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Yossi Langotsky : pour sa sécurité, Israël doit avoir 40 ans de réserves de gaz

Le géologue qui a découvert le champ gazier Tamar estime que le ministère de l'Energie commet une erreur en envisageant l'exportation avant de garantir les stocks d'Israël

La plate-forme de gaz Tamar, située à 23 kilomètres à l'ouest de la ville de Haïfa dans le nord d'Israël. (AP/Albatross Aerial Perspective)
La plate-forme de gaz Tamar, située à 23 kilomètres à l'ouest de la ville de Haïfa dans le nord d'Israël. (AP/Albatross Aerial Perspective)

Le géologue qui a découvert le premier grand champ gazier d’Israël, qu’il a baptisé du nom de sa petite-fille Tamar, estime que la proposition de la commission interministérielle visant à augmenter les exportations de gaz naturel est une erreur.

Yossi Langotsky, 87 ans, colonel de l’armée israélienne à la retraite et double lauréat du prix de la défense décerné par le ministère de la défense israélien, travaille dans le domaine de l’exploration pétrolière et gazière depuis les années 1960. Il a découvert le gisement de gaz de Tamar en 2009, ouvrant ainsi la voie à d’autres découvertes massives en Méditerranée orientale.

Se décrivant comme « l’un des derniers Mohicans actifs » parmi les géologues pétroliers israéliens, il a déclaré au Times of Israël que la commission présidée par le directeur général du ministère de l’énergie, Udi Adiri, avait eu tort de prévoir un approvisionnement d’urgence en gaz pour le pays pendant 25 ans seulement et de chercher à vendre le reste à l’étranger.

« John Hofmeister, un ancien président de l’entreprise américaine Shell, l’a dit très clairement à la conférence d’Herzliya en 2015 : Israël ne devrait pas penser à exporter du gaz avant d’être sûr d’avoir des réserves nationales suffisantes pour 40 à 50 ans », a-t-il déclaré.

Le géologue Yossi Langotsky. (Capture d’écran)

Langotsky, qui travaille actuellement sur un projet visant à trouver du pétrole terrestre dans le sud du désert de l’Arava, a ajouté : « La sécurité nationale ne se résume pas aux F-35 et aux chars Merkava, mais aussi aux réserves de gaz. »

« Aucune exportation ne devrait se faire avant qu’un stock de gaz d’urgence pour au moins 40 ans ne puisse être garanti. »

Il répondait au projet de rapport (en hébreu) commission composée de représentants de huit ministères du gouvernement qui a été créée pour définir la politique gazière d’Israël dans les années à venir.

Publié pour commentaires en juin, il a fait l’objet d’une réunion publique au début du mois. Interrogée sur la date à laquelle il serait finalisé, une porte-parole du ministère de l’Énergie s’est contentée de répondre : « Lorsqu’il sera prêt, il sera soumis au ministre. »

Udi Adiri, directeur général du ministère de l’Energie. (Capture d’écran : YouTube)

Le rapport appelle le gouvernement à encourager une plus grande exploration du gaz et à le faire en concluant de nouveaux accords avec des gouvernements étrangers, en supprimant les réglementations qui limitent les exportations, en offrant des incitations fiscales aux sociétés potentielles d’exploration gazière et en contribuant à financer l’expansion des infrastructures pour permettre le transport du gaz israélien vers l’Europe et l’Asie.

Conseillé par des « consultants internationaux », la commission, connue sous le nom d’Adiri 2 (Adiri 1 a présenté un rapport sur le même sujet en décembre 2018), a été informée que la demande de gaz en tant que « carburant de transition » sur la voie des énergies renouvelables est susceptible d’augmenter jusqu’en 2030 ou peu après, après quoi elle diminuera à mesure que les nations passent plus complètement à des sources d’énergie alternatives. Après 20 à 25 ans, la fenêtre pour l’exportation de gaz se fermera.

Si des mesures ne sont pas prises dès maintenant pour développer de nouvelles sources de gaz et les exporter, le pays pourrait perdre 230 milliards de shekels de revenus potentiels, selon la commission.

La plate-forme du champ de gaz naturel Leviathan en mer Méditerranée photographiée depuis la plage de Dor, au nord d’Israël, le 31 décembre 2019. (Jack Guez/AFP)

Selon le rapport, on sait déjà qu’il existe environ 900 milliards de mètres cubes de gaz dans les eaux économiques d’Israël en mer Méditerranée.

Sur ce total, la demande intérieure prévisionnelle d’ici 2045 sera de 482,3 milliards de mètres cubes, selon les calculs de la commission.

Cela signifie non seulement que le reste peut être exporté à l’étranger, mais qu’il est possible de trouver 500 à 1 000 milliards de mètres cubes supplémentaires si des entreprises investissent dans l’exploration, selon le rapport.

À ce jour, indique le rapport, des contrats ont été signés pour vendre seulement 130 milliards de m3 à la Jordanie et à l’Égypte. Même si ces contrats seront probablement renouvelés, les chances de vendre à d’autres États voisins sont faibles et l’accent devrait donc être mis sur les marchés européens et asiatiques.

Le rapport concède toutefois qu’il « est difficile d’encourager l’exploration de gisements de gaz supplémentaires », écrivant que « depuis 2013 ….il n’y a eu qu’un seul forage exploratoire, alors que dans les pays voisins il y en a eu des dizaines en Méditerranée orientale. »

Illustration : une unité de production d’Energean (Autorisation)

Le rapport explique que la réglementation israélienne obligeant les compagnies gazières à raccorder des tuyaux au marché israélien a rendu l’exploration financièrement peu attrayante. Cette exigence devrait être annulée, recommande-t-il.

Langotsky estime toutefois que la principale raison pour laquelle les compagnies sont restées à l’écart est que le potentiel gazier restant des eaux israéliennes n’est pas suffisamment attractif pour les inciter à explorer.

« S’il y a 500 BCM qui n’ont pas été découverts, et qu’ils sont répartis sur huit puits (comme le prétend le rapport Adiri 2), il est peu probable qu’une entreprise prenne le risque d’investir dans un forage. »

La vue de la centrale électrique d’Ashalim dans le désert du Negev, dans le sud d’Israël, le 21 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Les organisations écologistes se sont prononcées contre les recommandations du rapport, compte tenu de la nécessité de réduire les combustibles fossiles et d’enrayer l’emballement du changement climatique. Selon elles, le gouvernement devrait plutôt investir dans les énergies renouvelables, le stockage et les économies d’énergie.

Le ministère de la Protection de l’environnement, qui siégeait à la commission, a déjà pris ses distances avec le rapport, affirmant qu’il a été publié comme s’il avait été approuvé. Le ministère avait en effet exigé que toute « ébauche de politique pour le développement de l’économie gazière doit faire partie d’une ébauche stratégique large et complète qui amène Israël à réaliser l’engagement de mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles, y compris le gaz, et de passer à une économie à faible émission de carbone ».

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