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Smotrich : Prochaine étape, le comité de sélection des juges

Lapid craint une tragédie nationale ; Gantz : il est encore temps

Les leaders de l'opposition déplorent que la détermination de la coalition à réformer le système judiciaire déchire le pays

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le chef de l'opposition Yaïr Lapid s'exprimant lors d'une audience de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset sur le projet de loi du "caractère raisonnable", le 11 juillet 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef de l'opposition Yaïr Lapid s'exprimant lors d'une audience de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset sur le projet de loi du "caractère raisonnable", le 11 juillet 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de file de l’opposition, Yair Lapid, a reproché au gouvernement israélien partisan de la ligne dure d’avoir creusé un fossé entre le pays et les États-Unis, déclarant lundi qu’Israël n’était plus le plus proche allié des États-Unis.

S’exprimant au début de la réunion de factions de son parti Yesh Atid à la Knesset, Lapid a déclaré que les inquiétudes concernant le plan de la coalition pour réformer le système judiciaire israélien avaient dégénéré en une crise sur plusieurs fronts, parmi lesquels les relations bilatérales étaient l’une des nombreuses victimes.

« Le gouvernement israélien nous entraîne dans cette crise et procède à des changements de régime qui sont les plus importants et les plus spectaculaires de notre histoire », a-t-il déclaré.

Le président Isaac Herzog se rendra mardi à Washington, DC, pour s’adresser à une session conjointe du Congrès américain en l’honneur du 75e anniversaire d’Israël. Biden, qui vient d’accepter d’inviter le Premier ministre à le rencontrer aux États-Unis, l’aurait appelé lundi pour réitérer sa mise en garde contre la volonté de son gouvernement de réduire les contrôles judiciaires sur le pouvoir politique.

Au mépris des efforts de l’administration précédente pour rétablir les relations avec le parti démocrate américain, le retour de Netanyahu à la tête de l’État à la faveur d’une coalition radicale a marqué de nouvelles tensions dans les relations d’Israël avec la superpuissance mondiale. Les responsables américains ont en effet exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude quant à la réforme judiciaire initiée par la coalition et ont refusé de rencontrer les principaux ministres israéliens d’extrême droite. Au début du mois, le président américain Joe Biden a qualifié les membres du cabinet de Netanyahu « d’extrémistes ».

Lapid, ancien partenaire politique devenu depuis l’un des principaux critiques de Netanyahu, a déclaré que la direction actuelle du gouvernement « nous mène à un désastre national, et [le gouvernement] refuse de le reconnaître ».

Le bureau de la procureure générale et les experts judiciaires conservateurs ont exprimé de sérieuses inquiétudes quant au projet de loi de la coalition visant à mettre fin au contrôle judiciaire portant sur le caractère « raisonnable » de leurs décisions administratives, ce qui n’a pas empêché la coalition de continuer à faire avancer le projet de loi. Elle a notamment cherché à échapper à la pression judiciaire sur ses nominations, ainsi que sur son retard dans la convocation de la commission de sélection des juges, qu’elle avait initialement prévu d’amender. Lapid a qualifié d’anti-démocratiques les efforts déployés par la coalition pour améliorer son sort en modifiant les lois.

Le président américain Joe Biden s’exprimant lors d’une interview avec CNN, le 9 juillet 2023. (Crédit: Capture d’écran Twitter)

« La différence entre la démocratie et la dictature n’est pas compliquée. Dans une dictature, le gouvernement peut faire ce qu’il veut. Dans une démocratie, il ne peut pas. Dans un pays démocratique, le gouvernement doit tenir compte de la loi, il doit tenir compte des faits », a déclaré Lapid. « Le gouvernement israélien ne veut pas tenir compte des faits, alors il change la loi ».

Le chef du parti d’opposition, Benny Gantz, qui a également été un partenaire de Netanyahu, a exprimé des préoccupations similaires concernant la suppression des contrôles à l’égard du gouvernement, affirmant qu’un pouvoir sans entrave peut être mal utilisé.

