Alors que l’Iran cerne Israël, les luttes internes des dirigeants questionnent
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Analyse

Alors que l’Iran cerne Israël, les luttes internes des dirigeants questionnent

Notre gouvernement est paralysé depuis un an, à la suite d'une querelle autour d'une loi mineure, tandis que Netanyahu semble plus attaché aux mots qu'aux actions de notre allié

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant du parti politique Yisrael Beytenu Avigdor Liberman à la Knesset, le 25 mai 2016. (Yonatan Sindel/FLASH90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant du parti politique Yisrael Beytenu Avigdor Liberman à la Knesset, le 25 mai 2016. (Yonatan Sindel/FLASH90)

Alors que les responsables politiques auto-centrés d’Israël donnent satisfaction à leurs egos et intérêts personnels depuis un an — nous laissant sans gouvernement pleinement fonctionnel et nous infligeant deux, peut-être bientôt trois, élections tandis qu’ils s’invectivent les uns les autres — les règles militaires du jeu nous entourant ont changé. Et l’Iran en est le maître.

La semaine dernière, avant l’aube mardi, l’armée a réglé ses comptes avec le voyou qu’elle considère comme le « principal instigateur » du terrorisme venu de Gaza l’année passée, déployant un missile guidé pour tuer Baha Abou al-Ata et son épouse dans leur chambre, pendant leur sommeil. S’en sont suivis deux jours de tirs de roquettes depuis l’enclave en direction des localités du sud d’Israël, lesquels ont même provoqué la mise à l’arrêt de notre moderne et animée ville sioniste de Tel Aviv.

« La ville qui ne dort jamais » s’est vue anesthésier pendant plusieurs heures — écoles et entreprises fermées, rues désertées — par un mardi matin ensoleillé, par crainte que nos systèmes de défense aérienne reconnus ne puissent pas être en mesure de faire face à ces pluies de missiles. Et cela, rappelez-vous, après une frappe chirurgicale contre un seul terroriste, à la solde de la plus petite des deux organisations terroristes gazaouïes, dont aucune des deux ne pose le dixième de la menace que représente le Hezbollah, avec son arsenal de roquettes et de missiles à dix chiffres au Liban.

Puis cette semaine, de nouveau avant l’aube mardi, une semaine après qu’un Israël silencieux a été réprouvé pour une seconde frappe aérienne à Damas contre un deuxième commandant du Jihad islamique et après des reportages de la télévision syrienne sur une attaque contre des cibles à l’aéroport de la capitale, le nord d’Israël a été sorti de son sommeil par des sirènes annonçant des tirs de missile en provenance de Syrie — quatre projectiles heureusement interceptés par notre système de défense Dôme de Fer.

Les amoureux de la plage à Tel Aviv, le 12 novembre 2019. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Avec les nouvelles règles du jeu, il semblerait que toute mesure précise qu’Israël prend pour renforcer sa sécurité et éliminer ceux qui cherchent à nuire à ses citoyens fasse l’objet d’une « réponse » prenant la forme de tirs à l’aveugle sur nos citoyens qui perturbe notre quotidien national et nécessite une médiation internationale pour y mettre fin.

Telle est la nouvelle normalité imposée par l’Iran — la République islamique qui finance, forme et arme le Jihad islamique palestinien, qui a amélioré ses relations avec le Hamas, qui a fait du Hezbollah l’armée terroriste la plus puissante du monde, qui œuvre sans répit pour renforcer sa présence militaire dans la Syrie ensanglantée du président Bashar al-Assad et qui est prête à provoquer l’agitation à nos frontières et au-delà.

Pas de solutions rapides

L’armée israélienne est puissante et plus que capable de protéger la nation et de prendre toutes les mesures ordonnées par nos chefs politiques.

Et le public israélien est incroyablement résilient, surmonte de façon systématique les alertes successives et les escalades sans fin et retourne à son quotidien. Là où d’autres peuples pourraient fuir leur pays bombardé, les Israéliens font gonfler la population présente dans les localités frontalières de Gaza ciblées par les roquettes — s’installant à l’ombre des missiles.

