5 questions sur les tensions entre Liberman et Netanyahu
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5 questions sur les tensions entre Liberman et Netanyahu

Le chef d'Yisrael Beytenu n'est pas en guerre contre la "coercition religieuse", ni un "gauchiste" comme le dit Netanyahu. Alors pourquoi a-t-il poussé Israël aux élections ?

Marissa Newman

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, à la Knesset, 29 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, à la Knesset, 29 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Selon Avigdor Liberman, la crise de la coalition de la semaine dernière, qui s’est terminée par la convocation de nouvelles élections chocs en septembre, ne concernait qu’une seule et unique chose : voter le projet de loi du ministère de la Défense réglementant la conscription militaire des hommes ultra-orthodoxes, sans amendement.

A mesure que la crise s’aggravait, dans une série de conférences de presse, le dirigeant d’Yisrael Beytenu a pourtant progressivement admis que le projet de loi sur l’enrôlement n’était qu’un « symbole » ou un « symptôme » d’un problème plus large – la subordination du Premier ministre Benjamin Netanyahu à ses partenaires ultra-orthodoxes, qui entraînent progressivement Israël vers un « Etat halakhique » [un Etat religieux juif].

Et cela, il ne peut tout simplement pas l’accepter.

Dans le récit de Netanyahu, en revanche, la débâcle punitive de la semaine dernière n’avait qu’une seule et unique source : une vendetta personnelle de Liberman, qui cherche à remplacer Netanyahu au pouvoir et qui n’a aucun scrupule quant aux conséquences sur les finances publiques de son obstination. Des compromis ambitieux ont été proposés à Liberman pour rejoindre la coalition, mais les demandes « délirantes » de l’ancien ministre de la Défense – qui a quitté le gouvernement en novembre dans une démarche qui a finalement conduit aux dernières élections, en avril – a prouvé à Netanyahu qu’il s’agissait d’un règlement de compte personnel de la part d’un homme politique dont les desseins sont imprévisibles.

Et cela, il ne peut tout simplement pas l’accepter.

Alors que les Israéliens sont encore ébranlés par ce coup du lapin politique et qu’ils s’attendent à d’autres rebondissements, revirements, trahisons et récriminations au cours des trois mois précédant leur retour aux urnes, voici un aperçu de cinq des principales revendications, rumeurs et questions sans réponse qui ont circulé à propos de Liberman avant que le rideau tombe à minuit mercredi, lors de tragédie grecque que fut la 21e Knesset. Et de quelle façon cela est susceptible d’avoir un impact sur la campagne de la 22e Knesset – même si personne n’a demandé aux électeurs si cette dissolution était quelque chose d’acceptable.

1. Liberman est-il le croisé de la coercition anti-ultra-orthodoxe qu’il prétend être ?

Les sept semaines de négociations infructueuses qui ont culminé la semaine dernière ne constituaient pas la première fois que Liberman se mettait ostensiblement en marge d’une coalition Netanyahu sur les questions de religion et d’Etat.

Le 25 février 2016, à l’époque député de l’opposition et ancien ministre des Affaires étrangères, Liberman a publiquement fustigé Netanyahu pour sa constante « capitulation » devant les partis politiques ultra-orthodoxes.

Se référant aux négociations de coalition avec l’équipe de Netanyahu quelques mois plus tôt, qui l’avait conduit à choisir de rester dans l’opposition, Liberman a fait cette réflexion : « Quand j’ai vu l’accord [de coalition proposé], j’ai compris une chose : que ses accords avec les partis Haredi ne concernaient pas seulement la 20e Knesset, mais aussi la 21e, la 22e et ainsi de suite. Bref, toutes les futures Knesset auxquelles il a l’intention de participer. Et croyez-moi, il a l’intention de rester en politique jusqu’en 2069. » Les ultra-orthodoxes auront toujours la préférence, a accusé Liberman, et Netanyahu « capitulera toujours face à leurs demandes ».

