Après une longue attente, 82 Éthiopiens immigrent en Israël
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Après une longue attente, 82 Éthiopiens immigrent en Israël

Le premier groupe des 1 000 Juifs autorisés par le gouvernement à immigrer est arrivé ; des militants critiquent l'échec du gouvernement à accueillir davantage de Falashmura

Des membres de la communauté Falashmura à l'aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
Des membres de la communauté Falashmura à l'aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

Un groupe de 82 immigrants éthiopiens a atterri en Israël lundi soir. Ils sont le premier groupe de quelques milliers de membres de la communauté juive à être autorisés à immigrer vers l’Etat hébreu en vertu d’une décision prise par le cabinet en 2018.

L’Éthiopie compte encore quelques 8 000 Juifs éthiopiens, pour la plupart des « Falashmura », ce qui signifie que leurs ancêtres s’étaient convertis au christianisme, sous la contrainte, il y a plusieurs générations.

Certains d’entre eux, qui ont un proche direct déjà en Israël, ont pu bénéficier de la décision d’octobre. Ils ont été autorisés à rapatrier leur conjoint et enfants non-mariés n’ayant eux-même pas d’enfants.

Malgré la promesse faite par une décision du cabinet et qui avait été prise en 2015 de rapatrier la totalité de la communauté Falashmura en Israël sur une période de cinq ans, le gouvernement n’aura pas débloqué le budget nécessaire de 200 millions de shekels par an pour intégrer les nouveaux immigrants.

Seule une famille juive éthiopienne avait été autorisée à immigrer en Israël en 2018. Il s’agissait du participant au Quiz biblique d’Israël Sintayehu Shafrao et de sa famille. Au moins un millier d’immigrants sont attendus en Israël en 2019, mais le sort du reste de la communauté reste incertain.

Lundi soir, le groupe de nouveaux immigrants a été reçu à l’aéroport Ben Gurion par le ministre de l’Immigration et de l’Aliyah Yoav Gallant et le président de l’Agence juive Isaac Herzog. Ils ont pu retrouver leurs proches vivant en Israël. Certains attendaient ces retrouvailles depuis plusieurs années.

Atersau Baiye, 61 ans, a raconté qu’il avait attendu 12 ans pour venir en Israël et retrouver sa fille, qui vit à Tel Aviv.

« Je suis heureux d’être ici et je suis ravi de voir ma fille, mais mes sentiments sont mitigés », a-t-il dit. Baiye a raconté être parti avec sa femme et six enfants, mais qu’il a été contraint de laisser deux autres enfants en Éthiopie.

« Je ne sais pas si je les reverrai, » a-t-il déploré.

Isaac Herzog, président de l’Agence juive, accueille des membres de la communauté Falashmura à l’aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

Malgré les défis, Baiye a noté être prêt à commencer une nouvelle vie. « Je vais travailler dur, gagner ma vie et vivre ma vie comme tout le monde. »

Un autre nouvel immigrant, Atenkut Setataw, 29 ans, qui a été cantor pour la synagogue Tikvat Zion à Gondar, ces huit dernières années, a expliqué qu’il attendait de pouvoir immigrer depuis 15 ans. Le Times of Israël avait fait un portrait de Setataw dans un article en 2016.

A lire : En Ethiopie, mettre un visage sur ceux qui restent

Ces dernières années, Setataw aura souvent supervisé les fabrications de 50 000 matzah avant Pessa’h. Ses parents biologique sont morts quand il était très jeune et il a été élevé par son oncle et sa tante. Mais parce qu’il ne fait pas partie de la famille nucléaire de son oncle et sa tente, il n’a pas été autorisé à immigrer en Israël avec eux. Il est donc resté seul à l’âge de 14 ans.

