Rechercher
Le racisme juif est aussi regrettable que tout autre racisme

Vifs échanges entre Ben Gvir et l’ADL sur le dernier rapport de l’association

Publié chaque année en amont de Yom HaShoah, l'avant-propos du document a comparé le ministre d'extrême-droite de la Sécurité nationale aux fascistes européens

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir arrivant pour une réunion du cabinet au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 avril 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir arrivant pour une réunion du cabinet au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 avril 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)

Un rapport sur l’antisémitisme coécrit par la Ligue anti-diffamation (ADL) et l’université de Tel-Aviv (TAU) a déclenché un échange acerbe entre l’organisation américaine et le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Le ministre, un extrémiste de droite, a accusé l’ADL de politiser la lutte contre l’antisémitisme et la Shoah après une comparaison implicite entre Ben Gvir et les fascistes européens dans le dernier rapport de l’association.

Le porte-parole de Ben Gvir a déclaré au Times of Israel que l’ADL abusait de la mémoire « sacro-sainte » de la Shoah et de la lutte contre l’antisémitisme pour procéder à des règlements de compte partisans.

Le rapport mondial sur l’antisémitisme de 2022 a donné un aperçu des tendances antisémites qui ont distingué l’année 2021. C’est la première fois que l’ADL, un organisme de surveillance antiraciste basé à New York qui se focalise sur l’antisémitisme aux États-Unis et dans le monde, a coopéré avec le Centre d’étude du judaïsme européen contemporain de l’université de Tel-Aviv pour rédiger son rapport annuel.

Publié lundi, à la veille de la journée israélienne de commémoration de la Shoah, le rapport fait état d’une forte augmentation, en 2022, du nombre d’incidents antisémites aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux, ainsi que d’une baisse dans plusieurs autres pays, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. L’étude révèle également que les Juifs haredim sont les principales victimes d’agressions antisémites en Occident.

Les accusations échangées suite à la publication du rapport sont intervenues alors que le fossé entre les Juifs de gauche et de droite, en Israël et ailleurs, s’est creusé sur des questions essentielles liées à l’avenir de l’État juif, notamment en ce qui concerne l’indépendance de son système judiciaire. Une hargne qui souligne le rétrécissement des terrains d’entente, y-compris sur des questions qui ont longtemps été considérées comme transcendant la politique, telles que la lutte contre l’antisémitisme et la mémoire des victimes de la Shoah.

Fait inhabituel, l’avant-propos du rapport contenait une comparaison à peine voilée entre Ben Gvir, chef du parti ultranationaliste Otzma Yehudit, et les « fascistes » européens.

« Cette année, les anciens disciples de feu le rabbin raciste Meir Kahane, qui a introduit une législation de type nazi à la Knesset, ont fait leur entrée au gouvernement », est-il ainsi écrit dans le rapport.

Le député Meir Kahane, au centre avec la barbe, vote à la Knesset à Jérusalem, le 13 août 1984. (Crédit : Anat Givon/AP)

« Nous avions écrit, dans un rapport précédent, que les gouvernements israéliens ont toujours fait preuve de réserve dans leurs engagements avec les partis européens de tendance fasciste et qu’il est légitime de s’attendre à ce que les partis politiques israéliens affichant les mêmes tendances soient traités différemment par les autres gouvernements. Depuis, les membres du parti Otzma Yehudit polluent le discours public israélien avec des expressions racistes qui font froid dans le dos et qui auraient conduit à l’arrêt immédiat de leur carrière politique dans d’autres démocraties ».

« Il faut se rendre à l’évidence : Le racisme reste le racisme, et le racisme juif est aussi déplorable que toute autre forme de racisme, et ne devrait jamais être excusé ou toléré », a précisé le rapport.

Ben Gvir, qui dirige Otzma Yehudit, ou Force juive, est un admirateur de feu Kahane, qui avait préconisé le transfert des Arabes d’Israël hors du pays, même si Ben Gvir affirme depuis quelques années qu’il n’est plus favorable à une telle mesure. Ancien militant du mouvement Kach de Kahane – qui avait été interdit pour terrorisme en Israël et aux États-Unis – Ben Gvir avait été condamné pour incitation au racisme en 2007 pour avoir tenu une pancarte lors d’une manifestation sur laquelle était écrit : « Expulsez l’ennemi arabe ». Ben Gvir a depuis déclaré qu’il cherchait à expulser « uniquement » les citoyens arabes israéliens qu’il jugeait « déloyaux » à Israël.