« Lors des prochaines élections, nous ne nous engagerons pas à l’avance pour vous soutenir comme Premier ministre », a-t-il dit en février 2016. « Ce que je peux vous promettre, c’est qu’Yisrael Beytenu ne fera jamais partie d’une coalition de gauche. »

Exactement trois mois plus tard, un Liberman souriant, assis à côté d’un Netanyahu tout aussi radieux, signa lors d’une conférence de presse un accord de coalition – acceptant ainsi de siéger au gouvernement avec les partis Haredi qui avaient depuis longtemps ancré leurs revendications de coalition sur la religion et l’Etat. Il restera au gouvernement pendant deux ans et demi en tant que ministre de la Défense, jusqu’à sa démission en novembre 2018.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman annoncent un accord de coalition, le 25 mai 2016. (Yonatan Sindel/FLASH90)

Liberman, dont la base de partisans est en grande partie composée d’immigrés laïcs de l’ex-Union soviétique, a fait campagne pour les élections d’avril en s’opposant à la « coercition religieuse » et en soutenant l’ouverture des transports publics et des supérettes durant le Shabbat. Il a en outre souhaité la suppression du contrôle par le Grand Rabbinat sur le mariage et le divorce et l’adoption de lois régissant et restreignant les exemptions de conscription militaire des étudiants ultra-orthodoxes. « Nous ne serons pas les partenaires d’un gouvernement dirigé selon la Halakha« , a déclaré M. Liberman la semaine dernière.

Mais son comportement passé sape quelque peu la vision autoproclamée de Liberman en tant que leader des Israéliens laïcs et adversaire acharné du monopole ultra-orthodoxe au sein du gouvernement.

Certes, Liberman a toujours méprisé les relations entre le Premier ministre et les partis ultra-orthodoxes, et a condamné toute tentative d’imposer la religion dans la sphère publique, soulignant sa fermeté avec son slogan vantard mila zo mila (notre parole est notre parole). Mais contrairement à ses protestations contre les Palestiniens ou la sécurité d’Israël, il n’est pas encore allé jusqu’à quitter un poste au sein d’un gouvernement ou d’un cabinet confortable à cause de questions religieuses – qu’il a tendance à condamner si fermement avant les formations de coalition.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, est reçu par le ministre de la Santé, Yaakov Litzman (à gauche), lors d’un repas pour célébrer la naissance du petit-fils de Litzman, le 18 juin 2017. (Shlomi Cohen/FLASH90)

En 2018, Yisrael Beytenu a fait scission avec la coalition pour voter contre un projet de loi visant à fermer les supérettes le jour du Shabbat, mais il ne l’a pas quittée quand le projet est devenu loi.

Il s’est fermement opposé à la volte-face du gouvernement sur l’accord du mur Occidental et a tenté de faire avancer un projet de loi de conversion qui consacrerait le monopole orthodoxe sur le processus, mais n’a même pas feint d’être en ligne de mire au sein de l’opposition lorsque le cabinet a renversé sa décision précédente sur la zone de prière mixte au mur Occidental, avec un contrôle partagé par des dirigeants non orthodoxes. Et lorsque le gouvernement, sous la pression des partis ultra-orthodoxes, a stoppé la construction d’une passerelle piétonne à Tel Aviv le samedi pendant six mois en août 2018, il ne s’est pas manifesté.

Aryeh Deri, chef du parti ultra-orthodoxe Shas, (à droite) et Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beyteinu, lors des « Sheva Brachot » de la fille de Deri, le 23 décembre 2015. (Yaacov Cohen/FLASH90)

Il a siégé au sein de plusieurs gouvernements en partenariat avec les partis Haredi tout en sachant que cela signifiait qu’une réforme sur la religion serait impossible. Comme l’ont souligné les députés ultra-orthodoxes la semaine dernière – qui ont fait valoir leur soutien conjoint pour la candidature de Moshe Lion, un ami de Liberman, à la mairie de Jérusalem -, il était disposé à coopérer avec ses collègues Haredi quand cela était politiquement nécessaire.