« On ne peut pas vivre sereinement si les contrôles sur le gouvernement sont supprimés, car cela revient à ouvrir la porte à la corruption », a-t-il déclaré. Si ce n’est pas ce gouvernement, ce sera le prochain. Le jour viendra où un gouvernement profitera de ce pouvoir illimité que vous essayez de lui donner », a déclaré Gantz, avant la réunion de factions de son parti HaMahane HaMamlahti à la Knesset.

Peu après, le ministre des Finances Bezalel Smotrich s’est moqué des membres de l’opposition qui qualifiaient d’antidémocratiques des actions qu’ils n’approuvaient pas, affirmant au contraire que la démocratie consiste à élire un gouvernement et à le laisser mener sa politique.

Le parti HaTzionout HaDatit est le fer de lance de l’accélération du projet de loi sur le caractère « raisonnable » de la coalition, qui devrait faire l’objet d’un vote final dimanche prochain lors d’une session spéciale convoquée par la coalition à cet effet.

Le chef du parti d’extrême droite a déclaré que Netanyahu faisait preuve d’une « détermination inégalée » pour faire adopter le projet de loi avant la clôture de la session législative d’été, le 30 juillet, rejetant les rumeurs selon lesquelles le Premier ministre serait soumis à des pressions pour assouplir le texte du projet de loi avant de le finaliser en séance plénière.

Smotrich a également réaffirmé lundi que les dirigeants de la coalition élargie étaient d’accord sur le fait que leur « prochaine étape législative devrait être de modifier la composition de la Commission de sélection des juges » – le groupe responsable de la sélection des juges du pays.

Le gouvernement était sur le point d’approuver un tel changement en mars et pourrait finaliser le projet dès que possible, bien que Netanyahu ait depuis indiqué qu’il souhaitait un changement différent, et vraisemblablement moins conflictuel, que celui prévu précédemment.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich dirige une réunion de faction de Hatizonout HaDatit, son parti d’extrême-droite, le 10 juillet 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Bien qu’il ait décidé de se retirer des négociations sur la réforme judiciaire en juin en raison de la mauvaise foi dont aurait fait preuve la coalition, Lapid a déclaré qu’il n’était « pas trop tard » pour reprendre le dialogue et a appelé la coalition à geler son projet de loi sur le « caractère raisonnable », qui est actuellement le seul élément du paquet inscrit à l’ordre du jour législatif de la session d’été de la Knesset.

« Il n’est pas trop tard pour entamer un processus concerté et informé avec les professionnels afin de parvenir à un compromis qui réparera le système au lieu de le détruire jusqu’à la moelle », a déclaré le dirigeant de Yesh Atid.

Gantz a fait écho à ce sentiment, appelant Netanyahu à geler le projet de loi controversé.

« Un dirigeant doit prendre des décisions difficiles, et il est temps de les prendre. Netanyahu, ne déchirez pas le peuple », a déclaré l’ancien ministre de la Défense.

Netanyahu a été hospitalisé pour déshydratation samedi soir et est sorti dimanche avec un moniteur cardiaque. Jouant sur les problèmes de santé du Premier ministre, Gantz a déclaré que Netanyahu avait « fermé son cœur au peuple d’Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 17 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg, Pool)

Confronté à une situation sécuritaire complexe, exacerbée par un nombre croissant de réservistes qui ont déclaré qu’ils ne se présenteraient pas au service dans le cadre des manifestations contre la réforme, Gantz a déclaré : « Il est temps de passer à une sorte de soins intensifs, d’arrêter l’hémorragie et surtout d’ouvrir nos cœurs pour répondre aux besoins émotionnels de la population et aux besoins stratégiques de l’État ».

L’ancien ministre de la Défense a également parlé sans détour aux réservistes, les exhortant à continuer à servir et à ne pas protester contre l’armée israélienne.

« Je vous demande, malgré les immenses difficultés et la peur, de poursuivre la mission et le combat pour ce pays, et de continuer à vous battre pour lui, contre nos ennemis », a-t-il déclaré.

