Bennett : la défense d’Israël est « au point mort », alors que nos ennemis s’améliorent
Rechercher
“Israël est laissé derrière. Nous devons renouveler notre manière de penser, pas juste nos armes”

Bennett : la défense d’Israël est « au point mort », alors que nos ennemis s’améliorent

Attaquant la politique de Netanyahu, le dirigeant de HaBayit HaYehudi prévient que la dépendance à Tsahal n’est pas une stratégie et appelle à une pensée plus créative

Le ministre de l'Éducation, Naftali Bennett, à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post, à l'hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 18 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le ministre de l'Éducation, Naftali Bennett, à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post, à l'hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 18 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Un « point mort » dans la pensée créative sur la sécurité menace Israël bien plus qu’une impasse diplomatique avec les Palestiniens, a prévenu mardi Naftali Bennett, le ministre de l’Education, dans une attaque à peine voilée aux dirigeants politiques et de la défense de son partenaire au sein de la coalition, le Likud.

« La principale menace à la sécurité d’Israël ne vient pas du nord ou du sud, ni des roquettes du Hamas ou du Hezbollah, et pas même de l’Iran », a-t-il déclaré pendant la conférence de l’institut d’études sur la sécurité nationale à Tel Aviv. L’impasse diplomatique n’est pas non plus la menace principale, mais c’est l’impasse de notre pensée. »

Les barrières de perception sont plus dangereuses que les barrières concrètes érigées au cœur de Jérusalem pour protéger les citoyens des attaques terroristes, a-t-il continué. « Au lieu de façonner nous-mêmes notre futur, Israël y est entraîné par la réalité existante, a-t-il déclaré. A mon avis, c’est le plus grand danger pour notre sécurité. »

Les commentaires ont été perçus comme une critique des décisions prises par le ministre de la Défense Moshé Yaalon et le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la gestion d’une série de crises ces dernières années.

Des sources proches de Netanyahu ont critiqué Bennett pour ses remarques « risibles ».

« Une fois encore, il utilise des choses qui viennent dans des discussions avec le Premier ministre et les présente comme ses propres idées », selon une source.

Bennett, dirigeant du parti nationaliste HaBayit HaYehudi, membre de la coalition gouvernementale dirigée par le Likud, a déclaré à la conférence sécuritaire que les ennemis d’Israël faisaient mieux et que les éléments extrémistes gagnaient de la force aux dépens des États plus stables. La créativité des ennemis d’Israël, « leur détermination et leur innovation – tout ceci s’épanouit et s’améliore », a-t-il déclaré.

En effet, les ressources des ennemis d’Israël ont rendu l’amélioration progressive des capacités de défense d’Israël « non pertinente », a-t-il déclaré. « Israël est laissé derrière. C’est pour ça que nous devons renouveler notre manière de penser, pas juste nos armes. »

« Tous nos couteux avions F-35 ne seront d’aucune aide quand 50 commandos (ennemis) creuseront sous Netiv HaAsara », a-t-il déclaré, faisant référence à une communauté israélienne située près de la frontière avec Gaza. « Nous devons mettre au point un concept de sécurité innovant qui soit créatif et clair. »

Bennett a déclaré que pendant l’opération Bordure protectrice, la guerre dans la bande de Gaza en 2014, il a été témoin du fossé entre la qualité des commandants et des combattants de l’armée, et la stratégie conceptuelle qu’ils devaient mettre en œuvre.

La « détermination et l’héroïsme » des combattants contrastaient avec « la pâleur des ordres et des plans que nous fournissions d’au-dessus », a-t-il déclaré. « Alors que nous savions que les tunnels de l’enfer étaient creusés dans notre territoire, nous sommes restés coincés dans l’idée que le Hamas n’était pas intéressé par leur utilisation. »

Jour après jour, l’on disait aux médias que la force de dissuasion faisait effet sur le Hamas, qui ne s’attendait pas une réponse israélienne si puissante.

« Mais rien de tout cela n’a empêché le Hamas de continuer à tirer, a-t-il déclaré. Même quand nous avions des cessez-le-feu pendant les combats, la partie qui les brisait à chaque fois était le Hamas… Le Hamas était celui qui était intéressé à renouveler la campagne. »

« Pendant ce temps, les mêmes tunnels dont nous disions qu’ils n’oseraient pas les utiliser ont illustré notre erreur, les tunnels n’étaient pas un plan de repli : ils étaient un nouveau champ de bataille. Quand les commandants sur le terrain ont supplié de continuer à détruire les tunnels, le plus haut échelon leur a ordonné de cesser à chaque fois, de retenir le feu, de temporiser… Le résultat a été un déclin de la capacité de décision et un gout amer qui s’est répandu dans les communautés en Israël. »

Faire confiance à la réputation justifiée de l’armée d’être la meilleure du monde n’a pas transformé la stratégie déterminé par les « capitaines de la politique et de la défense » en une bonne stratégie, a continué Bennett, appelant ses collègues du leadership politique israélien à tester toutes ses hypothèses et à se poser des questions.

Qui était l’ennemi réel d’Israël, par exemple, dans le nord ? Israël devrait-il accepter l’hypothèse que le Hezbollah était l’ennemi ? L’on disait « nuit et jour » aux Israéliens que l’Iran était l’ennemi, et que le Hezbollah n’était que son bras armé, a-t-il déclaré. Si cela avait été le cas, il y avait de quoi débattre pour savoir s’il «était bon d’investir tant d’efforts pour nuire aux bras armé tout en accordant l’immunité à l’ennemi lui-même, l’Iran », a-t-il ajouté.

Le gratin politique et de la défense doit se demander pourquoi dans tous les conflits impliquant le Hamas et le Hezbollah, le côté israélien saigne tandis que la « tête de la pieuvre » jouit de l’immunité.

Bennett a même suggéré que la politique de blocus de Gaza pourrait être repensée. « N’est-ce pas préférable d’accepter la réalité et notre responsabilité pour deux millions de Gazaouis ? De leur donner des voies via lesquelles améliorer leurs vies, avec une supervision sécuritaire appropriée ? »

Il a ajouté que le budget de l’Etat nécessitait des vérifications pour savoir s’il reflétait vraiment les bonnes priorités, et a appelé à réduire les budgets d’acquisition d’armes en faveur de budgets pour améliorer les activités légales, les relations publiques et la sensibilisation. « Les gens ont besoin de finalement comprendre que l’attention et la loi ne sont pas une sorte de parfum agréable à ajouter à leur programme militaire, mais doivent plutôt en être l’élément central ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...