Le directeur général du bureau du Premier ministre Avigdor Liberman (à gauche) avec le chef du bureau du Premier ministre, Moshe Lion, devant le cabinet du Premier ministre néerlandais à la Haye. Octobre 1997. (Yaakov Saar/GPO archive)

Aussi, même s’il s’insurge contre la prétendue dérive d’Israël vers un « État halakhique », Liberman n’a pas non plus exclu de rejoindre à l’avenir un gouvernement avec les partis Haredi.

Tout au long de sa carrière politique tumultueuse, les différentes fois où il a quitté les gouvernements israéliens sont survenues, respectivement, en protestation contre le retrait de Tsahal de la région de Hébron (en octobre 2001, dans le gouvernement d’Ariel Sharon ; le parti n’a quitté la coalition qu’en mars 2002, suite à l’assassinat du ministre Rehavam Zeevi quelques heures après la remise de leur démission conjointe) ; à propos des négociations avec les Palestiniens (janvier 2008, gouvernement d’Ehud Olmert) ; et enfin de la politique militaire « molle » du gouvernement à Gaza et contre le groupe terroriste du Hamas (novembre 2018, gouvernement Netanyahu).

Au moins, selon les raisons invoquées pour ses démissions, la sécurité – et non la religion – avait été, jusqu’à la semaine dernière, sa « ligne rouge ».

La semaine dernière – contrairement à ce qui s’est passé en 2015, quand la poignée de sièges d’Yisrael Beytenu n’avaient pas brisé la coalition Netanyahu -, Liberman est allé plus loin que par le passé et a refusé de céder. Il a ainsi conduit Netanyahu à recourir à l’organisation de nouvelles élections.

La question est de savoir s’il s’en tiendra à sa position, et comment cela se passera s’il détient à nouveau l’équilibre du pouvoir en septembre prochain. Cela pourrait s’avérer être le baromètre de la question non encore résolue qui hante le fiasco de la semaine dernière : S’agissait-il d’une question de religion, comme Liberman l’a affirmé ? Ou n’était-ce qu’un prétexte, selon Netanyahu ?

2. Est-il un gauchiste ?

Quelques minutes après le vote de la Knesset visant à dissoudre le Parlement et organiser de nouvelles élections, Netanyahu, visiblement contrarié, a déclaré aux journalistes : « Avigdor Liberman fait maintenant partie de la gauche. Il fait tomber des gouvernements de droite. Ne le croyez plus jamais. »

Son propos – empreint d’une bonne dose de venin – a suscité chez certains dans la foule une réaction que Netanyahu n’avait pas prévue : le rire. La façon dont le Premier ministre a qualifié son ennemi juré était-elle vraiment risible ?

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle aux médias à la Knesset de Jérusalem, le 29 mai 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Liberman est peut-être l’un des derniers résistants de la droite à soutenir ouvertement une solution à deux États, avec l’échange de terres de villes arabes israéliennes, qui appartiendraient à un futur État palestinien. Résident de l’implantation de Nokdim en Cisjordanie, l’ancien ministre de la Défense a également soutenu une approche carotte et bâton envers les Palestiniens, qui s’est heurtée à sa rhétorique plus belliqueuse, et a mis en colère les dirigeants de droite avec un projet en 2017 d’approuver des milliers de logements dans la ville de Qalqilya en Cisjordanie comme moyen de dissuasion au terrorisme.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, inspecte un viseur sur un fusil dans une usine de fabrication d’armes de la ville de Sderot, dans le sud d’Israël, le 14 décembre 2017. (Ariel Hermoni / Ministère de la Défense)

Les titres spontanés, cependant, étaient plus susceptibles d’être suscités par les attaques rhétoriques très combatives et fréquentes de Liberman contre les Palestiniens et les Arabes israéliens, notamment par ses suggestions selon lesquelles les non fidèles à Israël devraient être décapités, par les allégations selon lesquelles les législateurs arabes sont eux-mêmes terroristes et une « cinquième colonne », son soutien très médiatisé à la peine de mort pour les terroristes, et des commentaires qui semblaient suggérer que tous les Palestiniens tués dans des affrontements le long de la barrière frontalière avec Israël étaient membres du Hamas car il n’y a « aucun innocent à Gaza » (que le ministère de la Défense a ensuite démenti).

