25 ans après la loi sur leur bien-être, les animaux souffrent encore en Israël
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25 ans après la loi sur leur bien-être, les animaux souffrent encore en Israël

Le groupe de défense des droits des animaux Animals Now clame que l'amélioration des conditions de vie du bétail exige un changement du ministère responsable

Un poussin tout juste sorti de l'oeuf (Crédit : Animals Now)
Un poussin tout juste sorti de l'oeuf (Crédit : Animals Now)

Un peu plus de 25 ans après l’adoption de la loi sur le bien-être animal, de larges écarts subsistent entre le contenu du texte et sa mise en œuvre et, en conséquence, des milliards d’animaux en Israël souffrent encore de manière déraisonnable, selon un rapport publié lundi.

La principale conclusion d’un réexamen effectué par le groupe de défense des droits des animaux Animals Now, est que la responsabilité de l’application de la législation doit être transférée du ministère de l’Agriculture – qui représente les intérêts des exploitants agricoles – au ministère de la Protection environnementale.

Le rapport (en hébreu) note que de larges secteurs du public israélien adorent les animaux. Un quart des foyers possède un animal de compagnie.

Le pays est un lieu privilégié dans le monde pour les végétariens et les végétaliens, et les militants des droits des animaux ont obtenu de nombreuses victoires, comme l’interdiction du gavage forcé des oies et des canards et l’éloignement des vaches laitières et de leurs veaux.

Il y a, de plus, dorénavant des restrictions à l’usage des cages agricoles dans lesquelles sont enfermées les truies – des petites cages en métal dans lesquelles elles sont enfermées pendant des semaines durant leur gestation.

Mais, continue le rapport « la majorité des animaux relevant du bétail en Israël souffrent de violences sévères et sont sans défense ».

Il cite les poules parmi de nombreux autres exemples. La plupart des poules pondeuses, au sein de l’État juif, sont encore enfermées dans des cages bondées dont l’usage est d’ores et déjà interdit dans 36 pays, souligne le rapport.

De plus, la pratique de les affamer pendant 10 à 14 jours pour obliger le groupe entier à faire sa mue (changer son plumage) rapidement et pour pouvoir retourner à la ponte continue, même si elle a été interdite en Israël il y a plusieurs années. Dans la nature, les plumes des oiseaux tels que les poules changent petit à petit, souvent au début de l’hiver, une période pendant laquelle les volatiles se concentrent sur la mue et le maintien de leur chaleur corporelle en cessant temporairement de pondre.

Poules en cage (Crédit :Animals Now)

Le transport d’animaux vivants, de veaux et d’agneaux, en Israël où ils se font engraisser et abattre est un autre exemple de la continuation des violences faites aux animaux. Chiffre record, ce sont presque 700 000 animaux qui ont été importés en Israël l’année dernière, malgré des promesses gouvernementales répétées au fil des ans de réduire ce nombre.

Des cas d’abus avant, pendant et après les transports ont fréquemment été relayés. Des maltraitances reconnues par le ministère de l’Agriculture.

Ainsi, au mois de novembre 2018, la Knesset avait donné le feu vert à un projet de loi en lecture préliminaire qui prévoyait de réduire petit à petit le nombre de têtes de bétail importées en Israël, visant à mettre un terme définitif à ces transports dans les trois ans en se tournant entièrement vers l’importation de viande congelée. Mais le projet de loi est depuis bloqué en l’absence d’un gouvernement élu.

C’est le ministère de l’Agriculture qui assume la responsabilité des inspections liées au bien-être des animaux, ce qui crée un conflit d’intérêts dans la mesure où le ministère est également chargé d’élargir l’industrie agricole qui ne recherche que le profit, explique le rapport.

Un transport d’animaux vivants destinés à l’engraissement et à l’abattage (Crédit : Animals Now)

Dans ce que le groupe qualifie « d’accusation grave à l’encontre du ministère de l’Agriculture », AnimalsNow clame non seulement que le ministère tarde volontairement à faire appliquer la loi, mais qu’il l’ignore dans les faits, tentant de mettre un terme à toutes les initiatives visant à améliorer la qualité de vie des animaux.

La question du rôle du ministère de l’Agriculture dans le bien-être animal est apparue dans les rapports émis par le contrôleur de l’État, au cours des années. L’ex-procureur général Yehuda Weinstein avait exprimé son soutien au transfert de la responsabilité du bien-être animal au ministère de la Protection environnementale. En 2015, le gouvernement avait adopté la Décision 833, qui confiait cette charge au ministère de l’Agriculture tout en ordonnant une longue liste d’améliorations.

Mais, dit le rapport, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées depuis l’adoption de la loi, les engagements faits de manière répétée devant la Haute Cour et les nombreuses décisions gouvernementales sur le sujet, le ministère de l’Agriculture n’a même pas émis de régulations pour la mise en œuvre de la loi de 1994 qui permettraient de déterminer les normes minimales en termes de détention de bétail.

« En pratique, des centaines de millions d’animaux restent sans protection », souligne le rapport.

L’organisation affirme qu’à trop d’occasions, les révélations de maltraitance animal ne sont pas suivies d’effets, et que les mises en examen de leurs auteurs sont rares. Plusieurs cas de violences animales dans des abattoirs, livrés à l’attention des médias par l’organisation, n’ont finalement entraîné aucune condamnation.

Photo d’un abattoir à Haïfa (Crédit : Animals Now)

Parmi les nombreuses recommandations faites par l’organisation, le transfert de la responsabilité du bien-être animal au ministère de la Protection environnementale, l’arrêt du transport d’animaux vivants pour l’abattage et l’interdiction des cages pour les volailles.

Un communiqué émis par le ministère de la Protection environnementale a fait savoir que « le ministère est désireux de s’emparer du sujet du bien-être animal – mais concernant tous les animaux, qu’il s’agisse du bétail ou des animaux de compagnie.

Le ministère de l’Agriculture n’a pas encore réagi.

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