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Washington et l’UE inquiets de la tentative présumée d’évincer Dani Dayan

Deborah Lipstadt souligne le "professionnalisme et l'indépendance" de l'institution ; Netanyahu et son épouse ont nié chercher à remplacer le président de Yad Vashem par un allié

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Deborah Lipstadt, envoyée américaine pour la lutte contre l'antisémitisme, assistant au gala 2023 TIME100 au Jazz at Lincoln Center, à New York, le 26 avril 2023. (Crédit : Dimitrios Kambouris/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP/Dossier)
Deborah Lipstadt, envoyée américaine pour la lutte contre l'antisémitisme, assistant au gala 2023 TIME100 au Jazz at Lincoln Center, à New York, le 26 avril 2023. (Crédit : Dimitrios Kambouris/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP/Dossier)

L’Administration Biden a réaffirmé dimanche son soutien au président de Yad Vashem, Dani Dayan, en réitérant sa suggestion selon laquelle le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu essayait de politiser le mémorial de la Shoah en évinçant son chef.

« Mes recherches et mes activités de plaidoyer sur la Shoah remontent aux années 1980 ; j’apprécie depuis longtemps le travail d’institutions telles que Yad Vashem. Les recherches minutieuses et inestimables de Yad Vashem sur la Shoah sont en grande partie dues à son professionnalisme et à son indépendance », a écrit Deborah Lipstadt, envoyée américaine chargée de la lutte contre l’antisémitisme, sur X – anciennement Twitter.

Quelques heures plus tôt, l’envoyée spéciale des États-Unis pour les questions relatives à la Shoah, Ellen Germain, avait également écrit sur X. « Les États-Unis apprécient le travail crucial de Yad Vashem et le leadership de son directeur ; nous travaillons ensemble sur l’éducation, la mémoire et la recherche sur la Shoah. Le maintien de l’indépendance de ces institutions dans le monde entier est essentiel face aux efforts déployés pour déformer ou nier les faits de la Shoah. »

Ces messages sont des exemples assez rares de fonctionnaires américains qui interviennent sur une question interne à Israël, ce qui montre l’ampleur de l’inquiétude de Washington face à ce qu’il considère comme une tentative d’affaiblir l’indépendance de Yad Vashem.

Les États-Unis comptent depuis longtemps sur l’institution comme alliée dans la lutte contre l’antisémitisme.

La rhétorique utilisée par les deux fonctionnaires de l’Administration Biden semble même refléter les messages utilisés pour critiquer le bilan de pays comme la Hongrie et la Pologne qui ont été accusés de présenter une version altérée de leurs rôles respectifs dans la Shoah.

Dani Dayan, dans la salle des noms, à Yad Vashem. (Crédit : Alex Kolomoisky)

Dimanche, la coordinatrice de l’Union européenne pour la lutte contre l’antisémitisme, Katharina von Schnurbein, a également exprimé son soutien à ce « partenaire clé » de la recherche sur la Shoah.

« Son expertise et l’indépendance de sa direction sont essentielles en ces temps de distorsion de la Shoah et de tentatives de politiser la mémoire de la Shoah », a-t-elle écrit sur X.

Selon un reportage de la Douzième chaîne, le ministre de l’Éducation Yoav Kisch (Likud) cherche à démettre Dayan de ses fonctions depuis plusieurs mois et lui a finalement envoyé une lettre l’accusant de mauvaise gestion du musée de la mémoire de la Shoah. Kisch a confirmé l’existence de la lettre à la chaîne.

Le reportage a également lié la démarche de Kisch au fait que le mémorial a accueilli, le jour de la commémoration de la Shoah, la chanteuse Keren Peles, qui s’était publiquement prononcée contre la refonte du système judiciaire. Netanyahu et Kisch espèrent remplacer Dayan par Keren Barak, une ancienne députée du Likud, selon le reportage.