En 2017, il a été largement critiqué pour avoir appelé au boycott des entreprises arabes dans les régions d’Israël qui ont connu des émeutes suite à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président américain Donald Trump. « Les habitants de cet endroit ne font pas partie de l’État », a déclaré le ministre de la Défense de l’époque au sujet de Wadi Ara. « Vous ne pouvez pas aller manifester avec un drapeau palestinien, prendre des milliards d’aide sociale dans le pays, et nous détruire de l’intérieur. »

« Qu’ils sentent qu’on ne veut pas d’eux ici », a-t-il exhorté auprès des Israéliens.

Liberman s’est également moqué de la récente présentation par Netanyahu de ses opinions politiques.

« L’homme de Césarée accuse l’homme de Nokdim d’être de gauche ? », se moqua-t-il.

3. Y a-t-il eu une tentative de détrôner Netanyahu, au travers des contacts entre Gideon Saar du Likud et Benny Gantz ?

Au cours des montagnes russes politiques de la semaine dernière, le parti Kakhol lavan a appelé les membres du Likud à rompre les rangs avec Netanyahu et à former un gouvernement unitaire avec le parti centriste, répandant des rumeurs qu’un prétendu voyou, à savoir l’ancien ministre du Likud Gideon Saar, pourrait faire une telle chose.

Gideon Saar prend la parole lors d’une conférence à Jérusalem organisée par l’Institut israélien de la démocratie, le 19 juin 2018. (Yossi Zeliger/ Flash90/File)

Officiellement, cependant, toutes les parties nient l’existence de pourparlers entre Saar et Kakhol lavan. Et, plus précisément, lorsque le vote de mercredi à la Knesset a atteint son paroxysme, le Likud – dans son intégralité – a voté en faveur des élections, plutôt que d’accorder au président Reuven Rivlin une ouverture pour charger Benny Gantz, le dirigeant de Kakhol lavan, de former une coalition. La semaine dernière, le Likud a également voté en faveur du maintien de Netanyahu comme candidat au poste de Premier ministre aux prochaines élections, lors d’une réunion à laquelle Saar n’a pas participé.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz lors d’une manifestation aux abords du musée de Tel Aviv consacrée aux initiatives prises par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour prôner une loi qui lui permettrait d’échapper aux poursuites intentées à son encontre dans trois dossiers, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Liberman a également réagi aux rumeurs selon lesquelles il aurait rencontré Yair Lapid de Kakhol lavan à Vienne immédiatement après les élections, après que les deux politiciens ont quitté le pays immédiatement après le vote d’avril.

« La dernière fois que j’ai rencontré Lapid, c’était deux semaines avant les élections », a déclaré M. Liberman lors d’une réunion de faction la semaine dernière, ajoutant qu’il avait essayé d’organiser une réunion avec le député Kakhol lavan depuis, mais « malheureusement » sans succès.

« Je suis désolé de vous décevoir : Depuis la campagne électorale, je n’ai pas rencontré Gideon Saar ni Moshe Kahlon », a-t-il ajouté. Une photo de Saar et Liberman discutant à la Knesset au début de la semaine dernière a été prise plus tard, ce qui a déclenché des spéculations, même si une salle remplie de législateurs et de journalistes qui prenaient des photos ne serait pas le cadre idéal pour préparer diaboliquement le renversement d’un Premier ministre en poste depuis longtemps.

