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Interview

Yitzhak Kroizer : Otzma Yehudit ne renversera pas Netanyahu à propos de Gaza

Le député ultranationaliste Yitzhak Kroizer assure que son parti exige qu’Israël reprenne le contrôle et se réinstalle dans l’enclave tout en aidant au déplacement « volontairement » des Gazaouis

Le député Yitzhak Kroizer en visite sur le mont du Temple, à Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Yitzhak Kroizer en visite sur le mont du Temple, à Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Malgré la menace du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir de retirer son parti ultranationaliste de la coalition si Israël ne relançait pas ses opérations militaires contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, Yitzhak Kroizer, député d’Otzma Yehudit, affirme que la faction ne cherche pas activement à renverser le gouvernement.

Les propos de ce nouvel élu semblent réduire considérablement la portée des efforts déployés par Ben Gvir pour exploiter la position de son parti au sein de la coalition afin de faire pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le pousser à reprendre les combats à Gaza. Ils suggèrent qu’Otzma Yehudit n’est prêt à se rebeller que tant que cela ne met pas en péril la survie du gouvernement.

« Notre objectif n’est pas de renverser le gouvernement », a affirmé Kroizer au Times of Israel lors d’une interview dans son bureau à la Knesset la semaine dernière. « Ce gouvernement est un gouvernement de droite. Nous avons travaillé dur pour qu’il voie le jour… Le rôle d’Otzma Yehudit est de défendre les valeurs de droite pour lesquelles nous avons été élus. »

En octobre, Ben Gvir avait déclaré à la chaîne N12 avoir fixé à Netanyahu un date butoir non précisée pour démanteler le groupe terroriste et instaurer la peine de mort pour les personnes condamnées pour terrorisme, avertissant que si ses conditions n’étaient pas remplies, son parti d’extrême droite quitterait la coalition. Il avait auparavant menacé de quitter le gouvernement si le Hamas « continuait d’exister » après la libération des otages.

Deux jours après son interview sur N12, Ben Gvir déclarait aux journalistes que si le Premier ministre ne garantissait pas l’avancement du projet de loi sur la peine de mort dans les semaines à venir, son parti ne se considérerait plus obligé de voter avec la coalition.

Cette mesure controversée est actuellement examinée à la Knesset avec le soutien de Netanyahu.

Même si ses propos n’ont pas été formulés à titre officiel, les déclarations de Kroizer offrent l’une des descriptions les plus précises à ce jour de la stratégie d’Otzma Yehudit depuis l’ultimatum lancé par Ben Gvir à Netanyahu.

Interrogé sur la demande de Ben Gvir d’anéantir le Hamas, Kroizer a répondu que les objectifs de la guerre avaient été définis par le gouvernement lui-même « démanteler les capacités militaires et politiques du groupe terroriste Hamas et ramener les otages ». Tant que ces objectifs n’auront pas été atteints, a-t-il ajouté, Otzma Yehudit aura le devoir « de pousser le gouvernement à tenir ses propres engagements ».

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, assiste à une réunion du Comité de sécurité nationale à la Knesset, à Jérusalem, le 27 octobre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Comme Ben Gvir, Kroizer a refusé de fixer une date butoir à l’ultimatum, tout en insistant sur son caractère contraignant.

« L’avertissement est lancé », a-t-il déclaré. « Il ne s’agit pas de menaces en l’air. Le Premier ministre sait que tôt ou tard, s’il ne reprend pas la lutte contre les organisations terroristes, la coalition sera en péril. »

Il reste toutefois difficile d’évaluer la portée réelle de cette menace.

Le départ d’Otzma Yehudit de la coalition ne ferait pas automatiquement tomber le gouvernement minoritaire de Netanyahu, qui détient actuellement 60 des 120 sièges de la Knesset. Cela ramènerait le bloc du Premier ministre à 54 sièges, réduisant encore sa capacité déjà limitée à faire avancer son programme législatif.

Deux autres partis ont déjà adopté une stratégie similaire, quittant formellement le gouvernement tout en continuant à soutenir la coalition de l’extérieur. Yahadout HaTorah et Shas se sont retirés en juillet pour protester contre le durcissement des sanctions visant les réfractaires ultra-orthodoxes et contre l’incapacité de la coalition à adopter une loi encadrant les exemptions de service militaire pour les étudiants des yeshivot. Shas demeure toutefois membre de la coalition, et Yahadout HaTorah continue de lui apporter un soutien ponctuel pour éviter sa chute.

S’il reste difficile de savoir quel scénario Otzma Yehudit pourrait suivre si le parti mettait sa menace à exécution, Kroizer a affirmé que même en cas de départ, la formation ne s’allierait pas à l’opposition pour renverser Netanyahu et provoquer de nouvelles élections, répondant par un « non » catégorique à cette hypothèse.

