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Bahreïn: Ali Salmane condamné à la perpétuité pour « intelligence » avec Doha

Le chef de l'opposition avait déjà été condamné en juillet 2015 pour "incitation à la haine confessionnelle", dans un pays à majorité chiite dirigé par une monarchie sunnite

Le chef de l'opposition au Bahreïn Sheikh Ali Salman, le 20 novembre  2014. (Crédit : MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP)
Le chef de l'opposition au Bahreïn Sheikh Ali Salman, le 20 novembre 2014. (Crédit : MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP)

Le chef de l’opposition chiite à Bahreïn, Cheikh Ali Salmane, a été condamné dimanche en appel à la prison à perpétuité pour « intelligence » avec le Qatar, pays du Golfe boycotté par Manama et d’autres alliés de l’Arabie saoudite.

Des ONG ont aussitôt dénoncé un jugement politique.

Arrêté en 2014, Ali Salmane purge déjà une peine de quatre ans de prison dans une autre affaire. Il a été condamné en juillet 2015 pour « incitation à la haine confessionnelle », dans un pays à majorité chiite dirigé par une monarchie sunnite.

Poursuivis aussi pour « intelligence » avec le Qatar, le chef du mouvement Al-Wefaq, ainsi que deux de ses collaborateurs, Hassan Sultan et Ali al-Aswad, avaient été acquittés en juin par la Haute cour pénale de Bahreïn. Le procureur général avait néanmoins interjeté appel.

Le jugement de dimanche peut encore faire l’objet d’un recours devant la Cour de cassation.

Le procureur a affirmé dans un communiqué que les trois hommes avaient été condamnés à la perpétuité à l’unanimité par la Cour d’appel pour « actes d’hostilité envers le royaume de Bahreïn » et « intelligence avec le Qatar (…) pour renverser l’ordre constitutionnel dans le pays ».

Ali Salmane avait une première fois été inculpé le 1er novembre 2017 « d’intelligence avec l’Etat du Qatar (…) en vue de nuire à Bahreïn et de renverser son régime ».

Procès d’opposants

Hamad ben Jassem Al Thani, le 9 juin 2007.
(Crédit : Kremlin.ru /CC BY 4.0 via Wikimedia Commons)

Les autorités avaient alors affirmé se baser sur une conversation téléphonique datant de 2011 entre l’opposant chiite bahreïni et l’ancien Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem Al-Thani.

Cette inculpation était intervenue après l’embargo décrété en juin 2017 contre le Qatar par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte.

Ces pays avaient accusé le Qatar de soutenir des mouvements islamistes radicaux, ce que Doha a démenti, et de se rapprocher de l’Iran chiite. Le Qatar avait accusé ses adversaires de chercher à mettre sa politique étrangère sous tutelle.

Le petit royaume de Bahreïn, siège de la Ve Flotte des Etats-Unis, est secoué par des manifestations sporadiques depuis la répression en 2011 d’un mouvement de contestation animé principalement par des chiites qui réclament la « fin des discriminations » et des « réformes démocratiques » à la dynastie sunnite.

Les procès d’opposants n’ont jamais cessé depuis la répression de la contestation de 2011, et le roi de Bahreïn a approuvé l’an dernier un amendement constitutionnel donnant à la justice militaire la possibilité de juger des civils accusés de « terrorisme ».

L’objectif est d’accélérer les procédures de jugement alors que le royaume estime être la cible d’individus et de groupes « violents », ainsi que de « tentatives de déstabilisation » de l’Iran.

Des mouvements d’opposition de tous bords ont été dissous. Des centaines d’opposants sont actuellement emprisonnés ou jugés, certains ont même été déchus de leur nationalité. Des journalistes, des blogueurs et des intellectuels font également l’objet d’enquêtes.

Des organisations de défense des droits de l’Homme dénoncent régulièrement l’iniquité des procès.

Prochaines élections

Amnesty International n’a pas tardé à condamner le verdict de dimanche, le qualifiant de « parodie de justice ».

C’est « une preuve des efforts illégaux déployés sans relâche par les autorités de Bahreïn pour museler toute opposition », a jugé Heba Morayef, directrice régionale du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord chez Amnesty.

« Cheikh Ali Salmane est un prisonnier de conscience, détenu pour le seul exercice pacifique de son droit à la liberté d’expression ».

Le mouvement Al-Wefaq, dissous par les autorités, a appelé en octobre au boycott d’élections législatives prévues dans trois semaines.

Le roi de Bahreïn a fixé au 24 novembre la date pour le renouvellement du Parlement mais, dès juin, les autorités avaient interdit aux dirigeants et membres des mouvements dissous de s’y présenter.

Outre Al-Wefaq, la Cour de cassation a validé en 2017 la dissolution de l’Action nationale démocratique (Waad), un mouvement d’opposition libéral.

Al-Wefaq avait boycotté les législatives de 2014 en dénonçant un scrutin fait pour « consolider le pouvoir autoritaire » de la dynastie sunnite des Al-Khalifa.

Pour protester contre la répression de ses partisans lors des manifestations déclenchées dans la foulée du Printemps arabe, Al-Wefaq avait retiré en mai 2011 ses 18 députés du Parlement (40 sièges).

Le Qatar a nié lundi toute ingérence dans les affaires internes de Bahreïn, après qu’une cour à Manama a condamné à la perpétuité le chef de l’opposition chiite bahreïni pour « intelligence » avec Doha.

Pour le ministère qatari des Affaires étrangères, l’affaire de M. Salmane, chef du mouvement Al-Wefaq, aujourd’hui dissous, a été politisée.

« L’Etat du Qatar condamne la mention de son nom dans les contentieux politiques et conflits internes de Bahreïn », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Selon le ministère, Bahreïn ne devrait pas avoir recours « à la politisation de la justice ni utiliser le nom du Qatar en faveur de calculs politiques qui se sont avérés être étroits d’esprit ».

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