Le parti Yisrael Beytenu de Liberman a également voté en faveur des élections lors du vote de la Knesset à minuit mercredi, bloquant le chemin éventuel de Kakhol lavan à former une coalition, et a continué à dire qu’il n’a pas changé son soutien à Netanyahu comme Premier ministre pendant la semaine dernière.

La perspective d’un gouvernement alternatif de centre-droit dirigé par Kakhol lavan était également très farfelue car elle aurait exigé que le parti (35 sièges) s’associe à Koulanou de Moshe Kahlon (4 sièges, qui a depuis décidé, de rejoindre la liste du Likud pour les élections de septembre, le Parti travailliste de Gabbay (6 sièges), Yisrael Beytenu (5 sièges) et au moins 11 parlementaires likud pour former un gouvernement majoritaire dans la Knesset, qui compte 120 sièges. (Les partis ultra-orthodoxes ont rejeté l’idée de rejoindre une coalition avec Lapid, l’Union des partis de droite a dit qu’il ne rejoindrait pas le centre-gauche, et les partis de droite auraient du mal à siéger dans une coalition avec le parti gauchiste de Meretz).

Des Israéliens dépouillent les bulletins de vote encore en attente des soldats et des électeurs de l’étranger au Parlement de Jérusalem, au lendemain des élections générales, le 10 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

S’adressant au Times of Israel en juin 2015, lors de son passage dans l’opposition, Liberman accusa Netanyahu de dissoudre la précédente Knesset pour des craintes similaires non fondées d’un « putsch » politique. Les partenaires de la coalition du Premier ministre de l’époque ont été plus abandonnés que complices sur le plan politique, a-t-il insisté.

« Après l’opération Bordure protectrice, Netanyahu a dissous la Knesset sans raison. Il a observé Yair Lapid ; il n’a pas aimé mes bonnes relations avec Yair Lapid. Il n’aimait pas les bonnes relations entre moi et Tzipi Livni. Il a toujours toutes sortes de peurs. C’est très facile de stimuler ses pensées.

Yesh Atid party leader Yair Lapid seen with his hand on the shoulder of former foreign minister Avigdor Liberman during the opening session of Israel's 19th parliament, held at the Knesset, February 5 (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Le chef de Yesh Atid Yair Lapid (à gauche) avec Avigdor Liberman à la Knesset, le 5 février 2013 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« C’est comme de la paranoïa politique, je crois. J’ai parlé à Lapid. Personne ne voulait le faire tomber. Personne. Pas Bennett. Pas Tzipi. Pas Lapid. Il faut juste faire attention aux gens. Invitez-les à entrer. A s’asseoir. A parler. Etre un mensch [un homme]. Il faut faire un petit effort avec ses partenaires. »

4. Liberman a-t-il une chance d’être Premier ministre ?

Alors que les pourparlers se sont effondrés la semaine dernière et qu’il est devenu clair que Liberman ne reculerait pas, le Likud a accusé le dirigeant d’Yisrael Beytenu de tenter de remplacer Netanyahu dans la plus haute fonction d’Israël. « Son but est de détruire Netanyahu et de le supplanter », a dit une source du Likud.

Liberman a nié entretenir une vendetta personnelle contre Netanyahu et a minimisé ses ambitions de Premier ministre au cours du week-end dernier.

« Je me vois diriger mon propre parti. Je dois réussir. Je n’ai jamais dit que le rêve d’être Premier ministre me fascinait. Nous ferons de notre mieux. Si nous avons suffisamment de sièges, nous envisagerons [le poste de Premier ministre]. Sinon, nous sommes des gens rationnels », a-t-il déclaré dans une interview télévisée samedi.

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, annonce la campagne conjointe avec le Likud avant les élections israéliennes, à Jérusalem, le 25 décembre 2012. (Miriam Alster/FLASH90)

Mais passant à la vitesse supérieure en ce qui concerne son soutien au prochain Premier ministre, M. Liberman a déclaré que son parti appuiera un candidat de droite mieux placé pour former un gouvernement, sans plus de détails. Il a continué d’écarter la possibilité de soutenir Gantz pour le poste.

