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Affaire Bild : La procureure générale a décidé de poursuivre Jonatan Urich

Le proche collaborateur du Premier ministre sera inculpé de transmission d’informations classifiées dans l’intention de nuire à la sécurité de l’État, de détention d’informations classifiées et de destruction de preuves

Jonatan Urich arrivant pour une audience, au tribunal de Rishon Lezion, le 14 janvier 2026. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)
Jonatan Urich arrivant pour une audience, au tribunal de Rishon Lezion, le 14 janvier 2026. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

La procureure générale, Gali Baharav-Miara, a décidé d’inculper Jonatan Urich, conseiller principal du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans le cadre de la fuite de documents classifiés au journal allemand Bild, a annoncé jeudi le bureau de la procureure générale.

Urich sera inculpé de transmission d’informations classifiées dans l’intention de nuire à la sécurité de l’État, de détention d’informations classifiées et de destruction de preuves. Le bureau de la procureure générale a indiqué que les avocats d’Urich avaient été informés de l’intention de poursuivre leur client.

Les accusations portent sur le rôle joué par Urich dans la fuite d’un document classifié provenant du Directorat des Renseignements militaires de l’armée israélienne au journal Bild en septembre 2024, dans le cadre d’une tentative visant à étayer l’affirmation de Netanyahu selon laquelle c’était le Hamas, et non lui, qui bloquait un accord pour la libération des otages détenus par le groupe terroriste à Gaza. Le document a été divulgué à un média étranger afin de contourner la censure militaire israélienne.

Eli Feldstein, un ancien conseiller de Netanyahu déjà mis en examen dans cette affaire, s’est procuré le document auprès d’un sous-officier de l’agence de renseignement militaire et a conçu le plan visant à le divulguer à la presse.

Selon Feldstein, Urich aurait approuvé son projet et l’aurait aidé à trouver un média étranger pour le publier, avec l’aide du conseiller du Likud, Israel Einhorn, lorsque les médias israéliens ont déclaré ne pas pouvoir le publier en raison des objections de la censure militaire.

Urich a réagi à l’annonce de Baharav-Miara par un message sur son compte X : « C’est tout de même quelque chose que la procureure générale n’ait pas requis la peine de mort », une pique clairement sarcastique au regard de la gravité des accusations portées contre lui.

Montage photos (de gauche à droite) : Jonatan Urich, Eli Feldstein, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédits : Flash90)

Des figures de l’opposition ont accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son entourage de mettre en danger la sécurité de l’État suite à l’annonce de l’inculpation d’Urich.

« Le Premier ministre ne peut pas soutenir une personne accusée d’avoir délibérément porté atteinte à l’État d’Israël », a déclaré Yaïr Lapid, chef de l’opposition, ajoutant que « l’entourage le plus proche de Netanyahu est rongé par la corruption, la décadence et la poursuite d’intérêts personnels au détriment de l’intérêt public ».

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, a estimé que cette mise en examen montre que « le cercle le plus proche de Netanyahu met en danger la sécurité de l’État ».

« Dans n’importe quel pays normal, un Premier ministre dont les conseillers les plus proches sont accusés de nuire à la sécurité de l’État les suspendrait immédiatement et coopérerait avec les enquêteurs », a déclaré Golan.

« Mais Netanyahu agit comme si l’État d’Israël était sa propriété privée et que la loi ne s’appliquait pas à ses collaborateurs. »

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a déclaré que la décision d’inculper le « conseiller le plus proche » de Netanyahu rappelait que le Premier ministre « ne s’est jamais distancié d’[Urich] un seul instant et continue de l’employer au cœur même de l’État d’Israël ».

De son côté, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a attaqué Baharav-Miara pour cette décision, affirmant qu’il ne croyait « pas un seul mot » de ce que disait la procureure générale.

« Jonatan Urich est un amoureux d’Israël, un professionnel, que la procureure générale limogée, qui mène une chasse aux sorcières, veut à tout prix écarter du bureau du Premier ministre », a déclaré Ben Gvir dans un communiqué.

