L’agence financière israélienne qui est responsable de la protection des investisseurs a promis de réprimer rapidement la fraude mondiale et massive des entreprises d’options binaires basées en Israël, reconnaissant que l’arnaque mondiale entraîne des dommages dévastateurs à la réputation internationale d’Israël.

Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne (ATI), a déclaré pendant un entretien qu’il recrutait toutes les branches au service de l’application de la loi, demandera une nouvelle législation si nécessaire, et a un soutien politique complet pour affronter la florissante industrie frauduleuse, dont le Times of Israël a parlé, qui emploie des milliers d’Israéliens travaillant dans plus de 100 compagnies qui arnaquent des victimes du monde entier de plusieurs milliards de dollars.

« Je vois cela à un niveau personnel, a-t-il déclaré, non seulement en tant que régulateur, mais aussi en tant que citoyen israélien et en tant que quelqu’un qui est dégoûté par la fraude, et particulièrement par le genre de personnes qui prennent l’argent des malheureux, des orphelins et des veuves. »

La fraude à échelle mondiale a augmenté pendant la dernière décennie, et l’ATI s’est montrée lente à réagir. Cette année, elle a finalement interdit à toutes les entreprises d’options binaires de cibler des Israéliens, mais a déclaré ne pas avoir les outils et l’autorité pour empêcher des compagnies israéliennes de nuire à des victimes à l’étranger.

Pendant un entretien avec le Times of Israël, Hauser a cependant souligné que bien que l’ATI ne puisse pas « réguler le monde entier », l’échelle et la nature de la fraude basée en Israël nécessite une solution urgente et spécifique, comprenant le changement de la loi si nécessaire. « Quelque soit la façon dont vous le regardez, en tant qu’être humain, en tant que citoyen, en tant que régulateur, en tant que sioniste, en tant que père, et en tant que grand-père, a déclaré Hauser, cela me semble affreux. »

Le professeur Shmuel Hauser, président de l'Autorité des titres israélienne. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le professeur Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans quelques mois, a-t-il par conséquent promis, les autorités « monteront d’un cran […] et prendront de grandes mesures » pour réprimer les fraudeurs. Il a déclaré que les différentes institutions d’application de la loi d’Israël, dont les régulateurs et la police, ont eu une réunion consultative à haut niveau, et qu’ils s’associeront pour « formuler la politique, et rapidement, comment traiter ce problème, parce que c’est un problème national. » La réunion, a-t-il déclaré, « décidera des mesures opératives dans le cadre de la loi actuelle, et aussi des mesures nécessaires pour étendre notre juridiction. »

Le Times of Israël a détaillé ces derniers mois la fraude massive des entreprises d’options binaires israéliennes, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv ».

Les firmes frauduleuses prétendent guider leurs clients pour des investissements lucratifs à court terme, mais utilisent en réalité différentes ruses, dont la désinformation, la manipulation de plate-formes de transactions truquées et le refus direct de rendre les dépôts d’argent, pour voler l’argent de leurs clients.

L’ATI a à présent interdit à toutes les entreprises d’options binaires de cibler des Israéliens, mais elles restent libres de démarcher des clients à l’étranger. Les Etats-Unis ont interdit aux entreprises d’options binaires étrangères de cibler leurs citoyens, et de nombreux pays, dont les Etats-Unis, le Canada et la France, enquêtent sur la fraude des entreprises d’options binaires basées en Israël au nom de leurs citoyens qui ont été trompés.

Leonardo DiCaprio interprète Jordan Belfort dans "Le loup de Wall Street", sorti en 2013. (Crédit : Paramount Pictures and Red Granite Pictures, Mary Cybulski)

Leonardo DiCaprio interprète Jordan Belfort dans « Le loup de Wall Street », sorti en 2013. (Crédit : Paramount Pictures and Red Granite Pictures, Mary Cybulski)

Hauser a cité le film « Le loup de Wall Street », qui décrit la corruption et la fraude financière, en lien avec cette industrie. « Nous comprenons en profondeur comment les entreprises d’options binaires travaillent, a-t-il déclaré. Chaque fois que quelqu’un m’en parle, vous savez à quoi je pense ? Au ‘Loup de Wall Street’. » Quand il a appris que le Times of Israël avait présenté comment certaines entreprises israéliennes utilisent ce film pour former leurs vendeurs, Hauser a déclaré que « c’est ça que nous allons combattre, vraiment. »

Il a expliqué qu’il pouvait interdire aux entreprises d’options binaires de cibler les Israéliens en utilisant la législation existante contre le pari. Il a cependant reconnu que les entreprises frauduleuses sont impliquées dans des activités bien plus cyniques que le pari, en se présentant faussement comme des entreprises financières légitimes, en mettant sur leurs objectifs, en truquant leurs plate-formes de transaction et par conséquent en commettant des vols. Quand il lui a été appris qu’il était dit aux victimes qu’elles investissaient alors qu’elles étaient en fait attirées dans l’équivalent d’un casino truqué, il a été d’accord, « en effet ».