« L’objectif de Ben Gvir n’est pas de renverser Netanyahu », a insisté Kroizer. « L’objectif est qu’il tienne les promesses qu’il a faites à l’électorat de droite, qui constitue la majorité dans l’État d’Israël. »

Au début de l’année, le parti de Ben Gvir avait quitté la coalition pendant plusieurs mois pour protester contre l’adoption d’un précédent accord de cessez-le-feu partiel et de libération d’otages, ne revenant qu’une fois les opérations militaires à Gaza relancées. Comme aujourd’hui, ce départ n’avait eu que peu d’effet sur la stabilité du gouvernement.

Vote sur la proposition de dissolution du Parlement, à la Knesset à Jérusalem, le 12 juin 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Pour faire tomber le gouvernement, Otzma Yehudit devrait s’allier à l’opposition pour organiser un vote de défiance constructive – ce qui exigerait que 61 députés acceptent de soutenir un exécutif alternatif capable de remplacer l’actuel, un scénario peu probable.

Le parti pourrait aussi s’adresser à l’opposition pour réunir 61 signatures et soumettre au président de la Knesset, Amir Ohana, une pétition pour demander la tenue d’un vote sur la dissolution de la Knesset.

Souveraineté, implantation et émigration

Selon Kroizer, les revendications d’Otzma Yehudit sur Gaza vont bien au-delà du désarmement du Hamas et du démantèlement de sa capacité de gouvernance, des mesures approuvées et reprises dans le plan en 20 points du président américain Donald Trump.

Selon le législateur, les revendications du parti porteraient davantage sur « la souveraineté, l’implantation et l’encouragement à l’émigration ».

Des Palestiniens marchent sur une route, le long de bâtiments détruits à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 25 octobre 2025. (Bashar TALEB / AFP)

Netanyahu a nié à plusieurs reprises que son gouvernement envisage ou soutienne le rétablissement d’implantations dans la bande de Gaza ou l’extension de la souveraineté israélienne sur ce territoire.

Il a toutefois évoqué à un moment l’idée d’encourager la migration d’une partie des quelque deux millions d’habitants de Gaza – brièvement soutenue par Trump. Le gouvernement avait toutefois évité de soutenir publiquement cette idée depuis la signature du plan Trump, qui rejette explicitement l’idée de pousser les Palestiniens à partir.

Kroizer a néanmoins affirmé que la mesure était inévitable, appelant à « l’occupation totale et absolue de la bande de Gaza » par « ses propriétaires originaux, qui sont les Juifs ».

« Tant qu’il y aura des Arabes à Gaza, il y aura toujours quelqu’un pour essayer de kidnapper nos citoyens », a déclaré Kroizer, adoptant des positions aux antipodes du courant politique dominant en Israël. « Sans Arabes à Gaza, personne ne kidnapperait les habitants de Beeri, de Nir Oz, de Kfar Aza, etc. Sans Arabes à Gaza, personne ne lancerait de roquettes sur les citoyens israéliens. C’est pourquoi, au bout du compte, nous devrons en venir là. »

Kroizer a nié que son plan constitue un nettoyage ethnique, comme beaucoup l’ont soutenu, affirmant au contraire que les Palestiniens voudraient partir volontairement une fois qu’Israël aurait annexé et repeuplé Gaza. Il a assuré que l’émigration pourrait être encouragée « de manière humaine ».

« Nous les aiderons à rejoindre un pays tiers. L’État d’Israël leur rachètera même leurs biens », a-t-il déclaré.

Considéré comme l’un des parlementaires les plus radicaux de la droite, Kroizer et d’autres députés extrémistes ont été cités par des critiques accusant Israël de commettre un génocide à Gaza, notamment dans des recours déposés devant la Cour internationale de justice.

L’ambassadeur d’Afrique du Sud aux Pays-Bas, Vusimuzi Madonsela, s’adressant à la Cour internationale de justice lors de plaidoiries orales pour demander à la Cour d’ordonner à Israël de mettre fin à ses opérations militaires contre le Hamas, le 16 mai 2024. (Crédit : Cour internationale de Justice)

Kroizer a affirmé rester sur ses positions de novembre 2023 – lorsqu’il déclarait que « la bande de Gaza doit être rasée et tout le monde mérite la peine de mort » –, arguant que la société gazaouie dans son ensemble était complice des atrocités du 7 octobre 2023.

« Les otages nous ont dit que leurs pires bourreaux étaient des civils de Gaza, des femmes et des enfants. Aucun Gazaoui n’a fourni à Israël la moindre information sur aucun des otages », a-t-il déclaré. « Ils représentent le mal absolu, et le mal doit être éradiqué. »

Il a toutefois nié prôner le génocide des Gazouis affirmant qu’il voulait seulement dire que « toute personne ayant participé au pogrom et qui aurait assassiné, violé ou brûlé des civils israéliens, doit être éliminée ».

La tentative de Kroizer de nuancer sa déclaration selon laquelle « tout le monde n’a qu’un seul verdict – la mort » paraît en contradiction avec le sens littéral de ses propos initiaux et avec sa décision de ne pas les retirer.

« Nous faisons face au mal absolu. Tout comme le monde n’a pas eu pitié de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale – Israël a traqué les criminels de guerre nazis comme Eichmann qu’il a exécuté – nous devons nous aussi éradiquer ce mal », a-t-il déclaré.

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