Montage photos (de gauche à droite) : Jonatan Urich, conseiller de Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 3 octobre 2022 ; Eli Feldstein arrivant à une audience, au tribunal de Tel Aviv, le 11 mars 2025. (Crédits : Avshalom Sassoni/ Flash90 ; Yehoshua Yosef/Flash90)

« Je connais Jonathan Urich depuis de nombreuses années. Il se montre toujours dévoué et professionnel », a écrit sur le réseau social X la ministre des Transports, Miri Regev (Likud).

« Lui attribuer l’intention de nuire à la sécurité de l’État est sans fondement et complètement déconnecté de la réalité. Cette accusation n’a aucune explication logique, si ce n’est la persécution de la droite, du Premier ministre et de son bureau. Au final, la vérité prévaudra ! »

« Gali Baharav-Miara utilise de manière malveillante le système judiciaire comme une arme contre un camp de la scène politique : celui qui l’a licenciée à juste titre, et celui qui remédiera à la pourriture qui s’est répandue dans l’ensemble du système judiciaire », a déclaré le président de la Knesset, Amir Ohana.

Exprimant son soutien à Urich, le ministre de la Justice, Yariv Levin, a déclaré : « Rien ne peut compenser les souffrances et la douleur infligées à lui et à sa famille simplement en raison de son travail aux côtés du Premier ministre Netanyahu. Mais je suis convaincu que Jonatan fera tout pour que justice soit rendue. »

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, a pour sa part accusé la procureure générale d’avoir décidé de poursuivre Urich afin de détourner l’attention de son incapacité à empêcher la nomination du général de division Roman Gofman, secrétaire militaire du Premier ministre, au poste de prochain de l’agence de renseignement du Mossad.

Baharav-Miara a accusé la commission consultative sur les nominations supérieures d’avoir ignoré des faits essentiels concernant Gofman, affirmant que les agissements de ce dernier lors d’un incident controversé de 2022 constituaient une « tache importante » sur sa conduite éthique, et que la Haute Cour de justice devrait donc annuler sa nomination.

« La procureure générale destituée tente de détourner l’attention de l’opinion publique de la défaite qu’elle est sur le point d’essuyer concernant la nomination de Roman Gofman, et c’est la raison pour laquelle elle s’en prend à Jonatan Urich dans le cadre de la persécution politique continue et de la tentative de renverser le gouvernement de droite par le biais du système judiciaire », a déclaré Deri dans un communiqué.

« Je connais Jonatan comme un homme pieux, croyant, dévoué, professionnel et un véritable patriote de l’État d’Israël », a-t-il ajouté.

« La tentative de lui imputer une atteinte à la sécurité de l’État est une honte, visant à l’écarter du cabinet du Premier ministre et à terroriser les partisans de la droite. »

Le parquet avait indiqué mardi envisager d’inculper l’ex-chef de cabinet de Netanyahu pour fraude, abus de confiance et entrave à la procédure judiciaire, dans l’affaire de la fuite de documents classifiés.

Tzahi Braverman avait été entendu en janvier par la police pour entrave présumée à une enquête liée à cette fuite en 2024.

Cette fuite s’inscrivait dans le cadre d’une initiative menée par les conseillers du Premier ministre, dont Urich aurait également fait partie, afin de défendre la position de Netanyahu selon laquelle seule une pression militaire accrue permettrait d’obtenir la libération des otages détenus à Gaza, face à la vive réaction de l’opinion publique après l’exécution de six otages à Gaza fin août 2024.

Le chef de cabinet du Premier ministre, Tzahi Braverman, à la Knesset, Jérusalem, le 11 novembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Dans une interview, Feldstein avait assuré que Netanyahu avait été informé du projet de fuite, censé mobiliser l’opinion publique en faveur de la guerre.

Feldstein a aussi accusé Braverman d’avoir tenté de faire obstruction à l’enquête sur cette fuite.

L’enquête sur la fuite à Bild est l’une des nombreuses affaires impliquant les collaborateurs de Netanyahu ces derniers mois. Urich et Feldstein ont également été arrêtés dans le cadre de l’affaire dite du « Qatargate », dans laquelle ils sont soupçonnés d’avoir accepté de l’argent pour mener une campagne de relations publiques visant à présenter le Qatar sous un jour favorable pendant plus d’un an après le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, alors qu’ils travaillaient comme assistants de Netanyahu et que les liens entre cet État du Golfe et le groupe terroriste palestinien étaient étroits.

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