Avec un discours « percutant », Gantz peut-il passer de l’énigme à la réponse ?
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Analyse

Avec un discours « percutant », Gantz peut-il passer de l’énigme à la réponse ?

Le premier discours public de l'énigmatique ex-chef de Tsahal ne durera que 15 minutes, mais pourrait avoir de profondes répercussions sur la scène politique israélienne

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

L'ancien chef d'état-major de Tsahal Benny Gantz avec des membres de la communauté druze et des militants devant son domicile à Rosh Haayin, lors d'une manifestation contre la loi sur l'État-nation, le 14 janvier 2019. (Flash90)
L'ancien chef d'état-major de Tsahal Benny Gantz avec des membres de la communauté druze et des militants devant son domicile à Rosh Haayin, lors d'une manifestation contre la loi sur l'État-nation, le 14 janvier 2019. (Flash90)

Benny Gantz a commencé sa journée mardi par une visite au cimetière de la communauté de Kfar Ahim, au centre d’Israël, où il a grandi.

« Sachez d’où vous venez et où vous allez », a-t-il écrit sur Twitter peu après, dans une paraphrase d’un passage célèbre des Maximes des Pères du Talmud, en joignant une photo de lui assis près de la tombe de ses parents.

À la fin de la journée, l’ancien chef d’état-major de Tsahal doit enfin révéler au public israélien non seulement d’où il vient, mais aussi où il espère aller, et où il espère emmener Israël.

Bien que Gantz soit considéré comme l’une des seules menaces possibles à une quatrième victoire consécutive du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des élections d’avril, ses convictions politiques sont peu connues. Les bribes de documents de campagne que Hossen LeYisrael a publiées et les brefs commentaires publics qu’il a faits semblent être une tentative de le placer fermement dans le centre israélien, mais les propositions politiques sont restées minces, dans le meilleur des cas.

« Il n’y a plus de droite ou de gauche, il n’y a plus qu’Israël – avant tout », répète le refrain du jingle de son parti, sorti lundi, qui livre des platitudes comme « le pouvoir de l’unité » et un vœu de « tout mettre de côté et penser comme des patriotes ».

Dans peut-être – et presque ironiquement – l’indication la plus claire de ses tendances politiques, une série de vidéos de campagne publiées la semaine dernière présentaient Gantz comme un homme dur envers le terrorisme, mais disposé à essayer de faire la paix.

Un clip, par exemple, s’est attribué le mérite de la destruction par Tsahal de 6 231 cibles du Hamas lors de la guerre de Gaza en 2014 sous le commandement de Gantz, se vantant que « certaines parties de Gaza ont été renvoyées à l’Âge de pierre ». Un autre a dit qu’Israël devait conclure un accord avec les Palestiniens afin de mettre fin à la conscription militaire obligatoire : « Dans 25 ans, voulons-nous encore envoyer nos enfants au combat ? Non. Qu’est-ce qu’on va leur dire ? Qu’on n’a rien fait ? Qu’on n’a pas essayé ? » dit avec emphase Gantz à la caméra.

L’ambiguïté prendra fin mardi soir, a déclaré un porte-parole de Hossen LeYisrael au Times of Israel. S’adressant à des centaines de partisans, « Gantz abordera toutes les questions pertinentes dans le domaine politique et social. »

Le discours, cependant, ne durera que 15 minutes, a ajouté le porte-parole, promettant néanmoins que « tout ce que les gens attendent d’entendre – ils auront un premier aperçu ce soir. Ça devrait être très percutant ».

Au cours du mois qui s’est écoulé depuis le déclenchement des élections anticipées, Gantz a sans aucun doute été le nouveau venu le plus en vue sur la scène politique, bénéficiant d’une plus grande couverture médiatique que tout autre nouveau candidat, ainsi que de la part du lion de la spéculation et des rumeurs.

Mardi soir déterminera si ces 15 minutes de gloire peuvent durer plus longtemps.

Gantz pourrait en effet avoir un effet profond sur l’avenir de la politique israélienne, mais l’impact immédiat du discours sera probablement sur son parti lui-même.

Selon les médias israéliens, lundi soir, Gantz dira que le gouvernement actuel du Premier ministre Benjamin Netanyahu est « mauvais, corrompu et conflictuel » et annoncera son intention de remplacer Netanyahu en gagnant le poste de Premier ministre. Une ébauche récente du discours de Gantz, rapportée par la Douzième chaîne d’information, comprend un vœu de ne pas siéger dans un gouvernement dont le chef a été inculpé.

Le chef d’état-major Benny Gantz avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie, le 11 septembre 2013 (Crédit : AP Photo/Dan Balilty)

Il dira aussi qu’Israël « n’est pas un royaume et n’a pas de famille royale, de roi ou de reine » – une référence apparente à la longue emprise de Netanyahou sur le pouvoir, ainsi qu’à l’implication croissante de son épouse, Sara, et de son fils, Yair, dans les affaires de l’État. « Un long règne mène à la corruption », dira-t-il, et promettra de limiter le mandat du premier ministre à deux mandats, selon la Douxième chaîne. (Le parti de Gantz a dit que la fuite provenait d’une version non approuvée du discours.)

Selon les rapports, Gantz n’exclura pas de siéger dans un gouvernement Netanyahu. Le procureur général Avichai Mandelblit devrait annoncer en février son intention d’inculper le Premier ministre en attendant l’audience ; dans l’affirmative, il faudra peut-être attendre encore un an avant qu’un acte d’accusation définitif soit déposé.

Néanmoins, adopter une position intrinsèquement anti-Netanyahu va sans aucun doute augmenter les attaques que le parti au pouvoir, le Likud, a lancées contre Gantz ces dernières semaines, et pourrait réduire considérablement sa popularité.

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