Plus tôt dans la journée de lundi, Netanyahu avait déclaré que ceux qui refusaient de répondre aux convocations de service mettaient la sécurité nationale en péril.

« C’est vrai dans toute démocratie, mais dans la nôtre, l’incitation à l’insubordination et l’insubordination mettent directement en danger la sécurité de tous les citoyens israéliens », a-t-il déclaré depuis le bureau du Premier ministre à l’ouverture de la réunion du cabinet. « Elles sapent la force de dissuasion contre nos ennemis… et la discipline au sein de l’armée.

Il ne peut y avoir un groupe au sein de l’armée qui menace le gouvernement élu en disant ‘Si vous ne faites pas ce que nous voulons, la sécurité [d’Israël] sera remise en question' », a-t-il ajouté.

Netanyahu serait de plus en plus préoccupé par l’état de préparation opérationnelle d’Israël si un nombre important de réservistes militaires refusent de servir. Son parti, le Likud, a déclaré qu’il appréciait la position prise par Gantz et d’autres anciens chefs d’état-major qui se sont exprimé publiquement contre le refus de servir.

« Nous apprécions les positions prises par [Benny] Gantz et [Gadi] Eisenkot et surtout [Gabi] Ashkenazi – trois anciens chefs d’état-major – contre le refus de servir qui menace la sécurité de tous les citoyens israéliens », a déclaré le parti dans un communiqué.

Gantz et Eisenkot sont membres du parti d’opposition HaMahane HaMamlahti, tandis qu’Ashkenazi, ancien chef de l’armée israélienne, a été législateur et ministre des Affaires étrangères sous Gantz.

Interrogé lors d’une interview accordée à un podcast américain sur le mouvement de protestation national en cours, Netanyahu a affirmé que « un certain nombre de personnes qui manifestent aujourd’hui… n’ont aucune idée… de ce qui est discuté » et il a ajouté qu’ils avaient été « radicalisés par les slogans ».

« Dans les médias et sur les réseaux sociaux, vous pouvez alimenter et diffuser délibérément des slogans à l’aide de mégadonnées et de beaucoup d’argent… et vous infiltrer ainsi dans les cerveaux… vous pouvez créer une mobilisation massive sur cette base », a-t-il commenté.

Il a insisté sur le fait qu’il ne tentait pas d’octroyer un pouvoir trop important à sa coalition mais qu’il cherchait tout simplement à retirer du pouvoir au système judiciaire pour, a-t-il affirmé, rétablir l’équilibre des pouvoirs.

Pour démontrer son sérieux, il a souligné son abandon du projet de loi qui aurait autorisé la Knesset à passer outre les jugements rendus par la Haute-cour par une majorité simple de 61 membres. Toutefois, il a pris soin de préciser qu’il avait seulement exclu la possibilité d’une clause dérogatoire « avec une majorité de un » sans écarter l’éventualité de versions moins extrêmes du projet de loi. Le Premier ministre aurait indiqué aux députés de la coalition, au début du mois, qu’il était encore ouvert à de telles propositions.

Netanyahu a écarté l’idée que six mandats passés à son poste pouvaient être excessifs et sources de corruption, insistant sur le fait qu’il n’est motivé que par la nécessité de garantir la sécurité de l’État, sa prospérité économique et sa coexistence pacifique aux côtés de ses voisins. Il a déclaré qu’il pouvait être battu aux élections si le peuple israélien devait ne pas approuver sa performance.

Ce qui n’est pas arrivé, malgré, selon Netanyahu, « l’opposition violente » qui a pu parfois s’exprimer. Il s’est souvenu d’une conversation avec feu Silvio Berlusconi, ancien Premier ministre italien, qui lui avait demandé combien de compagnies du secteur des médias il contrôlait. Netanyahu avait alors répondu au Premier ministre qu’il n’en contrôlait aucun et qu’il devait remporter des scrutins « à la dure ».

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