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Aryeh Deri accuse Eyal Zamir « d’ingérence électorale »

L'opposition du chef d'état-major de Tsahal à la loi interdisant l’arrestation des Haredim réfractaires à la conscription déplait fortement au chef du parti Shas

Le président du Shas, Aryeh Deri (à gauche), assiste à une séance plénière de la Knesset et au vote d'un projet de loi visant à séparer les fonctions et les pouvoirs du procureur général, le 15 juillet 2026 (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90) ; Le chef d'état-major de TsahaI, Eyal Zamir, assiste à une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'opération d'Entebbe à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 12 juillet 2026 (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Le président du Shas, Aryeh Deri (à gauche), assiste à une séance plénière de la Knesset et au vote d'un projet de loi visant à séparer les fonctions et les pouvoirs du procureur général, le 15 juillet 2026 (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90) ; Le chef d'état-major de TsahaI, Eyal Zamir, assiste à une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'opération d'Entebbe à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 12 juillet 2026 (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, s’en est pris jeudi au chef de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, en raison de sa vive opposition à la loi de la coalition qui a été récemment adoptée et qui gèle les arrestations des Haredim réfractaires à la conscription, l’accusant de tenter « d’aider le bloc de gauche pendant une campagne électorale ».

Le président du parti ultra-orthodoxe a également critiqué la Haute Cour de justice qui a suspendu l’application de la nouvelle loi dès le lendemain de son adoption, estimant que la plus haute juridiction du pays « n’a plus d’autorité sur nous ».

Avant l’adoption de la législation, dans la journée de mardi, Zamir avait averti dans une lettre adressée au Premier ministre Benjamin Netanyahu, au ministre de la Défense Israel Katz et au président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, que ce texte était « clairement et sans équivoque incompatible avec les besoins de l’armée israélienne » et qu’il revenait à accorder « des exemptions massives de poursuites » aux réfractaires au service au sein de Tsahal.

Selon les estimations, environ 72 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement éligibles au service militaire, mais ne se sont pas enrôlés – malgré les appels de plus en plus pressants en faveur de leur incorporation à un moment où Israël mène des guerres sur plusieurs fronts, des guerres qui avaient été déclenchées par le pogrom qui avait été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023.

L’armée israélienne fait actuellement face à une pénurie croissante d’effectifs.

S’exprimant sur la chaîne d’information ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, Deri, qui siège au sein du cabinet de sécurité – l’instance décisionnaire du gouvernement –, a affirmé jeudi que Zamir avait « perdu la tête » et qu’il était « obnubilé par les attaques dont il fait l’objet et par le souci de sa propre réputation ».

Le président du Shas a fait valoir que Zamir savait que l’arrestation des réfractaires « n’apportera pas une seule nouvelle recrue ».

« Ce que le chef d’état-major a fait, c’est essayer d’aider le bloc de gauche pendant une campagne électorale », a-t-il affirmé. « Il est le chef d’état-major de l’armée. Il ne doit pas s’engager en politique ».

Deri a en outre insisté sur le fait que Zamir avait « créé un précédent très dangereux » en s’opposant publiquement à la législation, ajoutant qu’il avait « causé un préjudice considérable à l’armée ».

« Il n’a pas aidé l’armée », a-t-il souligné.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, prend la parole lors de la cérémonie de remise des diplômes d’un stage d’officiers de l’armée israélienne dans le sud d’Israël, le 25 juin 2026. (Crédit : Flash90)

L’affirmation faite par Deri a directement contredit le témoignage que l’armée israélienne avait livré à la Knesset au mois de juin dernier. Les responsables militaires avaient alors attribué une partie de l’augmentation du nombre des enrôlements des jeunes hommes haredim – 1 800 jeunes ultra-orthodoxes étaient entrés dans l’armée en 2024, et ils avaient été environ 3 500 en 2025 – au renforcement des sanctions.

Selon Tsahal, environ 60 % des Haredim réfractaires à la conscription arrêtés s’étaient finalement enrôlés, tandis que la menace des sanctions avait incité de nombreux autres à se présenter volontairement.

Si seulement quelques-uns avaient effectivement été arrêtés, ces cas avaient posé un sérieux casse-tête politique aux partis ultra-orthodoxes et à la coalition – ce qui aura finalement conduit à l’adoption de la nouvelle législation visant à geler ces arrestations.

Cette initiative législative de la part des Haredim a fait suite à une décision qui avait été rendue par la Haute Cour à l’unanimité – c’était en 2024. Les juges avaient affirmé que le gouvernement devait enrôler les étudiants ultra-orthodoxes en yeshiva dans l’armée dans la mesure où il n’y avait aucun cadre juridique permettant de maintenir la pratique, vieille de plusieurs décennies, qui consistait à leur accorder des exemptions généralisées du service militaire.

La loi, qui a été approuvée mardi par 58 voix contre 54, a accordé à des dizaines de milliers de réfractaires haredim l’immunité contre une éventuelle arrestation jusqu’à la fin du mois de janvier 2027, et elle élargit cette protection à ceux qui deviendront éligibles au service militaire après son entrée en vigueur, facilitant de fait le refus de s’enrôler pendant cette période.

Elle a aussi suspendu les procédures pénales en cours à l’encontre de ceux qui font d’ores et déjà l’objet de mesures d’exécution.

La Haute Cour a toutefois gelé l’application de la loi dès le lendemain de son adoption et elle a fixé une audience qui sera consacrée à cette affaire en date du 28 juillet.

Des ultra-orthodoxes manifestent contre la conscription de Haredim devant le centre de recrutement de l’armée israélienne, à Tel HaShomer, le 15 juillet 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

En réponse à l’ordonnance judiciaire qui a gelé l’application de la loi, Deri a confié à Kikar HaShabbat qu’il n’avait plus l’intention de se soumettre au système judiciaire.

« Nous ne reconnaissons pas son autorité ; il n’a plus aucune autorité sur nous », a-t-il déclaré.

« Qu’y a-t-il pour nous à la Haute Cour ? Pourquoi devrions-nous aller nous défendre là-bas, pour jouer à ce jeu ? », a-t-il continué.

Le président du parti Yashar, Gadi Eisenkot, lui-même ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, a fustigé Deri pour ses propos, les qualifiant de « manifestation d’arrogance et de déconnexion de la réalité ».

« Il n’y a rien de Juif à n’envoyer qu’une partie du peuple d’Israël mener une guerre nécessaire », a affirmé Eisenkot, qui est le candidat de l’opposition le mieux placé pour succéder au Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des prochaines élections. « Il n’y a aucun sens du leadership à transformer le chef d’état-major de l’armée israélienne en un simple outil de votre jeu politique sordide ».

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, à la tête du parti Ensemble, a souligné que « juste avant, Deri se vantait de ses petits-enfants qui ont échappé à la conscription, et voilà que tout de suite après, il s’en prend au chef d’état-major de Tsahal, comme s’il n’avait aucune responsabilité dans le chaos et la terrible fracture qui déchirent la société israélienne ».

Pour sa part, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a aussi souligné l’ironie de la déclaration de Deri, affirmant que le chef du Shas « a rendu visite à des réfractaires au service militaire en prison, dans la matinée ; il a embrassé ses petits-enfants qui ont échappé au service militaire dans l’après-midi, et dans la soirée, depuis le Conseil des ministres, il a envoyé les enfants des autres mourir à la guerre ».

« Le chef d’état-major n’a fait que dire la vérité », a poursuivi Lapid. « À cause de Deri et de ses partisans, nous n’avons pas assez de soldats. Deri est un danger pour la sécurité nationale ».

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