Yair Netanyahu fustigé pour avoir souhaité la mort des militants de gauche
Rechercher

Yair Netanyahu fustigé pour avoir souhaité la mort des militants de gauche

Le Premier ministre et le chef du parti Meretz ont condamné tous deux la déclaration de Yair Netanyahu accusant notamment les manifestants de Tel Aviv de menacer la santé publique

Yair Netanyahu, fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Flash90)
Yair Netanyahu, fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Flash90)

Le fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclenché un torrent de critiques jeudi en semblant souhaiter que les Israéliens de gauche meurent du coronavirus.

Yair Netanyahu, un conservateur de premier plan connu pour son utilisation effrontée et souvent peu orthodoxe des réseaux sociaux, réagissait à une manifestation organisée jeudi à Tel Aviv où quelque 2 000 personnes ont protesté contre ce qu’elles ont décrit comme l’érosion de la démocratie israélienne sous la direction de Benjamin Netanyahu dans la crise du coronavirus.

Nitzan Horowitz, le leader du parti d’extrême gauche Meretz, a tweeté une photo de lui se tenant au milieu de la foule respectant la distanciation sociale, portant un masque de protection, ce qui a conduit le jeune Netanyahu à l’accuser de mettre en danger la santé publique.

« J’espère que les personnes âgées qui mourront à la suite de cette manifestation ne seront que de votre camp », a écrit ce dernier.

Il a ajouté plus tard qu’il pensait que la manifestation était une forme de rassemblement de masse qui contribuerait à la propagation du coronavirus mortel.

« Donc statistiquement, il y a de fortes chances que les manifestants de gauche de ce soir aient causé la mort future de personnes âgées. Je préfère qu’elles ne soient pas des nôtres », a-t-il commenté.

Les manifestations sont l’une des rares activités publiques autorisées en vertu des règles strictes de confinement d’Israël destinées à endiguer la propagation du virus. Les manifestants de droite et de gauche ont régulièrement organisé des rassemblements, notamment pour soutenir le Premier ministre, bien que la manifestation de jeudi ait été beaucoup plus importante que les précédentes.

Les commentaires de Yair Netanyahu ont été immédiatement et vigoureusement réprimandés, y compris par son père, dont le bureau a publié une déclaration disant qu’il « rejette catégoriquement ces remarques ».

« Il n’y a pas de camps [politiques] dans la lutte contre le coronavirus, et il ne devrait pas y en avoir », a souligné le bureau du Premier ministre.

Des Israéliens se protégeant contre le coronavirus manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu. On peut lire “dictature” en hébreu sur la pancarte brandie par cette manifestante, le 16 avril 2020 à Tel Aviv. (Crédit : AP/Oded Balilty)

Nitzan Horowitz s’est également exprimé contre le jeune Netanyahu, affirmant que ces commentaires l’avaient « dégoûté ».

« L’incitation et souhaiter la mort de personnes du camp politique rival sont écœurants et ne font que souligner l’importance de notre lutte contre la corruption et pour le renforcement de la démocratie », a-t-il fustigé.

Yair Netanyahu a ensuite supprimé le tweet, bien qu’il ait continué à publier des messages pour se défendre, dont un traitant les journalistes « [d’]idiots », et un autre disant que l’ancien chef adjoint du Mossad et actuel député de Yesh Atid Ram Ben Barak était « un clown » et trop bête pour savoir parler anglais.

Yair Netanyahu est un habitué des controverses et avait déjà auparavant posté des messages agressifs en ligne, dans lesquels il semblait prendre plaisir à jouer le rôle du méchant employant un langage cru. En 2017, il a fait l’objet d’une condamnation internationale après avoir publié une caricature visant les détracteurs de ses parents – laquelle semblait adopter des thèmes antisémites.

Capture d’écran de la caricature, mettant en vedette George Soros, posté par Yair Netanyahu, le 8 septembre 2017. (Facebook)

Des mois plus tard, il a été temporairement banni de Facebook pour un certain nombre de messages, qui ont également été retirés de son compte, qualifiant tous les musulmans de terroristes et demandant instamment qu’ils quittent Israël par la force.

Il a également utilisé les réseaux sociaux pour traiter un chef de la police d’autiste et pour accuser le président de la Knesset de préparer un coup d’État. Il a été impliqué dans un certain nombre de procès pour diffamation, à la fois comme accusé et comme plaignant.

Le mois dernier, un juge lui a ordonné de payer 250 000 shekels (64 500 euros) après avoir omis de répondre à une plainte pour diffamation déposée contre lui par un ancien rédacteur en chef du site d’information Walla à propos d’un retweet contenant une allégation d’incendie.

Le prétexte du coronavirus

Malgré les allégations de Netanyahu, les manifestants de la place Habima à Tel Aviv ont déclaré jeudi qu’ils gardaient une distance de deux mètres entre eux, conformément aux règles de distanciation sociale.

Agitant des drapeaux noirs, les manifestants ont protesté contre Benjamin Netanyahu et ce qu’ils considéraient comme un piétinement des règles démocratiques par le gouvernement intérimaire sous couvert de l’urgence sanitaire.

Des centaines de personnes assistent à une manifestation pro-démocratie à Tel Aviv, le 16 avril 2020. (Crédit : autorisation)

« Les citoyens d’Israël prouvent aujourd’hui que la démocratie israélienne refuse d’être soumise à un coup d’État sous prétexte du coronavirus », a déclaré un organisateur.

Le nom du mouvement « Drapeau noir » vient des manifestants qui accrochent des drapeaux noirs sur leurs véhicules pour symboliser ce qu’ils croient être un danger pour la démocratie israélienne posé par le maintien au pouvoir de Netanyahu.

Lundi, des dizaines de manifestants du Drapeau noir ont manifesté près du domicile du député Gabi Ashkenazi (Kakhol lavan), en raison de la volonté du leader du parti Benny Gantz de former un gouvernement d’unité et de servir sous Netanyahu. Les leaders de la manifestation ont rapporté que la police avait infligé des amendes à cinq d’entre eux pour avoir refusé de disperser le « rassemblement interdit ».

Un convoi de véhicules du mouvement « Drapeau noir » arrive au kibboutz Givat Haim pour manifester devant le domicile du député Hossen LeYisrael Ram Shefa, le 28 mars 2020. (Capture d’écran)

Ces contraventions iraient de 475 à 5 000 shekels (123 à 1 300 euros). Les intéressés ont juré de ne pas les payer, accusant la police d’essayer de « réprimer la manifestation avec des amendes très élevées ».

Ashkenazi lui-même a ensuite exhorté les autorités à envisager l’annulation des amendes.

« Même pendant cette période, nous devons garantir la liberté d’expression et le droit de manifester, à condition que les manifestants respectent les directives du ministère de la Santé », a-t-il commenté dans un tweet.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...