Des milliers de femmes israéliennes et palestiniennes ont terminé dimanche à Jérusalem une marche pour la paix de deux semaines à travers Israël et la Cisjordanie pour « exiger un accord de paix » entre Israéliens et Palestiniens, lors d’un événement qui aura opposé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le groupe terroriste du Hamas, dans un contexte de tentative de réconciliation entre les factions rivales palestiniennes.

La Commission chargée de l’interaction avec la société israélienne de l’OLP, formée par le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, avait envoyé des invitations conviant à la marche « Women Wage Peace » (Les femmes font la paix), s’attirant les critiques de certains groupes palestiniens.

Le mouvement Women Wage Peace (WWP) a organisé cette marche afin de « faire entendre la voix de ces dizaines de milliers de femmes israéliennes juives et arabes, de gauche, centre et droite et de leurs partenaires palestiniennes, qui main dans la main ont pris ensemble cette route de la paix », explique l’une des organisatrices, Marie-Lyne Smadja.

Les femmes se sont rendues dans des villes juives et arabes en Israël et en Cisjordanie, où une rencontre s’est déroulée en présence de dizaines de femmes palestiniennes et de femmes vivant dans des implantations.

« Nous avons besoin de créer un [vivre] ensemble afin de pouvoir construire la paix que nous voulons tous », affirme à l’AFP Michal Froman, une mère de famille vivant dans l’implantation de Tekoa, en Cisjordanie.

Des femmes du mouvement 'Women Wage Peace' participent à une marche à proximité de la vallée du Jourdain, le 8 octobre 2017 (Crédit : Flash90)

Des femmes du mouvement ‘Women Wage Peace’ participent à une marche à proximité de la vallée du Jourdain, le 8 octobre 2017 (Crédit : Flash90)

La jeune femme qui a été poignardée en janvier 2016 par un Palestinien alors qu’elle attendait son cinquième enfant veut « croire en la paix ».

« En tant que femme religieuse, je dis que ne pas croire en la paix, c’est ne pas croire en Dieu », déclare-t-elle.

Pour l’organisatrice Huda Abuarquob, une Palestinienne de Hébron, « cette marche n’est pas une manifestation de plus mais le moyen de dire que nous voulons la paix et qu’ensemble, nous pouvons l’obtenir. »

Plus de 25 000 femmes se sont inscrites sur le site de l’association, une réussite pour Orna Ashkenazy, 60 ans, une des fondatrices du mouvement qui est convaincue que « trois ans après sa création, Women Wage Peace ne peut plus être ignoré. »

Parmi les personnalités israéliennes qui ont soutenu ou participé à cette marche figurent des députés de l’opposition mais aussi de la coalition de droite, ainsi que des artistes et écrivains. Cette manifestation a été dénoncée par le Hamas dans un communiqué officiel ainsi que par la branche palestinienne du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions). Les deux groupes ont accusé les Palestiniens de participer à une initiative de « normalisation » des relations avec Israël.

Les femmes du mouvement 'Women Wage Peace' participent à l'étape finale de leur voyage pour la paix à Jérusalem le 8 octobre 2017. Ce voyage a été créé pour pousser les décisionnaires à oeuvrer en faveur d'un accord de paix viable (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les femmes du mouvement ‘Women Wage Peace’ participent à l’étape finale de leur voyage pour la paix à Jérusalem le 8 octobre 2017. Ce voyage a été créé pour pousser les décisionnaires à oeuvrer en faveur d’un accord de paix viable (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

‘Une offense à l’histoire de notre peuple’

Le docteur Ziad Darwish, de la Commission en charge des interactions avec la société israélienne au sein de l’OLP, a affirmé que la marche des femmes pour la paix bénéficiait du soutien absolu de l’OLP et de l’AP. Lors d’une conversation téléphonique avec le Times of Israël dimanche après-midi, il a souligné que plus de 20 autobus transportant des Palestiniennes avaient été envoyés pour participer à la manifestation en Cisjordanie.

« Nous participons », a-t-il confirmé.

