Une simple matinée de discussion aura donc suffit pour dresser un « état des lieux de la situation sur le terrain et de la solution des deux États » israélien et palestinien et préparer une prochaine conférence « autour des Israéliens et des Palestiniens » pour un rendez-vous qualifié « d’urgent ».

« Contrairement à l’opinion commune, il n’y a pas de statu quo entre Israéliens et Palestiniens, » a expliqué Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission européenne et haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. « Il y a une détérioration générale de la situation, au niveau de la sécurité d’Israël et des conditions de vie côté palestinien ».

« Les seuls gagnants du statu-quo seront les extrémistes de tous bords, » a mis en garde François Hollande en introduction à la conférence.

De son côté le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, a estimé que les « incitations à la violence et la poursuite de la colonisation » rapprochaient Israéliens et Palestiniens « d’un point de non-retour ».

Ce rendez-vous d’un format inédit, puisque ni les Palestiniens ni les Israéliens n’y étaient invités, a réuni autour de l’initiative du récent patron du Quai d’Orsay Jean-Marc Ayrault, John Kerry et Sergueï Lavrov, ministres américain et russe des Affaires étrangères, Federica Mogherini, en charge de la diplomatie de l’Union européenne, Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Nabil El-Araby secrétaire général de la Ligue des États arabes, ainsi que les ministres des principaux pays européens et arabes.

« Cette réunion a eu lieu, ce qui n’était pas gagné d’avance, » s’est félicité M. Ayrault en conférence de presse. « Nous avons réuni 29 participants. Une première étape a donc été franchie, » a-t-il ensuite affirmé prudemment.

« Tout le monde s’est exprimé, quelque soient ses positions » a-t-il ajouté laissant supposer que les « positions » de ce nouveau groupe de travail étaient diamétralement opposées.

« Le premier objectif concret, a appuyé Mogherini, est l’unification de la communauté internationale et des acteurs régionaux ». Pour le première fois, les pays arabes de la région sont massivement partie prenante dans ces discussions.

Lors de cette matinée, un premier consensus s’est dégagé : « l’initiative arabe de paix de 2002, lancée par le roi Abdallah II de Jordanie est souvent revenue dans les discussions, » a noté Jean-Marc Ayrault.

« Je crois même que le Premier ministre israélien s’est prononcé en sa faveur hier, » a-t-il ajouté. Cette initiative, évoquée comme une base de travail par Benjamin Netanyahu, prévoit la normalisation des relations diplomatiques entre 22 pays arabes et Israël, qui s’engagerait à se retirer des territoires conquis en 1967.

Le Premier ministre israélien avait indiqué le 31 mai qu’il serait prêt à travailler à partir de ce plan tout en le réactualisant avec les nouveaux contextes changés depuis 2002.

« Nous sommes prêts à négocier avec les états arabes des révisions de cette initiative pour qu’elle reflète les changements spectaculaires de notre région depuis 2002 [date initiale de la proposition], mais maintienne l’objectif accepté de deux états pour deux peuples »,

Plus modestement, selon M. Ayrault, la conférence se donne pour objectif de donner de la motivation aux deux parties, en leur montrant les bénéfices d’un tel accord. « Nous nous engagerons en matière économique, en matière de coopération et de sécurité régionale et de renforcement des capacités du futur État palestinien » a-t-il détaillé.

Cette conférence est aussi un test aussi pour la France qui tente de reprendre la main sur des négociations diplomatiques au point mort depuis 10 ans, dont les Américains ne semblaient plus faire leur priorité désormais concentrés sur les affaires d’un Extrême-orient moins compliqué.

Mais la France aura cependant dû attendre que l’emploi du temps du secrétaire d’État américain John Kerry se libère pour fixer la date de ce rendez-vous, laissant deviner qui avait réellement la main sur l’agenda international.

Si une date « avant la fin de l’année » a été évoquée pour le deuxième round de ces discussions, l’identité du pays qui sera à la tête de cette initiative n’est pas encore déterminée. La France, dont le leadership semblait se dessiner après être parvenue à rassembler ces 29 participants, apparaît bien plus modeste par la voix de son ministre des Affaires étrangères qui invite « tous les pays ayant des propositions à formuler » à rejoindre cette initiative.

Et son offre d’accueillir le deuxième round de cette conférence de paix a simplement été « saluée » par les pays participants sans pour autant être acceptée d’emblée.

Les plus optimistes verront dans cette initiative la réanimation d’un processus de paix moribond. Les plus pragmatiques soulignent que les divergences de vue entre les différents participants n’a accouché que d’une déclaration sans relief, dans laquelle n’apparaît ni de réel calendrier, et moins encore de leader des négociations.

Une conférence de paix qui démarre sous le prisme de la prudence et de la modestie, qui pourraient être les clefs de son succès.