18 pays qualifient les mesures prises par Israël en Cisjordanie d’étape vers une « annexion de facto »
Ils condamnent la décision de faciliter les implantations, la qualifiant "d'attaque directe contre la viabilité de l'État palestinien et la mise en œuvre de la solution à 2 États"
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Près de vingt pays ont condamné lundi la récente décision d’Israël de faciliter l’expansion de la présence juive en Cisjordanie, la qualifiant de pas vers une « annexion de facto » et de tentative de saper la création potentielle d’un État palestinien.
Cette condamnation fait suite à une décision du cabinet de sécurité prise au début du mois, qui modifie les procédures d’enregistrement foncier et d’acquisition de biens immobiliers en Cisjordanie. Cette décision facilite les implantations dans le territoire et renforce le contrôle israélien sur celui-ci, y compris sur les sites sensibles.
« Ces changements sont de grande envergure. Ils reclassent les terres palestiniennes en tant que soi-disant ‘terres d’État’ israéliennes, accélèrent les activités de colonisation illégales et renforcent encore l’administration israélienne », indique le communiqué conjoint publié lundi par dix-huit pays.
Ces pays ont déclaré que ces mesures s’inscrivaient « dans une trajectoire claire visant à changer la réalité sur le terrain » et qu’elles constituaient « une attaque délibérée et directe contre la viabilité de l’État palestinien et la mise en œuvre de la solution à deux États ».
Selon le communiqué, les implantations et les décisions visant à les promouvoir constituent « une violation flagrante du droit international » et un pas vers ce qu’ils décrivent comme une « annexion de facto ».
Les auteurs du texte appellent le gouvernement israélien « à revenir immédiatement sur ces décisions » et « à respecter ses obligations internationales ».
Ce communiqué a été signé par l’Arabie saoudite, l’Égypte, la France, l’Espagne, l’Indonésie, le Brésil et la Turquie, entre autres. Il a également été approuvé par la Ligue des États arabes, l’Organisation de coopération islamique (OCI) et l’Autorité palestinienne (AP).
Cette condamnation fait suite à une déclaration similaire, signée par certains des mêmes pays, qui a été publiée immédiatement après la décision du cabinet du 8 février.
Le ministre ultranationaliste des Finances, Bezalel Smotrich, avait alors déclaré que l’un des objectifs de ces nouvelles mesures était de « normaliser la vie en Cisjordanie » et « d’enterrer l’idée d’un État palestinien ».
Ces mesures renforcent le contrôle israélien sur l’ensemble du territoire et facilitent l’expansion future des implantations. Elles transfèrent à Israël l’autorité sur les permis de construire pour les implantations dans la ville majoritairement arabe de Hébron, qui était auparavant sous la responsabilité de la municipalité palestinienne.
Ces changements affectent également le Tombeau des Patriarches, un site sacré pour le judaïsme et l’islam, qui a été un point névralgique du conflit. La décision a également eu un impact sur le site du Tombeau de Rachel, à Bethléem, en établissant une « autorité municipale dédiée » responsable du nettoyage et de l’entretien courant du lieu saint.
Ce plan rend également obligatoire la publication des registres fonciers en Cisjordanie, ce qui permettra aux acheteurs potentiels d’identifier les propriétaires fonciers et de les contacter pour acheter leurs biens. Il abroge également une disposition légale qui empêchait les non-musulmans d’acheter des biens immobiliers dans la région, facilitant ainsi l’acquisition de propriétés en Cisjordanie.
En outre, il étend les activités de surveillance et d’application de la loi israéliennes aux zones A et B, qui sont toutes deux censées être sous le contrôle civil de l’AP en vertu des Accords d’Oslo des années 1990, pour ce qui est des violations liées à l’eau, des dommages causés aux sites archéologiques et des risques environnementaux qui polluent la région.
Les États-Unis tentent de limiter les dégâts auprès des pays arabes, après que l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a suscité l’indignation en déclarant, lors d’une récente interview, qu’il « n’y aurait aucun problème » si Israël prenait le contrôle d’une grande partie du Moyen-Orient, a rapporté Politico.
Selon cet article, qui cite trois personnes impliquées dans cette initiative, de hauts responsables du Département d’État ont appelé les pays qui ont exprimé leur colère pour leur expliquer qu’il s’agissait de l’opinion personnelle de Huckabee et non d’un changement de politique de la part des États-Unis.
Huckabee s’est exprimé ainsi lors d’une longue interview de trois heures avec le commentateur américain de droite Tucker Carlson, diffusée vendredi, après que Carlson eut déclaré que, selon la Bible, les descendants d’Abraham recevraient des terres qui comprendraient aujourd’hui une grande partie du Moyen-Orient, et eut demandé à l’ambassadeur si Israël avait droit à ces terres.
Ce à quoi Huckabee a répondu : « Ce serait très bien s’ils prenaient tout. »
Il a toutefois ajouté qu’Israël ne cherchait pas à étendre son territoire et avait le droit à la sécurité sur les terres qu’il détient légitimement.
Sous l’actuel gouvernement, et plus précisément sous la direction de Smotrich, le nombre d’implantations approuvées a explosé, avec un nombre record de 54 en 2025, selon l’ONG israélienne La Paix maintenant.
Selon le site Internet du parti de Smotrich, HaTzionout HaDatit, « ce qui était un rêve lointain pendant des décennies est devenu une réalité vivante qui redessine la carte de la Judée, de la Samarie et de la vallée du Jourdain ».
En dehors de Jérusalem-Est, plus d’un demi-million d’Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie, dans des implantations que les Nations unies jugent illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.
L’AFP a contribué à cet article.
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