« Vous êtes juif ? » : un otage des frères Kouachi raconte ses échanges avec les terroristes
Michel Catalano, directeur de l'imprimerie où les djihadistes se sont retranchés avant de donner l'assaut final contre les forces de l'ordre, a déclaré : "J'ai accepté tout de suite que j'allais mourir"

Dix ans après les attentats de Paris, qui ont coûté la vie à douze personnes au siège de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, à une policière à Montrouge et à 4 Juifs à l’HyperCacher de Vincennes, Michel Catalano, qui avait été pris en otage par les frères Chérif et Saïd Kouachi dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële le 9 janvier, est revenu au micro d’Europe 1 sur cette journée qui a vu la France retenir son souffle.
Ce 9 janvier 2015, les deux frères Kouachi, qui avaient fui Paris après la tuerie menée dans les bureaux du journal satirique, se sont réfugiés dans une imprimerie de Seine-et-Marne, prenant en otage Michel Catalano qui se trouvait sur le site. Au même moment, le terroriste Amedy Coulibaly avait pris en otages des clients et le personnel de l’HyperCacher de Vincennes, tuant quatre personnes juives – Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab – avant d’être abattu par les forces de l’ordre.
« Mon corps physiquement, je me souviens de cet événement, et je suis encore bouleversé comme je l’étais à l’époque », a déclaré Michel Catalano. « Pour moi, c’est extrêmement présent encore. »
« Quand on sonne, on s’attend à avoir un commercial qui venait nous vendre des machines […] et évidemment, on ouvre sans demander qui est là parce qu’il est toujours à l’heure », a-t-il dit pour expliquer comment Chérif et Saïd Kouachi se sont retrouvés à l’intérieur de son imprimerie.
Sur place, Michel Catalano est avec un collaborateur qui est parvenu à se cacher à temps dans un coin de l’usine. L’homme ment aux frères Kouachi en leur affirmant qu’il est seul.
« Je n’ai pas cessé de les regarder dans les yeux, de regarder un peu comment leur émotion évoluait tout au long de notre conversation », a poursuivi Michel Catalano. À un moment, « ils m’ont dit ‘vous êtes juif ?’ en me pointant la Kalachnikov avec le doigt sur la gâchette ». « Là, c’est un moment très difficile », a-t-il précisé.
Sur le moment, Michel Catalano a affirmé ne pas avoir « eu peur ». « J’ai accepté tout de suite que j’allais mourir et ça m’a permis d’avoir un calme que j’ai mis du temps à comprendre ».
Après l’arrivée des forces de l’ordre, il demande à ses ravisseurs de le laisser partir, ce que les frères Kouachi finissent par accepter. « Je savais que ça allait être un moment très difficile pour moi. Il ne fallait pas que je reste au milieu […] J’étais persuadé qu’ils [les frères Kouachi] allaient sortir parce qu’ils n’avaient qu’une hâte, c’est d’en découdre. »
D’ailleurs, a-t-il dit, les terroristes lui avaient confié « on est là pour en finir, on veut mourir en tuant un maximum de gens ».
Michel Catalano publie ce mois de janvier son témoignage, « L’imprimeur de Dammartin », aux éditions du Cherche Midi. Sur Europe 1, il a déclaré avoir voulu écrire un livre « parce qu’il y a le traumatisme de la journée qui était violent, qui m’a donné le syndrome post-traumatique, mais l’après a été extrêmement difficile à vivre pour moi et pour ma famille ».
« On m’a beaucoup promis. Ça a été long, ça a été difficile […] Je racontais ça parce que je voulais la vérité. C’est pour ça que j’ai pas écrit mon livre tout de suite après. Je voulais qu’on comprenne le cheminement […] Aujourd’hui, je vais mieux », a conclu Michel Catalano.
#CeJourLà, il y a 10 ans, furent tuées les premières victimes des attentats terroristes islamistes, les journalistes et dessinateurs de #CharlieHebdo, avant les policiers en service et les clients juifs de l'#HyperCacher.
????️#Hommage aux 17 victimes assassinées et aux blessés. pic.twitter.com/o0HWObFjYk
— Fondation pour la Mémoire de la Shoah (@Fondation_Shoah) January 7, 2025







