégie délibérée du groupe terroriste qui consiste à « intégrer son infrastructure militaire, ses terroristes et ses dirigeants dans les hôpitaux et les installations médicales de Gaza », « violant ainsi le droit international et mettant en danger la vie des civils ».
« Qu’il s’agisse de la varicelle ou de n’importe laquelle de ces maladies, elles ne disparaîtront pas tant que les causes profondes de la situation ne seront pas traitées », estime Wateridge, appelant par ailleurs à autoriser davantage de médicaments à entrer dans la bande de Gaza.
« Il faut que les gens aient un endroit où vivre, pour ne pas être obligés de dormir par terre, ni parmi ces rongeurs. »
Au début du mois, le coordinateur spécial adjoint des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramiz Alakbarov, a fermement accusé le Hamas d’entraver les livraisons humanitaires à Gaza et d’intimider les travailleurs humanitaires, rendant ainsi les opérations de secours de plus en plus dangereuses.
Tout au long de la guerre à Gaza, Israël avait aussi signalé que le Hamas détourne l’aide humanitaire au profit de ses terroristes ou pour la revendre afin de financer ses activités terroristes.
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