Mais une portion croissante de cette population est de plus en plus traumatisée par ces agressions sans fin. Des médias en hébreu ont rapporté la semaine dernière qu’une étude laissait entendre que la moitié des résidents voisins de l’enclave étaient profondément traumatisés. Dans un entretien (hébreu) avec le site Ynet, un éminent psychologue de la région affirme que 70 % des habitants ont réussi à développer « les outils » nécessaires pour faire face à leur intenable réalité, « mais 30 %, et c’est une proportion considérable, ont besoin d’une prise en charge continue ».

Il s’agit d’une situation intolérable, mais il n’existe aucune solution rapide.

Israël a quitté unilatéralement le sud du Liban en 2000, car il perdait environ 30 soldats par an dans des attaques commises dans la prétendue Zone de sécurité. La communauté internationale avait applaudi et promis à Israël qu’elle prendrait les mesures nécessaires pour empêcher les organisations terroristes de combler le vide laissé et, sans surprise, n’a rien fait pour y contrer l’ancrage du Hezbollah.

Un homme regarde les dégâts commis dans une habitation de Sderot, en Israël, après qu’elle a été frappée à la roquette depuis la bande de Gaza, le 12 novembre 2019. (Crédit : Tsafrir Abayov/AP)

De façon controversée, Israël a quitté Gaza en 2005 — démantelant les implantations et retirant les soldats en poste — ce que la droite (qui voulait rester) et la gauche (qui avait exhorté à un retrait négocié avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas) avaient averti comme pouvant être perçu comme une justification du terrorisme. Depuis, une succession de responsables politiques ont appelé une riposte plus sévère contre les hostilités gazaouïes, mais ont manifestement choisi de ne pas l’appliquer lorsqu’ils sont en mesure de le faire. Jusqu’à présent, les différents gouvernements de Benjamin Netanyahu ont également rejeté l’idée de reconquérir Gaza ou de mener des offensives terrestres d’envergure.

Ce n’est pas une critique : s’il y avait des solutions rapides, elles auraient sans aucun doute été adoptées.

Une complaisance dangereuse

Ce qui est critiquable, en revanche, c’est la mesure dans laquelle nos dirigeants se sont autorisés à détourner leur attention de ce qui devrait être un objectif obsessionnel concernant nos stratégies de défense face à la puissance croissante de l’Iran et de son réseau d’alliés autour de nous.

Depuis la fin décembre 2018, nous sommes dirigés par des gouvernements transitoires, en raison d’une succession d’élections non concluantes, dans un contexte d’attaques orchestrées par l’Iran et d’un jeu d’accusations mutuelles de la part de nos responsables politiques.

La décision d’Avidgor Liberman de refuser à Netanyahu une coalition en avril n’est que la plus transparente des manigances politiciennes dangereuses et indéfendables.

La police lance des jets d’eau pour tenter de disperser une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre la conscription des membres de leur communauté dans l’armée, à l’entrée de Jérusalem, le 23 octobre 2017. (AFP Photo/Ahmad Gharabli)

Si Liberman était vraiment motivé que par les intérêts du pays — par un désir de répartition plus juste du poids des droits et des responsabilités parmi les Israéliens plutôt que par une crainte de son impertinence politique croissante — il ne nous aurait pas condamné à une année de paralysie politique en exigeant une loi sur l’enrôlement des jeunes ultra-orthodoxes dans l’armée, laquelle n’aurait pas beaucoup d’effet sur la proportion de jeunes haredim dans l’armée.

Il aurait plutôt insisté sur une variété de mesures précurseures concernant le service national qui veilleraient à ce que tous les jeunes Israéliens fassent leur part, avec ou sans l’uniforme de l’armée. Il s’agit d’une solution éminemment viable sous les yeux des responsables politiques israéliens, mais qu’ils ignorent systématiquement parce qu’elle ne sert pas leurs intérêts personnels.