Le PDG de l’Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, s’exprimant lors d’une conférence de presse annonçant « l’Alliance juive pour la sécurité » au laboratoire de recherche de l’ADL. Derrière lui, Scott Richman, directeur régional du bureau de l’ADL à New York et dans le New Jersey, Evan Bernstein, directeur général de la CSS, et Mitch Silber, directeur exécutif de la CSI. (Crédit : Jacob Henry via JTA)

Yishai Fleisher, porte-parole de Ben Gvir, a répondu aux critiques de l’ADL en déclarant que sous la direction de Jonathan Greenblatt, un ancien collaborateur de Barack Obama quand ce dernier était président des États-Unis, l’ADL « utilise depuis longtemps l’influence qui lui reste pour attaquer le nationalisme juif ou, en d’autres termes, pour attaquer l’électeur israélien au lieu de combattre le véritable ennemi du peuple juif et d’Israël, à savoir l’axe progressiste-djihadiste ».

« Il y a des choses qui devraient être tenues à l’écart de la mêlée politique – l’armée israélienne en est une et la Shoah en est une autre », a ajouté Fleisher, en utilisant le mot de la langue hébraïque pour désigner le génocide juif. « Cette dernière est sacro-sainte et ne doit pas être utilisée cyniquement pour semer la haine et opposer les juifs les uns aux autres ».

L’ADL n’avait pas répondu à une demande de commentaire sur les déclarations du bureau de Ben Gvir au moment de la rédaction de cet article.

Abdulla Almasmari, également connu sous le nom de YouTuber Dulla Mulla, à gauche, interviewant des hommes orthodoxes à Brooklyn sur le conflit israélo-palestinien. (Crédit : YouTube)

Le rapport 2022 ne propose pas de ventilation statistique des victimes de crimes de haine antisémites en fonction de leur appartenance religieuse et de leur niveau de pratique, mais il contient des éléments et des anecdotes qui montrent que les Juifs haredim et les individus clairement identifiables comme Juifs sont plus susceptibles d’être ciblés.

Les Juifs haredim sont les principales victimes d’agressions physiques antisémites en dehors d’Israël, non seulement parce qu’ils sont facilement identifiables en tant que Juifs, mais aussi parce qu’ils sont perçus comme vulnérables et peu susceptibles de riposter, indique le rapport.

Le rapport s’appuie sur des données publiées le mois dernier par l’ADL, qui a enregistré 3 697 incidents antisémites aux États-Unis en 2022, soit le chiffre le plus élevé jamais atteint depuis que l’ADL a commencé à collecter des données sur ce type d’incident en 1979. L’année précédente avait également été une année record avec 2 717 incidents enregistrés.

La diffusion de ce que l’ADL appelle « la propagande antisémite des suprémacistes blancs » aux États-Unis a presque triplé en 2022 par rapport à 2021, atteignant un total de 852 incidents.

Des membres de l’Union des étudiants juifs d’Europe (EUJS) se tenant devant le Bundestag, le Parlement allemand, alors qu’ils annoncent une action en justice contre Twitter pour antisémitisme sur la plate-forme, le 25 janvier 2023. (Crédit :  EUJS via JTA)

Le rapport a également noté la diminution des crimes de haine antisémites en Allemagne, passant de 3 028 incidents de ce type en 2021 à 2 649 l’année dernière. En France, 436 incidents ont été documentés contre 589 en 2021.

« Pour lutter plus efficacement contre les agressions physiques antisémites, les gouvernements et les forces de l’ordre doivent garantir que même les incidents dits mineurs à motivation raciale, tels que les jets d’œufs ou les crachats sur les Juifs, auront des conséquences sévères », préconisent les auteurs du rapport 2022.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : [email protected]
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à [email protected].
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.