Virus : Un expert accuse les élus israéliens d’ignorer les avis scientifiques
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Virus : Un expert accuse les élus israéliens d’ignorer les avis scientifiques

Selon l'éminent universitaire, la plupart des politiques ont pris leur décision sur les mesures à suivre, bien avant les débats

Illustration : Une réunion de la commission de la Knesset, le 14 octobre 2020. (Shmulik Grossman/ Knesset)
Illustration : Une réunion de la commission de la Knesset, le 14 octobre 2020. (Shmulik Grossman/ Knesset)

Les décideurs israéliens n’écoutent pas les avis des experts sur la crise sanitaire, fustige un expert, accusant les députés d’utiliser les recommandations des professionnels uniquement pour étayer leurs propres positions déjà préconçues.

« Il est déprimant de constater que ce sont ces personnes qui vous gouvernent », a déclaré l’expert en santé, qui s’est entretenu avec le Times of Israel dimanche sous le couvert de l’anonymat. « Ils nous donnent le sentiment de nous faire perdre notre temps. »

Cet universitaire respecté, qui a participé à plusieurs sessions à la Knesset, estime que de nombreux députés ne prêtent attention que si ses propos soutiennent leur position politique, qui a souvent plus à voir avec la politique qu’avec la santé.

« Ils ne veulent pas vraiment savoir ce que vous avez à dire, dans de nombreux cas », a-t-il dit avec amertume. « Ils savent déjà, grâce au chef de leur parti, qu’il faut faire pression pour ceci ou cela. »

Ses commentaires font suite à un document publié par le centre d’information sur le coronavirus du renseignement militaire, dans lequel un auteur non identifié exhorte les députés et les fonctionnaires du ministère de la Santé à adopter une approche plus lente pour lever le dernier confinement national.

Le document, intitulé « Un moment avant la sortie du confinement – alternatives et conséquences », et qualifié d’ “opinion personnelle”, fait craindre qu’en dépit des avertissements, Israël répète l’erreur qu’il a commise après le premier confinement au printemps et, tout en ignorant les conseils des experts, mette fin trop rapidement à diverses restrictions.

L’auteur a écrit vendredi, deux jours avant que le confinement ne soit assoupli, que la trajectoire actuelle entraînera 5 000 décès au cours des six prochains mois. Il a également prédit qu’elle entraînerait un nouveau confinement et qu’elle aurait un impact « très lourd » sur l’économie et sur la confiance de la population.

Un employé de la « Hevra Kadisha », la société officielle israélienne d’inhumation des juifs, prépare les corps dans une morgue spéciale pour les victimes de la COVID-19 à Holon, près de Tel Aviv, le 12 octobre 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Le document affirme que la pression pour une réouverture rapide provient d’un point de vue « très dangereux » selon lequel « celui qui parvient à ouvrir tôt gagne, et celui qui attend patiemment perd ».

L’expert interviewé par le Times of Israel, qui a parlé de ses échanges avec les politiciens, a décrit les symptômes inquiétants d’un processus décisionnel qui laisse la politique prendre le pas sur les avis scientifiques.

Israël est en train de sortir de son deuxième confinement contre le coronavirus, en ouvrant des écoles maternelles et de nombreuses entreprises dans le cadre d’un programme échelonné.

Alors que les écoles maternelles situées dans des zones hautement contaminées, étiquetées villes rouges, étaient censées rester fermées, les ministres ont voté pour les autoriser à ouvrir quand même, dans un mouvement largement considéré comme le résultat de la pression exercée par les politiciens ultra-orthodoxes.

La grande majorité des habitants des villes rouges sont ultra-orthodoxes.

Des garçons jouent dans une école de Beitar Illit qui a ouvert ses portes en violation des règles du coronavirus, le 18 octobre 2020. (Capture d’écran : Twitter)

Parallèlement, de nombreuses écoles de garçons pour les enfants plus âgés ont également ouvert en violation des règles – la police ne déployant pas beaucoup d’efforts pour tenter de les faire respecter.

« L’idée d’ouvrir des garderies dans les zones rouges actuellement est politique ; l’idée de ne pas avoir de confinement en août était politique ; et c’est politique d’avoir un responsable de la lutte contre le coronavirus qui a une armée d’experts qui ne l’écoute pas en ce qui concerne son système de feux de circulation, et qui le fait parfois passer pour un bouc émissaire », a-t-il dit en se référant au rejet du plan de « feux de circulation » de Ronni Gamzu il y a plusieurs semaines. Au lieu de cela, les autorités ont voté la mise en place d’un confinement à l’échelle nationale.

Le chargé de la lutte contre le coronavirus Ronni Gamzu à une réunion de la commission du travail et des affaires sociales, à Jérusalem, le 19 octobre 2020. (Crédit : Shmulik Grossman/Knesset)

Dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté l’idée selon laquelle des considérations politiques aient joué un quelconque rôle dans l’élaboration du plan de sortie du confinement national, affirmant plutôt que la voie de la réouverture reposait uniquement sur les conseils des experts et des responsables de la santé. « Nous n’avons pas accepté de modifier le plan soumis par les experts [de la santé] », a-t-il déclaré au début de la réunion hebdomadaire du cabinet.

Le chercheur a déclaré que les esprits sont si fermés dans les discussions de la Knesset que, d’après son expérience, « dans un forum de 10 députés, vous pouvez avoir une discussion sérieuse avec trois d’entre eux, mais la majorité sont juste là pour exprimer leur position, et savent déjà à l’avance ce qu’ils vont dire, indépendamment de ce que vous dites en tant qu’expert. »

« Si ce que vous avez à dire ne correspond pas à leur point de vue politique, ils n’écouteront tout simplement pas », a-t-il dit.

« Récemment, ceux du Likud ont fait pression pour le confinement et les députés de Kakhol lavan ont fait pression pour que des entreprises ouvrent », a-t-il déclaré. « Et les experts peuvent avoir le sentiment que quoi que vous disiez, vous serez attaqués pour ne pas avoir soutenu l’un ou l’autre. »

Les rapports sur la session du cabinet Corona, qui s’est déroulée jeudi et à laquelle l’universitaire souligne qu’il n’a pas assisté, ont été particulièrement « choquants ». Au cours de cette réunion, les ministres ont en effet voté pour commencer à assouplir le bouclage. Parmi les mesures rejetées figure un projet du ministre de l’Intérieur Aryeh Deri visant à autoriser les mariages de 200 personnes maximum.

Un couple célèbre son mariage dans un parc public de l’implantation d’Efrat, le 15 mars 2020. (Gershon Elinson/Flash90)

De nombreux experts ont dit aux politiciens que les grands mariages sont susceptibles d’être des événements à grande échelle qui déclenchent de nombreuses chaînes d’infection. Deri se serait senti tellement lésé par le rejet qu’il a voté pour le maintien du confinement et a quitté la réunion Zoom sous le coup de la colère.

« Le fait que vous demandiez cela, que cela arrive ou non, montre que vous n’écoutez pas et que vous ne comprenez pas la gravité de la situation », a alors déclaré le chercheur.

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