Le Hamas, qu’Israël, comme l’Europe et les Etats-Unis, considère comme une organisation terroriste et qui est actuellement en train de négocier l’abandon de son contrôle sur la bande de Gaza avec l’AP, s’est pour sa part fortement opposé à cette marche, comme au rassemblement. Le mouvement a publié un communiqué officiel dénonçant l’initiative et affirmant qu’il considérait l’invitation lancée par la Commission pour l’interaction avec la société israélienne comme « un renoncement au consensus national et une offense faite à l’histoire de notre peuple. »

Le Hamas a ensuite appelé les Palestiniens à « faire face » au cortège et à « isoler ceux qui l’ont mis en place ».

Abbas a, de son côté, envoyé un courrier personnel aux marcheuses, dans lequel il a appelé la création d’un état palestinien, vivant côte à côte et en paix avec Israël.

La branche nationale palestinienne de la campagne BDS a également dénoncé la marche. Dans un communiqué en arabe, ce comité a dénoncé une « marche de normalisation féministe » et a réclamé un boycott et un « sabotage pacifique » de l’initiative. Le terme « normalisation » est utilisé par les Palestiniens pour se référer à toute initiative perçue comme pouvant apporter une légitimité à la présence israélienne.

« La normalisation est une arme israélienne créée non seulement pour coloniser nos esprits mais également pour nuire au mouvement BDS, qui ne cesse de prendre de l’ampleur et d’obtenir des résultats en termes d’isolement israélien dans les domaines universitaire, culturel et, à un moindre degré, économique », a dit le communiqué de presse. Le document a accusé la marche – et les initiatives de coexistence similaires – d’être « non seulement une illusion et un leurre, mais également le premier des moyens utilisés pour permettre à l’occupation de pénétrer notre société et de dénaturer notre conscience nationale. »

Darwish a rejeté cette accusation et a indiqué que « l’effort de réconciliation en cours entre Ramallah et Gaza n’affectera pas le travail mené par l’OLP pour en appeler à la société israélienne. »

Le mouvement WWP voulait créer dimanche un « Parlement de femmes » palestiniennes et israéliennes qui se fixe comme objectif de rappeler aux dirigeants palestiniens et israéliens que les accords de paix doivent être une priorité, selon Smadja.

« Les femmes israéliennes veulent empêcher une prochaine guerre […] et tenter le plus rapidement possible d’arriver à un accord entre Israéliens et Palestiniens », ajoute Smadja.

Les organisatrices de la marche, Anat Negev et Donna Kirshbaum, affirment que WWP ne veut pas prôner une initiative de paix spécifique mais plutôt souligner le sentiment d’urgence partagé autour des nouvelles négociations visant à unifier les Palestiniens et les Israéliens.

« Nous sommes en quête de ces choses que nous avons en commun, explique Negev. Et l’un de ces éléments de base est que chacun veut […] un avenir sûr pour lui et ses enfants. »

Les femmes du mouvement 'Women Wage Peace' participent à l'étape finale de leur voyage pour la paix à Jérusalem le 8 octobre 2017. Ce voyage a été créé pour pousser les décisionnaires à oeuvrer en faveur d'un accord de paix viable (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les femmes du mouvement ‘Women Wage Peace’ participent à l’étape finale de leur voyage pour la paix à Jérusalem le 8 octobre 2017. Ce voyage a été créé pour pousser les décisionnaires à oeuvrer en faveur d’un accord de paix viable (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Negev et Kirshbaum indiquent toutes les deux que ce cortège a eu pour objectif de lancer un signal aux dirigeants – en Israël et en Cisjordanie – qu’il existe un désir de paix fort des deux côtés.

La marche a également servi de plateforme féministe, « demandant que les femmes soient représentées à égalité, et sous tous les aspects, à la prise de décision relative aux négociations, comme l’exige la résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU, dont Israël a été l’un des premiers signataires », a écrit l’organisatrice Donna Kirshbaum dans un courriel.

Plusieurs milliers de femmes, essentiellement israéliennes, sont arrivées en fin d’après midi à Jérusalem, la plupart habillées de blanc avec des pancartes demandant un accord de paix.

« On ne s’arrête pas tant qu’il n’y a pas d’accord de paix », pouvait-on lire notamment sur leurs pancartes.

« Les hommes qui ont le pouvoir ne croyaient qu’à la guerre mais par la force des femmes, nous pouvons apporter autre chose, quelque chose de neuf », affirme à l’AFP Amira Zidan, une mère de famille arabe israélienne qui fait partie des fondatrices de Women Wage Peace.