Dans l’état actuel des choses, a-t-il déclaré, « si ces entreprises sollicitent des clients à l’étranger, je n’ai pas l’autorité [pour les interdire]. Mais si un autre régulateur [étranger] nous demande de l’aide, nous pouvons enquêter. »

Offre d'emploi pour Prime Sales avec une image tirée du film "Les loups de Wall Street". (Crédit : capture d'écran)

Offre d’emploi pour Prime Sales avec une image tirée du film « Les loups de Wall Street ». (Crédit : capture d’écran)

Etant donné l’échelle de la fraude, Israël doit cependant en faire plus, a-t-l déclaré. Le phénomène des entreprises d’options binaires basées en Israël qui ciblent des clients à l’étranger « est quelque chose qui nous trouble profondément. C’est un problème au niveau national. Parce que nous sommes dans une situation où [les entreprises d’options binaires] proposent cela à des personnes à l’étranger, et la réputation d’Israël est extrêmement salie. Elle est salie. Nous savons cela. L’ATI a une bonne réputation parmi les régulateurs à l’étranger, mais les options binaires nous font une mauvaise réputation », a-t-il déclaré.

Soulevant la possibilité d’étendre « notre juridiction territoriale actuelle, a-t-il déclaré, il est claire pour nous que nous devons étendre notre [capacité à traiter le problème]. Nous utilisons toute l’autorité que nous avons, [mais ce n’est pas suffisant]. »

Un sujet politique ?

Interrogé pour savoir si une quelconque pression politique était appliquée pour empêcher une action contre l’industrie des options binaires, au vu de l’échec des efforts de l’ancienne députée Einat Wilf pour faire fermer l’industrie il y a cinq ans, Hauser a insisté : « absolument pas. » Il a cependant ajouté que « la seule chose qui arrive souvent est que certains [lobbyistes] peuvent venir et présenter un tableau très innocent à certains députés, et que le député demande ce que nous essayons de faire. »

« Au moment où nous déciderons comment le réprimer, nous serons soutenus, a déclaré Hauser. Tout le monde comprend [l’impératif]. Pour l’instant, dans une certaine mesure, nous [à l’ATI] sommes seuls sur le front. Nos pouvoirs sont limités. Nous ne sommes pas la police, nous n’avons pas les mêmes pouvoirs qu’eux. Ce que nous avons, c’est l’expertise. »

Il y a deux semaines, le député Michael Oren, qui est à présent vice-ministre en charge de la diplomatie publique, a recommandé une enquête sur l’industrie des options binaires d’Israël, caractérisant les révélations sur l’arnaque mondiale massive qui escroque des centaines de milliers de clients internationaux de « très, très perturbantes » et avertissant de sa nuisance potentielle à l’image internationale d’Israël.

Hauser a déclaré qu’en moyenne, en un an, l’Autorité des titres israélienne reçoit quatre ou cinq demandes des régulateurs étrangers avec qui il a des accords de coopération internationale (dans le cadre de l’IOSCO, l’Organisation internationale des commissions des titres), pour lui demander de mener une enquête judiciaire sur un cas particulier de fraude. L’année dernière, il a déclaré que l’Ati a reçu 16 demandes, la plupart provenant de gouvernements européens, et reliées aux options binaires.

« Vous savez pourquoi les [régulateurs] européens viennent nous demander de l’aide, la plupart de Belgique et de France ? Ils voient des noms israéliens [quand ils tentent de retrouver les responsables des fraudes présumées]. C’est comme ça qu’ils comprennent que cela vient d’Israël. »

Une vue du quartier des diamants de Ramat Gan, où se trouvent de nombreuses entreprises d'options binaires, le 3 avril 2016. (Crédit : Simona Weinglass/The Times of Israel)

Une vue du quartier des diamants de Ramat Gan, où se trouvent de nombreuses entreprises d’options binaires, le 3 avril 2016. (Crédit : Simona Weinglass/The Times of Israel)

Interrogé pour savoir si les victimes individuelles de la fraude des options binaires, en Israël et à l’étranger, pourront récupérer leur argent, Hauser a répondu que bien que la police israélienne ait l’autorité pour lancer une enquête, elle agira plus probablement si les victimes portent officiellement plainte. Il a également déclaré que les victimes à l’étranger pouvaient se rapprocher de leurs régulateurs locaux. Par exemple, une victime de fraude en France peut se plaindre auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF), et l’AMF peut se rapprocher de l’ATI. « Si un régulateur étranger nous approche, nous traiterons le cas », a-t-il promis.

Hauser a de plus recommandé que les victimes étrangères cherchent à récupérer leur argent devant les tribunaux. Elles peuvent demander des conseils juridiques sur comment agir au mieux pour cela. « Nous ne gérons pas cela », a-t-il déclaré, mais il a promis que « toute information que nous avons, nous pouvons la donner à la police. C’est en notre pouvoir de faire cela. »

Hauser a affirmé que l’ATI avait déjà « pris une position très agressive, plus que ce dont nous avons l’habitude » pour réprimer l’industrie, mais a reconnu que cela était insuffisant.

« Et par conséquent mon message est que nous, en tant qu’Etat de droit, devons protéger ces investisseurs et également reconnaître la mauvaise réputation que répandent ces sites internet et leurs employés, même s’ils ne sollicitent pas d’Israéliens, mais des personnes à l’étranger. Je dis cela avec une profonde inquiétude, une profonde inquiétude. Je ne peux pas détailler, mais aujourd’hui nous travaillons à un niveau bien plus étendu. »

Interrogé sur les précisions, Hauser a déclaré qu’il ne voulait pas entrer dans les détails, mais qu’il « peut nous assurer que nous allons traiter cela. Nous ne le repoussons pas. Je ne pense pas que nous ayons le temps de le décaler. Nous devons le faire maintenant. »