Vivre à Oswiecim, une ville à l’ombre d’Auschwitz
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Vivre à Oswiecim, une ville à l’ombre d’Auschwitz

Les habitants savant bien que leur ville sera toujours associée à la Shoah, comme Hiroshima l'est à la première bombe atomique

Vebeke, le négationniste flamand nie l’utilisation des chambres à gaz d'Auschwitz pour l'extermination des juifs. Ici, l'inscription allemande tristement célèbre : "Le travail rend libre" à la porte principale du camp d'extermination d'Auschwitz I, le 15 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne. (Christopher Furlong/Getty Images via JTA/File)
Vebeke, le négationniste flamand nie l’utilisation des chambres à gaz d'Auschwitz pour l'extermination des juifs. Ici, l'inscription allemande tristement célèbre : "Le travail rend libre" à la porte principale du camp d'extermination d'Auschwitz I, le 15 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne. (Christopher Furlong/Getty Images via JTA/File)

Seuls les rails et les barbelés séparent le site de l’ancien camp allemand d’Auschwitz-Birkenau de la ville d’Oswiecim. Ses 40 000 habitants polonais cherchent à vivre une vie « normale », malgré ce voisinage lourd d’histoire.

« Les visiteurs pensent que, même trois générations après, nous devrions être en deuil 24 heures sur 24, sept jours sur sept », dit Dawid Karlik, étudiant en langues sorti d’une école supérieure située à 200 mètres de l’entrée du camp ornée de l’inscription « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre).

C’est par cette porte que des centaines de milliers de déportés d’Europe, en grande majorité des Juifs, mais aussi Polonais, Roms et soldats soviétiques sont passés avant d’être exterminés dans les chambres à gaz. Ou tués par le travail inhumain, la faim, les maladies, les expériences médicales.

« Oui, on connaît l’histoire. Le bâtiment de notre école a servi d’hôtel aux femmes SS », ajoute Dawid. « Mais aujourd’hui, c’est notre école ».

« Pendant la guerre, les Allemands ont érigé ici le plus grand camp de la mort. Nous, les habitants d’Oswiecim, nous n’y sommes pour rien. On s’en souvient et on doit y vivre normalement avec ce passé difficile », ajoute Anna Duda, étudiante en gestion.

Dawid travaille déjà à la librairie du musée et veut devenir guide. Sa ville vit à côté du musée et dans son ombre. Voire grâce à lui. Cette année encore un record a été battu avec 2,3 millions de visiteurs.

Mais ces derniers ne font q’un aller-retour rapide depuis Cracovie et séjournent rarement à Oswiecim qui a 800 ans d’histoire. Les hôtels restent vides. On a l’impression que les touristes fuient la ville et son passé.

Presque tout l’évoque. La moitié des noms des rues ont un lien avec le camp. A l’angle de la rue des Déportés et du Camp, une fosse commune abrite les restes de 700 prisonniers. Partout, des plaques commémoratives rappellent les victimes du nazisme.

Comme celle installée sur un immeuble jouxtant le camp, en hommage aux premiers déportés polonais fusillés le 22 novembre 1940, encore avant que le camp devienne la plus grande usine de la mort du XXe siècle. « Les habitants d’ici gardent la flamme toujours allumée », explique Jerzy Tobiasz, un mineur à la retraite.

« Au moins on a la chance d’accueillir chefs d’État et têtes couronnées du monde entier. J’ai de mes yeux vu le chancelier allemand Helmut Kohl. Et le pape François », dit-il. Ce vendredi, c’est la chancelière allemande Angela Merkel qui y est attendue, pour la première fois.

La chancelière allemande Angela Merkel prononce un discours lors d’une séance plénière du Bundestag, le 12 septembre 2018. (AP Photo/Markus Schreiber)

Les habitants savant bien que leur ville sera toujours associée à la Shoah, comme Hiroshima l’est à la première bombe atomique.

Pour tenter de briser cette image, un journaliste d’Oswiecim, Dariusz Maciborek,a lancé le « Life festival Oswiecim ». Des stars du rock, Santana ou Sting, sont venues chanter pour la paix dans le monde devant des milliers de personnes réunies dans un stade. Faute de financement, la dixième édition a dû être annulée cette année.

La zone du camp s’étendait sur 42 kilomètres carrés. Pour construire les baraquements et les fours crématoires, les nazis ont fait partir les habitants de huit villages. Outre Auschwitz I et Birkenau II, il y avait plusieurs camps auxiliaires. Les prisonniers travaillaient dans des usines affiliées.

Créé après la guerre à l’initiative des prisonniers, le musée s’étend à peine sur 200 hectares (2 km2) et pourtant il choque par son étendue.

Un four crématorium au musée d’Auschwitz, le 28 janvier 2015. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Forcément, de nombreux bâtiments du camp se trouvent en dehors du musée.

Dagmar Kopijasz et la trentaine de bénévoles de la Fondation lieux de mémoire auxiliaires d’Auschwitz-Birkenau (FPMP) ont une seule idée fixe : tout sauver de l’oubli.

Vaisselle SS

Au début, ces jeunes habitants des alentours visitaient les ferrailleurs locaux à la recherche d’outils de travail du camp ou collectaient de la vaisselle SS et de petits meubles dans les greniers.

Active depuis sept ans, leur fondation a pu obtenir des aides et cette année ils terminent la réhabilitation de l’immense cantine des SS, près du camp. En février, la commune d’Oswiecim leur a confié la réhabilitation de deux vastes bâtiments en ruine : un dépôt de pommes de terre (Kartoffellagerhalle) et un dépôt de choux (Krautsilo), près de Birkenau.

« Il faut les sauver à tout prix. Les visiteurs pourront mieux comprendre la vie du camp », espère Kopijasz qui rêve d’en faire des mini-musées ou des salles de conférence.

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