Netanyahu a répondu aux allégations pour la première fois avant d’embarquer pour Chypre dimanche, affirmant que le précédent gouvernement d’unité avait remplacé toutes les personnes nommées à des postes politiques qui étaient alignées sur la droite et sur son parti, le Likud, et que personne ne l’avait alors accusé de politiser ces postes.

Netanyahu a toutefois refusé de dire si le gouvernement poursuivrait ses efforts en vue de révoquer Dayan.

« Il n’y a pas de politisation, mais malheureusement, les ‘fake news’ ne manquent pas », a-t-il déclaré aux côtés de son épouse Sara.

Cette dernière a profité de l’occasion pour démentir l’information selon laquelle elle aurait été contrariée par le fait que Dayan ait invité Peles à se produire lors de la cérémonie de commémoration de Yom HaShoah.

Dayan aurait engagé Peles plusieurs mois avant que le projet de refonte ne soit dévoilé.

« J’ai entendu une histoire dont je n’avais absolument aucune connaissance, et je tiens à ce que les faits soient clairs : je ne suis pas impliquée dans l’organisation de cérémonies », a déclaré Sara Netanyahu.

« Je suis venue à la cérémonie de Yad Vashem comme toujours, la veille de Yom HaShoah (…). J’ai entendu Keren Peles, je ne savais pas qui elle était avant, je ne savais pas qui elle était après », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle n’avait jamais réprimandé personne pour ce choix et qu’elle avait serré la main de Peles et l’avait complimentée après sa performance.

Sara Netanyahu et le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adressant à la presse sur le tarmac de l’aéroport international Ben Gurion, le 3 septembre 2023. (Crédit : Carrie-Keller-Lynn/Times of Israel)

Dayan, ancien chef du Conseil de Yesha pour les résidents d’implantations de Cisjordanie et ex-consul général d’Israël à New York, s’était présenté à la Knesset dans les rangs du parti d’opposition Tikva Hadasha de Gideon Saar, sans succès. C’est en 2021 qu’il a été nommé à la tête de Yad Vashem par le gouvernement précédent et son Premier ministre, Naftali Bennett.

Dayan a fermement réfuté les allégations de mauvaise gestion de Kisch et a menacé de porter l’affaire devant la procureure générale Gali Baharav-Miara.

Dans sa lettre à Dayan, Kisch a fait part de ses préoccupations concernant trois membres du conseil d’administration, tous nommés par le gouvernement précédent : l’ancienne députée Colette Avital, l’ancien député et ancien ministre de l’Éducation Rabbi Shaï Piron, et l’ancienne députée Shuli Moalem.

Kisch a affirmé que leurs nominations n’avaient jamais été examinées par le comité de sélection approprié et qu’elles étaient donc illégitimes.

Leur présence aux réunions du conseil d’administration, écrit-il, « constitue un grave manquement de votre part en tant que président de Yad Vashem, remettant en question la légalité de toutes les décisions prises lors des réunions de gestion depuis que vous avez été nommé à votre poste ».

Dayan a répondu que les réunions se déroulaient conformément au règlement et que, puisque les membres du conseil en question n’avaient pas été évincés, il n’y avait aucune raison de les empêcher d’y assister.

Une source anonyme proche de Dayan a déclaré jeudi aux médias israéliens que Kisch tentait « maladroitement » de l’évincer et de le remplacer par un allié politique.

La source a affirmé que « grâce à l’intégrité de Dayan, [Kisch] n’a pas trouvé de faute et s’est concentré sur différentes questions techniques » – principalement la présence des membres du conseil d’administration Avital, Piron et Moalem, a déclaré la source.

Kisch a récemment échoué à faire nommer un de ses proches politiques à la tête de la Bibliothèque nationale d’Israël, manoeuvre qui a provoqué un véritable tollé sur le risque de perte d’indépendance de ce qui est une institution nationale.

Plus de 120 enseignants spécialistes de la Shoah du monde entier ont par ailleurs publié une lettre au cours du week-end, exprimant leur « grande inquiétude » face à la volonté présumée du gouvernement de limoger Dayan.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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