Atenkut Setataw (à dr.), avec sa femme Alesa Netere (à g.) et un voisin, lors d’une cérémonie du café pour les visiteurs devant leur maison de Gondar (Crédits : Miriam Alster / Flash 90)

Traditionnellement, les mariages des familles juives de Gondar sont arrangés ou convenus entre les familles des mariés. L’ensemble de la famille de Setataw se trouvait en Israël, a l’exception de son grand-frère et de son grand-frère. L’oncle de Setataw, qui a endossé le rôle de père, a approuvé son mariage par téléphone depuis Jérusalem.

« Cela fait si longtemps que j’attends de venir en Israël », a-t-il dit, selon un communiqué de Struggle for Ethiopian Aliyah. « Et maintenant, grâce à Dieu, je suis là. »

En novembre 2015, le gouvernement avait adopté à l’unanimité un projet de rapatriement des Éthiopiens en Israël d’ici 2020. Mais cette approbation a chancelé trois mois après, quand le bureau du Premier ministre a refusé de mettre en place le programme parce que le milliard de dollars nécessaire pour financer les paniers d’intégration ne figurait pas dans le budget de l’Etat.

En 2017, le ministère des Finances a lancé la première étape de ce plan, allouant des fonds pour que 1 300 personnes puissent émigrer vers Israël. Ils sont arrivés au sein de l’Etat juif juste avant la fin de l’année, à bord d’un vol affrété par l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem dans le cadre de son programme de promotion de l’immigration juive en Israël. L’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem s’est engagée à verser 4,3 millions de shekels pour les vols et autres aides à l’immigration juive éthiopienne en 2019.

Des membres de la communauté Falashmura reçoivent leurs papiers à l’aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

« C’est un moment excitant, et tout Israël vous embrasse. La Terre d’Israël vous embrasse », a déclaré Herzog lundi, appelant le gouvernement à rapatrier les Éthiopiens restants en Israël. Les proches israéliens n’ont pas été autorisé à assister à la cérémonie d’accueil officielle, et ils ont attendu dans le terminal que les proches reçoivent leurs cartes d’identités.

« L’agence juive vous aidera et vous accompagnera ces prochaines années avec tout ce dont vous avez besoin pour que vous vous intégriez au mieux dans la société israélienne, y fondiez vos familles et l’avenir de vos familles », a ajouté Herzog.

Alisa Bodner, porte-parole d’un groupe de militants Juifs éthiopiens, a critiqué la décision de ne rapatrier qu’un millier de personnes sur les quelques milliers qui attendent de venir en Israël, dénonçant « un jeu cruel qui force les parents à faire un choix inhumain, entre leurs enfants en Israël et leurs enfants en Ethiopie ».

« Nous sommes loin d’être satisfaits de la mise en oeuvre partielle et superficielle de la décision adoptée par le gouvernement du [Premier ministre] Benjamin Netanyahu en 2015 », a-t-elle dit.

Des membres de la communauté Falashmura à l’aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

« Tandis que le gouvernement israélien supplie d’autres communautés du monde de faire l’Alyah, il ignore les décisions concernant le judaïsme d’Éthiopie, et par conséquent perpétue la discrimination contre les membres de la communauté éthiopienne », a-t-elle ajouté.

La communauté affirme que le processus d’approbation de l’immigration est mal exécuté et imprécis et qu’il divise les familles. Au moins 80 % des membres de la tribu en Éthiopie disent avoir des proches au premier degré qui vivent en Israël. Certains attendent d’immigrer depuis 20 ans.

Parce que le ministre de la Santé ne considère par que les Falashmura sont Juifs, parce qu’ils ne peuvent pas immigrer en vertu de la Loi du Retour, ils doivent donc obtenir une permission spéciale de la part du gouvernement pour immigrer en Israël.

La décision d’octobre stipule que les services de conversion seront fournis et que les nouveaux arrivants bénéficieront des mêmes avantages que les autres immigrants éthiopiens.

Près de 135 000 Juifs éthiopiens vivent actuellement en Israël. 22 000 personnes avaient été rapatriées lors de l’opération Moïse en 1984 et l’opération 1991.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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