Le dirigeant d’Yisrael Beytenu a enregistré une hausse du soutien dans les sondages (qui, lors des dernières élections, étaient encore loin du compte) depuis l’effondrement des pourparlers de coalition et le déclenchement de nouvelles élections, mais il aurait probablement des difficultés à obtenir suffisamment de votes du centre gauche pour le propulser au pouvoir, à cause de sa ligne dure envers les Arabes. Sa meilleure performance depuis son entrée en politique, il y a vingt ans, a été en 2009, lorsque le parti a remporté 15 sièges ; en avril, il n’a obtenu que cinq sièges. Se présentant seul, il ne semble pas avoir accès au pouvoir, même si des fusions de dernière minute avec d’autres partis pourraient secouer la carte politique.

5. Qu’est-ce qu’il a contre Netanyahu ?

Malgré les objections de Liberman, qui dit ne pas avoir de comptes personnels à régler avec le Premier ministre, les deux politiciens se sont affrontés amèrement et ont oscillé entre la fonction d’ennemis politiques redoutables et celle d’alliés insubmersibles.

Leur relation de travail a commencé à la fin des années 1980 lorsque Netanyahu a commencé sa carrière à la Knesset. Liberman a ensuite été directeur général du Likud sous la direction du chef de l’opposition Netanyahu et du Cabinet du Premier ministre sous le premier mandat du Premier ministre Netanyahu. Il a occupé une série de postes ministériels dans les gouvernements dirigés par la suite par Netanyahu. Et leurs deux partis – le Likud et Yisrael Beytenu – se sont présentés sur une liste commune pour les élections de 2013.

Benjamin Netanyahu (G) prépare un discours destiné au Conseil européen pour la sécurité et la coopération économique en route vers Lisbonne. Avigdor Liberman est à droite sur la photo. Janvier 1996. (Yaakov Saar/GPO photo archive)

Au cours de ses mandats dans l’opposition, Liberman n’a pas hésité à critiquer Netanyahu, notamment en le traitant de menteur et d’imposteur, et en le décrivant comme un homme inefficace, paranoïaque et faible.

Mais les raisons et l’ampleur de l’hostilité, pour l’instant, demeurent un mystère pour le public et même pour certains ministres chevronnés qui ont servi avec les deux politiciens pendant des années.

« J’ai demandé ce soir pardon à Netanyahu de l’avoir convaincu, pendant plus d’un mois, que Liberman entrerait au gouvernement », a déploré le leader ultra-orthodoxe du Shas, Aryeh Deri, mercredi dernier, peu avant le vote à la Knesset sur la dissolution. « Netanyahu m’a toujours dit que Liberman agit personnellement contre lui et ne veut pas entrer au gouvernement. Malheureusement, le Premier ministre avait raison. »

Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman (à gauche) s’entretient avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la session de l’assemblée plénière du Parlement israélien, alors que la Knesset vote sur la loi de gouvernance, qui, entre autres, relève le seuil électoral. Le 11 mars 2014. (Miriam Alster/FLASH90)

S’exprimant peu de temps après que les députés se soient prononcés en faveur de la tenue d’une deuxième élection générale sans précédent en cinq mois, Netanyahu a laissé entendre qu’il pourrait bientôt révéler un secret à Israël.

« Je vous en parlerai demain. Peut-être que je vais vous dire des choses que vous ignorez. Il a trompé l’électorat juste pour obtenir des voix », a dit M. Netanyahu.

Demain est arrivé et s’en est allé, et le Premier ministre ne semble pas encore avoir fixé un cap sur la question de savoir s’il devait s’attaquer personnellement à Liberman au cours de la prochaine campagne électorale et révéler des informations sur son allié devenu rivale, puis allié, puis rivale.

Et Liberman, sans doute, a aussi des histoires à raconter.

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