Une attention mal dirigée

Dans le même temps, au sommet de l’exécutif, le Premier ministre a soutiré une série de déclarations de l’administration américaine empathique — sur Jérusalem, sur le plateau du Golan et désormais, sur les implantations — dont il s’est servi pour démontrer son indispensabilité et sa supériorité sur ses rivaux politiques. Mais un soutien d’intention ne remplace pas un engagement avéré, et c’est assurément ce sur quoi le pays doit se concentrer dans ses relations avec notre allié le plus important, plutôt que sur des déclarations de soutien.

Les attaques de l’Iran sur des infrastructures pétrolières clés de l’Arabie saoudite sont restées sans réponse. Le président Trump souhaite un retrait total des troupes américaines en Syrie. Et ses déclarations répétées selon lesquelles les États-Unis n’ont rien à faire au Moyen-Orient, avec ses « guerres stupides, sans fin » ne font que conforter ces régimes dangereux, qui tentent d’exploiter tout signe d’affaiblissement ou de baisse d’intérêt de Washington.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en conférence au département d’Etat à Washington DC, le 18 novembre 2019. (Crédit : JIM WATSON/AFP)

De façon ironique, l’annonce lundi du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, d’un changement déclaratif considérable concernant les implantations a permis de souligner que de tels propos n’étaient principalement prononcés que dans l’intérêt tactique d’un allié politique — Netanyahu. Après tout, Donald Trump n’a pas caché son scepticisme au sujet des implantations, comme il l’a dit clairement deux fois au quotidien pro-Netanyahu, détenu par Adelson, Israel Hayom : « Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que poursuivre les implantations est une bonne chose pour la paix », a-t-il ainsi fait savoir en 2017. « Les implantations compliquent beaucoup la situation et ont toujours rendu difficile toute discussion sur la paix, donc je pense qu’Israël doit être très prudent avec », répétait-il un an plus tard.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, à Washington, le 25 mars 2019. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

La plupart des Israéliens s’étaient réjouis d’entendre les États-Unis reconnaître Jérusalem comme la capitale historique et actuelle de notre État. La plupart des Israéliens s’étaient réjouis d’apprendre que les États-Unis ne pensaient pas que nous devions abandonner le contrôle de notre frontière nord au boucher al-Assad. Certains Israéliens sont ravis que les États-Unis leur disent qu’ils ne considèrent plus le mouvement d’implantations comme illégal — même si beaucoup, l’auteur de ces lignes y compris, redoutent qu’une imbrication croissante avec des millions de Palestiniens et la possibilité d’une annexion menacent gravement la disparition de la prédominance juive d’Israël et/ou la subversion de sa démocratie. Mais tous les Israéliens s’inquiètent d’une Amérique isolationniste qui cède du terrain à la Russie et l’Iran.

Si, comme les conseillers de Netanyahu le prétendent, le Premier ministre a travaillé pendant des mois auprès de l’administration américaine concernant le statut des implantations, une partie de ce temps et ces efforts précieux n’aurait-elle pas été plus utile à une planification et des actions stratégiques — en ce qui concerne la défense contre l’Iran et consorts — et l’élaboration d’un plaidoyer destiné à un président américain perplexe sur la nécessité absolue de l’engagement de son pays au Moyen-Orient ?

Ce n’est pas la Scandinavie

Depuis un an, alors que l’Iran resserrait son étau autour de nous, nos responsables politiques ont paralysé l’exécutif et se sont invectivés devant le monde entier comme si nous étions en Finlande (1er), Danemark (2e) ou certains des autres pays relativement tranquilles qui devancent Israël (13e) dans le classement annuel des pays les plus heureux du monde réalisé par l’ONU.

Le guide suprême iranien l’Ayatollah Ali Khamenei lors d’une rencontre à Téhéran en Iran, le 17 septembre 2019. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Israël n’est pas la Scandinavie. Il s’agit d’une petite nation enclavée dans un Moyen-Orient toxique. Et les petites rivalités intestines de nos dirigeants n’ont jamais paru si complaisants qu’aujourd’hui.

À Téhéran, on fait aussi des déclarations d’intérêt. Comme le « leader suprême » nous l’a affirmé encore la semaine dernière, le régime iranien n’est pas antisémite. Il souhaite juste éliminer le seul État juif du monde.

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