Après sa faillite, Israël vient en aide à une école de Jérusalem-Est
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Après sa faillite, Israël vient en aide à une école de Jérusalem-Est

L'école Dar al-Marafa, à Kafr Aqab, pourrait obtenir davantage de financements du gouvernement

Les constructions non-régulées dans le quartier Kafr Aqab de Jérusalem avec la barrière de sécurité au premier plan (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)
Les constructions non-régulées dans le quartier Kafr Aqab de Jérusalem avec la barrière de sécurité au premier plan (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Le ministère de l’Éducation et la municipalité de Jérusalem tentent de placer une école palestinienne, située à Jérusalem-Est, sous leur contrôle direct dès la rentrée prochaine, en septembre 2020. Objectif : améliorer la qualité de l’enseignement au sein de cette institution troublée, ont déclaré dimanche les responsables israéliens.

S’ils réussissent à changer les choses, l’école Dar al-Marafa, située dans le quartier négligé de Kafr Aqab, pourrait obtenir un financement du gouvernement nettement plus important.

Mais David Koren, directeur de planification stratégique pour Jérusalem-Est au sein du ministère de l’Éducation, déclare que les enseignants qui ne sont pas en possession d’une carte de résidence israélienne ne pourront plus travailler au sein de l’établissement si les autorités israéliennes prennent le contrôle de son administration.

« Nous voulons placer l’école sous notre autorité au début de l’année scolaire prochaine, mais rien n’a été finalisé pour le moment », explique David Koren au cours d’un entretien téléphonique.

Un responsable de la municipalité de Jérusalem, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, confirme.

David Koren et ce responsable de la municipalité de Jérusalem ajoutent qu’ils aimeraient pouvoir donner aux élèves de Dar al-Marafa le choix d’étudier le programme israélien ou le programme mis en place par l’Autorité palestinienne (AP).

« Nous n’imposerons à personne le programme scolaire israélien et nous prévoyons de consulter les familles concernant le programme qu’elles veulent faire étudier à leurs enfants », assure David Koren.

Israël a capturé Jérusalem-Est à la Jordanie lors de la guerre des Six Jours, en 1967, et l’a ultérieurement annexé, plaçant le secteur sous autorité israélienne.

La majorité des Palestiniens qui habitent la partie orientale de la ville sont résidents israéliens et disposent de cartes d’identité israéliennes. Ils peuvent réclamer la citoyenneté, même s’ils sont peu nombreux à le faire.

Environ la moitié des écoles de Jérusalem-Est relèvent du ministère de l’Éducation et de la municipalité de Jérusalem, indique David Koren. Quarante pourcents d’entre elles sont dirigées par des organisations non gouvernementales, avec des financements de l’Etat, et 10 % sont des écoles administrées et financées à titre privé.

Les établissements gérés par les ONG reçoivent à peu près trois-quarts du montant des fonds gouvernementaux alloués à ceux opérés directement par le gouvernement. Ils recourent souvent à des fonds privés pour couvrir leurs dépenses.

Le ministère de l’Education (Crédit : Orel Cohen/Flash90)

L’école Dar al-Marafa était prise en charge par une ONG jusqu’il y a deux ans, lorsqu’un tribunal israélien a statué que l’association devait transférer la direction de l’établissement à un groupe d’administrateurs temporaires, relate David Koren.

La cour avait pris cette décision après le mauvais usage des financements de l’État de la part de l’organisation, qui ne payait plus les professeurs, explique-t-il.

« Il y a eu certains faits de corruption graves, et l’école a fait faillite », continue-t-il. « Les juges ont alors ordonné que des administrateurs temporaires prennent le contrôle de l’établissement jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée ».

Yossi Havilio, membre du conseil municipal, explique « qu’approximativement 20 parents et professeurs sont venus me voir il y a un mois et demi et m’ont dit qu’ils ne souhaitaient pas qu’une nouvelle ONG prenne les rênes de l’administration de l’établissement et qu’ils préféraient que la municipalité et le ministère le fassent. Ils ont indiqué craindre qu’une ONG n’échoue à gérer correctement l’école ».

« Je me suis alors entretenu avec le maire Moshe Lion et le ministère de l’Éducation, et nous avons pris la décision de tenter de placer cette école sous notre administration », dit-il.

Le responsable affirme également avoir rencontré des parents et des enseignants lui ayant demandé de mettre l’établissement sous le contrôle de la municipalité et du ministère.

Depuis plusieurs années, Kafr Aqab, un grand quartier du nord de Jérusalem, souffre d’un faible niveau de planification urbaine, d’infrastructures publiques inadéquates et d’un non-respect endémique des lois.

Munir Zughayer, un militant à la tête d’un comité qui se plaint souvent du manque de services publics à Kafr Aqab auprès de la municipalité de Jérusalem, pointe du doigt un certain nombre de bâtiments ne répondant pas aux réglementations, le 20 février 2019. (Crédit : Adam Rasgon / Times of Israël)

Munir Zughayer, un militant à la tête d’un comité qui se plaint fréquemment auprès de la municipalité de Jérusalem de la médiocrité des services publics à Kafr Aqab, indique qu’il se réjouirait du transfert de l’administration de l’école Dar al-Marafa aux autorités israéliennes.

« Nous savons que ce type d’établissement scolaire est meilleur que ceux qui sont dirigés par les organisations », note-t-il. « Nous espérons que Dar al-Marafa deviendra l’un d’eux ».

Zughayer souligne que quatre des 21 écoles de Kafr Aqab sont actuellement administrées par le ministère et la municipalité.

Mais Zughayer ajoute que l’État juif ferait une erreur en renvoyant les enseignants qui ne détiennent pas de carte de résidence israélienne ou qui n’ont pas la citoyenneté.

« Nous avons de bons professeurs à l’école qui viennent de secteurs contrôlés par l’Autorité palestinienne », s’exclame-t-il. « Il est important qu’ils ne soient pas démis de leurs fonctions ».

Contrairement à David Koren, Yossi Havilio, du conseil municipal, affirme que la possibilité d’octroyer des autorisations spéciales aux professeurs originaires de zones placées sous le contrôle de l’AP est actuellement à l’étude.

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